DES AUGURES
ALEXANDRE
Que faut-il croire touchant les augures et les auspices chez les anciens?
JULES CÉSAR
Que ce n'étaient que des fables inventées par les prêtres pour arriver aux honneurs et à la fortune, et instituées par les cbeb pour contenir le peuple dans la servitude en lui inspirant la crainte des dieux.
ALEXANDRE
Qui peut vous porter à attaquer ainsi les augures, si forte- •ment établis dans Taniiquité ?
JULES CÉSAR
C*^t Tastre resplendissant de la très-illustre et très-sainte religion romaine; c'est saint Thomas d*Aquin, surnommé le docteur angélique, et mieux Tange des docteurs et le docteur des anges, dans le livre qu'il a écrit sur les sortilèges; car, dit Paul, l'Église de Dieu apprend bien des choses aux princes et aux puissants. Il a réfuté les inepties des augures par de très-subtiles raisons auxquelles, pour ne rien dire de celles de Cicéron, je vais ajouter les miennes. Si les augures annoncent les événements futurs, ils en sont les causes ou les effets; c'est ainsi que les astronomes jugent des astres qui influent sur les choses de ce monde. Les physiciens jugent par les effets; cependant les augures ne sont ni causes ni effets, c'est donc en vain qu'on leur accorde la connaissance de l'avenir.
OBUVftSS f HlLOSOPttl^OBS M VàNINI. 96ë
ALEXArmUE.
J'avoue que par eux-mêmes les augures ne sont ni causes ni effets des choses, cependant ils sont co^effet8\ puisque Taugure et réTénement qu'il annonce dépendent de la même cause, à savoir, de la lune.
JULES CÉSAR
Alors qu'avait-on besoin d'augures qui devinaient d'après le vol des oiseaux, leur chant et leur manière démanger? Le petit d'un âne pouvait tout aussi bien servir à découvrir l'avenir de la république, car tous ces êtres sont également des effets de la lune.
ALEXANDRE
Ne croyez-vous pas qu'une urine brûlante est la cause et l'effet de la fièvre bilieuse?
JULES CÉSAR
Nullement.
ALEXANDRE
Puisque tous deux ont une même cause, savoir, l'humeur bilieuse, il suit qu'une urine brûlante annonce la fièvre dont je parle, et qu'elle l'occasionne,
JULES CÉSAR
Les causes de cette nature agissent directement pour les effets particuliers, et voilà pourquoi ils se concernent et s'indiquent mutuellement; mais la lune n'est pour ainsi dire qu'une cause universelle et éloignée.
ALEXANDRE
Quel sophisme ! il est repoussé par les témoignages historiques les plus évidents : ne faites-vous aucun cas des monu-> ments de l'antiquité les plus avérés ? Pensez-vous que l'Êtrurie , la Pamphylie, la Cilicie, la Phrygie, l'Arabie, l'Ombrie, l'Egypte et la Babylonie, pensez-vous que tant de pays seraient tombés en démence en consultant les entrailles des victimes 7 Les Romains eux-mêmes, ces pères de la sagesse, avaient tant de confiance dans les augures, qu'ils n'entreprenaient aucune
' Coe&éettts.
OâA OMI¥EMff iMUiMftimiAyilTrfl AB VÀHUU.
affaire soit pubUque, soit privée, soit à Tarmée, sans les avoir
JUI4ES GÉSAB.
Ces hoiwes »g^ âç seryaient de ces «uperi^titiona pour l'ér ducation du peuple.
ALEXANDRE
ils 4^ comqueaçdieièt jaovaij} la fuodation d'une jvil{e avant devoir pjr.éa(al]tleaient intei:rogé les entrailles des viaUn»€^.
JULES CÉSAR
Et avec rj^n, Cjir des entrailles saints anntmçaieat iw climat favorable et un soi fertile ; une chair maigi;e ^ mkt rompue indiquait un ciel insalubre et un sol ingrat.
ALE&ANOBE.
Mais nos ancêtres ne voulaient livrer aucun conAat m» avoir obtenu un augure favorable : on prenait des poulets auxquels on donnait à manger; quand les poulets o^aDgieaient avec tant d'avidité qu'il leur tombait du bec à terre quelque IwstiQii de nourriture, cet heureux présage dunoaçait.queranli€|Kise aurait une issue favorable; au contraire, le refus ée manger annonçait toute sorte de calamités. C'est ainsi que das poulets, en refusant de masger, annoncèrent la défaite de àtenciiuis par les Numantins. Il en fut de uaâme pour Papirius, combattant contre les Samnites.
JULES CÉSAR
Ce sont des contes qui ue peuvent émouvoir les philoanphes. Cicéron répondit à Nonius, qui prédisait la victoire parce qu'on avait pris sept aigles dans le camp de Pompée : « Ce se- )> rait très-bien si nous avions à combattre des pies. » Comme le Juif Messolanius partait pour la guerre, les devins lui ordonnèrent d'arrêter la marche des troupes jusqu'à ce qu'ils eussent consulté un oiseau qui se trouvait là ; Messolanius tua Foiseaud'un coup de flèche, et dit aux devins outrés dec^lène : « Comment ce petH oiseau qui ne connaît pas son sort pettl4 » nous prédire le nôtre?»
ALEXANDRE
Comment répondrez«vou8 aux exemples que j*ai4kAiMt
Jt7L£S CÊSÂR.
Lorsque les diefs, brûlant du désir d'en venir aux mains, croyaient ieurs soldat» hésiter par la crainte du péril, ils s'efforçaient, pour leur donner du courage, d'être poussés au conièat non par des considérations humaines, mais par un conseï divin; pour cela, ils soumettaient les malheureux poulets à une longue diète, puis ils les tiraient de leur cage à moitié moris de faim ; Klors les poulets se jetant avec voracité sur leur manger; en laissaient tomber sur la terre, qui en était bientôt couverte. Lesaruspices, en costumes de cérémonie, promettaient la victeSre au nom des dieux, et animaient la foule crédule d'une grande ardeur pour le combat ; car pour que la volonté des ^ieux s'accomplit, les soldats redoublaient d'efforts afin de "taltre l'ennemi. Si au contraire le général n'osait pas courir les chances d'une bataille, on offrait de la nourriture à des poulets rassasiés, qui la repoussaient, et les augures, qui étaient dans le secret, suppliaient les soldats, au nom des oracles cli- ^ins, de ne pas en venir aux mains, parce que les dieux, irritée des crimes de l'armée, menaçaient d'une défaîte, et tous obéissant aux conseils d'un si grand pontife, renonçaient au combat, te qui était rejeté non sur la lâcheté du chef, mais sur la fatafité. -Pour quils ne fussent pas accusés d'avoir manqué de force ni de courage lorsqu'ils étaient vaincus et mis en fuite, on disait qu'ils avaient combattu malgré les augures, comme Mancinus et Papirius, qui aimèrent mieux mépriser les avis du ciôl que de reculer devant l'ennemi.
ALEXANDRE
Flaminius refusa d'obéir aux augures, et il périt avec sQp armée,
JUJ.ES CÉSAR. . .
JL'amiée vSHÎvânlef Paulus suivit leim jcanseib, .et.il Uâabti Itvec-Mn.armée 4anfli«s cbaoïps de Gaoues.
ALEXAIfDRBt
Gcpendait les eulniUM im victimes aimoiif«Wttt lesévéM-
M9 ouNrfosi naitMiittftOBB m vamm.
JUXtBft GÊSJA.
Les. dieux ctusseot été bieo abjects de «aoher fenn; pensées dans le cœur et le foie des animaux. On deTisast par hasarâ quelques circonstances, d'après les renseignements qu'on avait pris ^t que les augures avaient noies. J'ai connu- un bcmiaie trèi-hafaile h prédirei.d*a{H*è8 Tinspection des mains, qud de* Tait être le terme de la vie, et il devinait juste IrèsHSOUveat; il . r^ardait cependant la chiromaocie comme une science vaine, et il ne prédisait qu'après avoir étudié le pouls et le visage. Les Romains n'avaient pas d'autre but, dans ces praticpus, que de se procurer des sujets prêts à obéir en tOKte cnrcoofitance*. Ûtt connaît la ruse de ce général qui, pour exciter au combat ses soldats qui hésitaient, écrivit sur sa main : ftCoasq^Cy ks dieux te donneront la victoire. » Aysoit en^teimsoolé um^vîg^ time, il en prit le cœur, selon la coutume, et y appliqua les lettres» et aussitôt il fit approcher les chefs, qui» lisant ces caractères écrits par les dieux, conçurent l'espoir de vaincre; en effet, combattant avec ardeur, ils arrachèrent la viclwe à l'ennemi.
ALEXANDRE
Que prouvent tous ces. faits? Marcus Marcelhis, Glaudtns, le rm Pyniius, GésM*, ayant immdé des victimes auxquelles ii manquait une grande partie du iGoîe, ces hommes prirent pea après, comme l'avaient prédit les augures.
JULES GÉSAS.
Ce ne fut pas avant, mais seulement après leur mort qtm les devins parlèrent de ces pronostica Marcellus, qui a'awt pas trouvé un foie entier dans le corps de la victime, ne fut pas le seul qui pérît ; bien d'autres généraux succombèrent aussi sous Annibal : Glaudius et Pyrrhus périrent parce que des entrailles viciées leur annonçaient une mort funeste; disons plutôt que songeant à cet augure fatal et frsfipés de tenrewr» cette triste pensée devint la cause de leur mort : en effet« lit crainte reporte au cœur, comme dans une citadelle, toute la chaleur répandue dans le corps, et produit un excès qui étouffe. Quant à la prédietioa de Taruspice à CSésor^ il tet
rattriboer k la science astr»Miiik|iie ; il afait fait on sacrifice das» lea cdeniea de Mars, le jour où I^Nuioa irait aonoiicém mart d'après aoa borosoope.
ALEXANDRE
Le joor que César fit un sacrifice, qu'il vint an sénat avec le flMMean de poorpre, on me tronra point de eœor dans le corps de la victime.
JOLESCÉSiUU
C'est ce qoe je aie : comment atnrait-elle po vivre sans un coMrî Ce qu'on pevt croire, c'est qœ le cœur était vidé, le tansan maûngre et cbétit
ALEXAmtC.
Pourquoi Cicéron rapporte-^il qu'on vit palpiter la langue et le poumon de la victime?
JULES CÊSAB,
farce que la cbaleor n'était pas encore disrfpée : en effet, leAKuf ayant natureUement le sang épais, ce qui est la condi' tkm de la chaleur, celle-ci y séjourne longtemps : on voit la même chose chez les poissons, dont le poumon coupé en morceaux vit encore. De même on voit s'agiter les entrailles découpées dé l'esturgeon. L'uranoscope ' privé de toutes ses emrailea vit et remue encore; les différentes parties d'un palfpe restent vivantes, et chez pludeurs poissons le cœur palpite longtemps après avoir été arraché; les principes de vie qui sont en lui nous apprennent è ne pas nous étonner de ce pbéaamène : il en est de même d'un coeur de boeuf, ainsi que de la cuisse, qui vit plus longtemps que la queue d*un lézard.
ALEXAflDBE.
Hiii la cuisse ne remue pas, donc die n'est pas vivante.
JULES CÊSAB.
Cette CMiiquence n'est pas juste, car la partie inférieure d'uue artère comprimée ne remue pas, cependant elle n'est pas
^9kmUhnéài(bBnê^éûal^kêyuKtê§ttétatUM*
Pourquoi dose la mvm arrachée k m teuf ne fmmê-irtiiB pas, taudis que la queue d'un lézard remue beaucoup 7,
JfULE3 CÊSàS.
Parce que, chez le (Mjeuf, les nerfs et les uiiisdes iéçemdeiai àxx cerveau» et que chez le Ife&ard le principe du mouTemeot est dans la queue ; car, dit le Philosophe, il y a pour Ainei dire en elle plusieurs aqiwaux.
y^us allez B^m doute me prouver auisi que oHiê faUe mt vraie.
Quelle f^?
ALEXANDES»
Qu*uu liœuf a pu engendrer.
JULES CÉSiR*
Pourquoi ivw? la semence prolifique pouvait èttcêMniêmm 4aas les vaisseaux les plus reculés.
ALEXANDRE
Comment pouvez-vous faire accorder la raisou avec ke /ar jûififi, tandis que vous rejetez Topinion des bommes les flm pages sur les augures? Ueroire Trismégiste, Plotin, èuxMÎtf» ^ les autres j^tonicieus, ont cru aux augures t Arinote, Xt»éc|rfu*aste, Théoiistius, Plutarque, PUne, Porpbyre, lei pytbagoriciej^, Varron > et les astronomes égyptiens y Mt ajouté loi : tous ces bommes se sontrils trompés? êtes-vous aei^ àétresage?
JULBS CÉSAR.
Jep^ux écarter facilement ce Uereure« écriiain apocryphe, non-seulement parce qu*il était prêtre, et par conséquent juge 4aMS sa propre cause» mais parce qu'il afiirme que les augures étaient ini^és par le démon. Or, sur quelle raisMi e'appui^t-il pour le prouver? Sur aucune.
ALEXANDRE
Sur ce que les entrailles de la victime offraient des phénomènes étonnante.
llfiBS GéSAH.
CesfiierreilldS font fraitées de (Mes par Ckéro», qui vaut bim Qiiilfl Triiwn^isted poar le «avoir. Mais admettons les augures ; pourquoi plutôt ]m rapporter aux démons qu'aux InteUigeacas oéleates?
ALEXAfîDSe.
• Querépoode»^TOuaà Piotin, à Porphyre et à JambMqae^ CeuxHJ affirmaient que chaque homme a deux .génies s f nu était appelé esprit malin, c'est-à^Hre génie du mal, qui pousse VhimMe aux plus grands crimes et lui eauae^oos ses imtux ; Tautreest un ei^rit bienfaisanc, ou bon génie, qui l'exhorté au bien et lui en montre la réalisatioa prochaine par un présage ûyorable.
IULES CÉSAR
Puisque les biens et les maux arrivent diaqctejdttr k tous, diacun devrait chaque jour ê^e averti par des présages, tandis lÊftê l'histoire en rapporte à peine «me centatne, qui encore sont fabuleux. Ensuite, je ne peux pas comprendre comment les hommes sont protégés par de bons génies quand je les vois •frappés detant de maiheiirs : aux uns il sniSt de lieurter du pied contre une pierre pour tomber dans un aMme ç d'aolres sont misérablement percés de coups; ceux-ci ont à déplorer la ruine de leurs maisons, ceux-iHi sont mordus ou dévorés par des serpents. Est-ce ainsi que le bon génie nous protège? M'esl-ee pas )à plolit TiBuvre du mauvais génie?
âtBXAlIDRE.
Oa erovak qu'il remportait sur le bon.
imJË& GÊSA«.
: B f««MC à ArasterdaM un achée qui soutenait eette erreur: 9Mwé far jieae fiais quel fuaesleet misérable destin, oeWIaspbétOÊêemr ne disait : « D'après le texte deSiÈcrit«ires, m pe«t -» iaUrer qmlt poovoîrdtt démon remporle sur oefaii de 04eu » même. £n efiet , ce fut conl;re la volonté de Ofeu qu'Adam • et Eve txMnbèrent dans le péché et perdirent le g^re hut maiaç «it ^ndle Kbde Dieu vint auiuoade pour remédia 9k€ê ma, le dénoi ^E^tant les esprits à leoondamoer , 4e
» Christ aasura que c'éuH l'heure du âéman et de la puiMatteê » des ténèbres, et îl Huit par une mort infâme. On peut dire » aussi, d'après les mêmes Écritures, que la TOlontédu éémm 9 est plus cifioaoe qne celle de Dieu; Dieu veuê que fous te» » hommes soient tamie , et cependant il y en a Men peu qui n se sautent Le démon veut qne tous les hommes soient dâffl« » nés , et ils se «lamnent presque tous. Snr toute la vaste » étendue de h terre, les catholiques romains pentoit seidft » avoir part au salut ; c'est4i-dh^ une oertahie partie des ha-* » bitants de Tltalie, de TEspagne et de plomeurs provinees 4t 9 la France, de rAUemagne et de la Pologne. Si de ceux-ci ^oiii » retranchez les juifs et les hérétiques qui se cachent , lei » athées, les blasphémateurs, les simoniaques, les adultères, n les sodomites , qui ne posséderont point le royaume des » ceux, à peine trouvwesB^vous un élu dans un miBion d*honi* » mes. Sous l'ancienne loi , toute la terre était vouée au dé-» » mon; les Hébreux seuls, dont la terre n'avait pas seulement » l'étendue de la Grande-Bretagne, adoraient le vrai Dieu, en- » core abandonnaient-ils souvent sa loi; et lorsqu'ils y étaient » le plus attachés, ils se voyaient accablés par le démon de miBe » manières différentes. «C'est ainsi que pariait ce Iriaq)bémateur4
ALEXAlinHE.
Que lui répondiez-vous 7]
JULES GÊSÂR.
Que c'est à peine si le démon avait pensé à s'égider \ Dieu, qui l'avait aussitôt précipité dans les enfers pour y subir un châtiment éternel; que Dieu avait permis la chute de nos premiers pères pour confondre le démon, car il avait abandonné celui-ci dans sa chute , et il avait sauvé Fbomme non par un moyen angélique, mais en soumettant i la nature humaine son propre Fils, qui s'était offert en fadooànste: bien plus, le démon voyant avec effroi que son règne aHait firirpar h mort du Christ, agaça les nerfs de la femme de Pilate , aGn que le Fils de Dieu ne fût pas condamné à mort; mais lé Christ trioiipha. Le démon qui avait vaincu sur Tarbre fut vaincu sur l'arbre; le prince du monde fut repiongé dans les^enfeif , oA
Boaseulement k Fils de Dieu re^obiâQâ comme ua chien qui ne peut qu'aboyer iauiilameat, mais d'où il rapporta eu' triomphe les dépouilles qui s'y trouvaient Beaucoup sont vppdés et peu soat élus; il n'y a personne cependant qui , malgré les amorces de la chair, ne reconnaisse un Oieu si^Nrôme et auteur de tous les biens, et qui ne déteste Satan comme l'instigateur de tous les vices et le plus infâme esdave. Si plusieurs sont punis par des. supplices, c'est pour êure toad>és vobnruiremettt dans le mal , et non parce que le démon les y a poussés : le grand Bombre des réprouvés [trouve la misérable condition du dé» mon, car personne ne descend aux enfers sans augmenter ses pdnea.
ALEXANDRE
Vooa discutes si bien contre les athées, que tout le monde doit vous regarder à juste titre comme leur antagoniste : ainsi lfisplaN>BÎciens se sont trompés en disant que le bon génie de l'hcpme était inférieur au mauvais.
JUtES CÉSAR.
Je saia bien que. nous, chrétiens, nous sommes gardés par de&euBMf i^i^ l'honneur desquels (que les hérétiques frémis- B^t et meurent d'effroi ! ) le pasteur du troupeau de Dieu , le pape Paul Y, revêtu des droits du Christ sur la terre, a institué une litui^e particulière.
ALEXANDRE
Biais comment Aristote, cet homme d'un génie si extraor* dinaice et presque divin , peut-U avoir cru aux augures 7
JULES CÉSAR
C'est ce qu'il faudrait prouver.
ALEXANDRE
Il paria ainsi luinnéme^ : « On regarde comme un présage » de trouvier dans une poule morte un ceuf ayant la couleur » et la gvesseur d'un œuf parfait. »
JULES CÉSAR
•Mais ce n'est pas lui qui voit là un prodige, f BiMie to.MiimtiiK, èhq^ u.
àtÈtàmmt. !'•
B)etipIa»^Hfegftrdek8corbeafiicofiimeluiitteMiigddeiMi1i
IULES GÊSiR.
A caose de h subtSité de leur odorat, qui leur fait sentir de kMo les cadstrea, dont ils aotit trèa^friands t en en toit fnêilie se râseembier deui et trois jours d*aTaiiee dafis le lieii et Fcttdoit amener les cadavres; on ne peut trop s'étonner de letir goût pour les chairs putréfiées; ausn j'ai coutume de les ap^ peler des tombeaui mants.
ALEXAMDBE.
Ailleurs, Artstote voit un fnrésage dans l'action 4'éteniueré -
JULES CÉSAR
Il dte Topinion des autres, mais non la sienne. Étant à Ntr pies, je reçus de Zacbarias Olympius , homme très-^rsé dans les lettres, le petit livre d*Albert sur les éternuements, et je le lus avec curiosité ; mais Thomme au capuchon se moquait de moi avec ses contes. Chez les malades , Téternuement est un indice pour la médecine ; mais Hippocrate disait : « Les rhu- » mes et les éternuements sont un mal pour ceux qui souffrent » des poumons, mais pour les autres i'étemuementn'à riett de » nuisible. «
AtEXANDtlE.
Pourquoi Aristote semble~t-il avoir vu quelque chose do di«.
vin dans Téternuement ?
JULBS GÊSAa,
Parce qu'il provient de la tête , siège de rinleliigiSBcet laquelle , selon lui, tient de la Divinité. Non seulement Pline affirme que Téternuement vient de la tdte, qnand il dit : « Le » contact d'un groin de porc allège le mal de tôte, et quand » réternuement s'y jointe l'effet est plus certains • mais Bippoorate avait développé ce sentiment par sa défimtion; t L'4> n temuement, dit-il, vient de la tête par suite de la^haleur 4a » cerveau » ou du vide qui se forme dans la tête ; car l'air in- » teneur fait irruption avec bruit, parce qu''ii passe k traMPs n des conduits étroits. » Je conclus d'après cela que si la tête est embarrassée d*liumeurs épaisses, l'éterniaeiieia k SfMdap»
et l'Intdligeiioé qui féside dan» la tête peut alors dételoipper se§ faCifUéd imtorelles plas librement : la secotiwe exeite les étiticelles de l'esprit et mène à botitie fin Tentreprise commencée.*
ALEXANDRE
Qoe t^nde»-Yotis à Pline, ^TbéophrastéetàTKémistliis? Pline «asttrci que les augures ne signifient tien, et ne tirent leuf autorité que de notre imagination; c*est pourquoi ite n\>nt rien de cdmmun avec les incrédules : ceux qui les interprètent daus un sens favorable trouvent que les événemeflts sont Ditera<' blés ; ceux qui les prendront en mauvaise part trouteront le contraire : ainsi Taigle annonça l'empire à plusieurs, et à cpielques-uns la ruine, commeàDéjotaruSf roi de Sicilci qui, ayant aperçu un aigle qui se dirigeait vers son palais , en augura la raine de sa maison , ce qui ne manqua pas d'arriver.
JULES GÉSAB.
C'est nn effist de l'imagination.
ALEXANDRE
Mais cmnment l'imagination peut-elle produire ces résultats?
JULES CÉSAR
Théophraste et Thémistius répondeiit que lorsque nous avons sans réflexion tiré un pronostic, nous sommes emportés par une sorte de mouvement naturel qui a pour cause une intettlgence motrice de l'univers et qui, dans sa profonde sagesse, nous cotiduit à la réalité du fait.
ALEXANDRE
Très-sbuvent nous sommes trompés dans nos pronostics.
' Comme je me rendais à Taurisano, mon illustre patrie, qui est comme une pierre précieuse dansl'ahneau du monde, j'entendis le chant sinistre d'une corneille , et comme je devais voyager à cheval par une forte chaleur, j'augurai que j'étais menacé d'une mort funeste t mais ( grâce à Dieu) cet augure ne fat pes réalisé. M'étant joint I Jean-Marie Glnochio^ théologien trèft-distiligué, qui se rendait en AUemagae, nous venimis de quitter Strasbeuf^, et à peine atait-il mis le ped sur le bateau qu'il aperçut on corbeau; dès lors, redoutant un uAil*
976 oiuvMi pmoMnoom di TANmi.
frage, il voulat retourner ebez loi. Pour moi, lui dis-je, je ne me refuse pas à faire naufrage ; que la volonté immuable de Dieu s'accomidisse, de Dieu, qui de toute éternité a compté les jours de notre vie, comme parle le prophète. Enhardi par ces paroles, il méprisa les terribles menaces du Rhin, et tous deux nous arrivlmes au port sains et saufs. Bien des malheurs m'ont assailli , et jamais cependant une Intelligence ne me porta à rechercher des augures; les philosophes ne me i*egardent pas comme lui étant odieux, puisque j'ai toujours vécu sans crime dans la loi naturelle.
ALEXANDRE
Comment répondriez-vous aux pythagoriciens? Les augures n'étaient pas à leurs yeux un fait du hasard, ni une institution humaine , mais une intervention divine , par laquelle Tétemel et suprême modérateur de Tunivers faisait connaître aux hommes le bien et le mal, c'est pourquoi ils appelaient les augures les Toix de Dieu.
JULES CÉSAR
Que ces dégoûtantes divinités pythagoriciennes, qui cachent les secrets de l'éternité dans les entrailles fétides, vivent longtemps. Combien il est plus juste de dire : « Offrez de l'encens » aux dieux, et laissez croître le veau pour la charrue. » Malgré sa foi dans les augures, Mutius Scœvola, le prince des augures de tous les temps, fut tué au pied de Tautel de Testa, qu'il tenait embrassé. Les augures étaient favorables à Néron, qui cependant périt misérablement. Écoutez maintenant, mânes de Pythagore (peut-être habitez-vous le corps de ce petit chien), si ces augures étaient la voix des dieux; je suis forcé de dire que vos dieux étaient menteurs ou que c'est vous qui mentiez, car vous regardiez tous les augures comme des voix divines.
ALEXANDRE
Il faut répondre à Plutarque : celui-ci croyait que les prodiges qui se manifestaient à gauche étaient favorables, et que ceux qui se montraient à droite annonçaient quelques malheurs.
mïMê cÊêkn.
Par quel moUf i't41 reummé eette (Met
AUXAinmjE* Il peiittit qnt b Isrre étao t opposée ioi cfceax* (ont uqpiu Montra à gauche part de b droite dea dieux, et tout ee qui fient de Taatre eôté part de leur gaiiebe; or b droite dea dieux auoooee dea bifewr$, et b g»idie dea ealaoïitéa.
Cea ioiagea dMarMeot le vulgaire, mab mo lea aagaa, qui Toyaot eu Dieu un étreanpréme, aioiple et étemel, aaveotqn^il m'y a pour lui ni droite ni ffutbef cette diitlDCtion étant toole corporelle et applicable aeulemeot à ce qnieat conpofé, fini et corruptible»
AUCXkMMJL
Coounent éhideres^roua l'opinion de Varron, qui afirmait iqpie lea préaagea étaient dua à l'action de b Lune? En effet, elle est prèadenoua, et ieaaatrononiea b regardent comme baoorce de b divination*
lUtES CÉSAB.
Bagatelles ! quel rapport y a-t-il entre b Lune et lea ^traiOea d'une victime?
AUXAWDRE.
Haia peut^tre que rintd%eoce de b Lune a'occupe dea bommea.
Plût k Dieu! j'auraia alora dea biena en abondance, car & ma naiiiance bLune était au milieu du ciel; maia pourquoi m'ar* réter à réfuter cea ineptiea? Quand elle eat obicurcie k «on entrée dana sa demeure, soua le aigne du Bélier, b Lune annonce dea procès et àe% malbeura; maia h on entend àms\er^ c'est on présage de joie à venin Ainsi dans le même signe céleite, la Lune sera un augure à b fois (avorable et débvorabie^
AtËXAJKOn£.
Porphyre me parait devoir lever toutes voa difficultés ; car il ■e rapporte pas ses augure» ï la l4jne,mab i rinterventioods
te
démon de la Lune, dont elle te nert conune d*un instrument pour ouvrir Tavenir aux hommes.
JULS8 CfiSAR.
Agrippa^ approure ces rêveries en assignant à la Lune un démon et une intelligence; il appelle le premier Hasmodal et la seconde Gabrielle. (Comment ne pas rire en entendant da
pareilles misères I)
ALEXANDRE
Ce sont Ik des noms inventés; mais Augustin Niphus prouve fue le démon inOue sur bien des faits de ce monde par It moyen des corps célestes ; voici Be§ paroles : « Uabenragen nous • est témoin que le démon se sert des étoiles, car il cite la » naissance d*un enfant qui eut lieu lors de la conjonction dn » quatre planètes dans le signe et au jour indiqué par Tboro- » scope i or, ce même jour Tenfant avait parlé et annoncé Ta- » venir au roi son père. Mais comment Taurait-il pu sans le » secours du démon, qui fit usage de la constellation pour cette » prédiction 7 »
J*ai peine à croire que Niphus, philosophe d*un si grand renom, ait pu raisonner de cette façon ; il n*y a aucune raison pour nous faire croire à Texistence de démons, ni bons ni mauvais, au-dessus ou au-dessus de la Lune. Pomponat est plus excusable de rapporter tout cela aux Intelligences, bien qu^on ne puisse pas prouver qu'il y ait de ces Intelligences; ce sont des fictions de rintelllgence humaine qui leur donne son nom. Je rtgarde comme une fable la prophétie de cet enfant, que Hall Habenragen nous donne pour réette. Combien de fois la même conjonction n*ettt*-elle pas Heu dans le même signe, saiu» que les ttottifeau-nés se fussent mis à parler et à prophétiser?
ALEXANDRE
Mais dans votre Amphithéâtre vous avez donné comme tne preuve de rétemelie providence un enfant qui avait parlé le jour même qu*il éuit né.
• PMoMpkk 0M«U«, Um II.
OIUYRIS PHILOSOraïQUBS DJB TANINt. tH
JULES CÉSAR
J*ai écrit dans cet ouvrage bien d^ choses qae je ne ereli pas; ainsi va le monde.
ALEXANDRE
Je ne in*en étonne pas, car je me prends souvent & dire que ce monde est une cage pleine de fous ; j*excepte les princes et les prêtres, car il est écrit : « Le cœur du roi est dans la main » du Seigneur. C'est par moi que les rois régnent et que leurs » lois sont justes. C'est l'Esprit saint qui a institué lesévêques » pour gouverner l'Église de Dieu , qu'il a fondée au prix de » son sang. Celui qui vous écoute, m'écoute, » dit le Christ ^ ses apôtres et à leurs successeurs.
JULES CÉSAR
Je ne regarderais pas comme chrétiens ceux qu'on appelle hérétiques, car le Fil» de Dieu a dit : « Regardez comme un 9 idolâtre et un publicain quiconque n'écoute pas l'Eglise. » Mais terminons cette discussion sur les augures»
ALEXANDRE
U von? r^ste à répondre à l'opinion des JÊgyptiens «t des astronome^.
JULES CÉSAR
Que rignifieiitlesbavardagesde ces charlatans, desquels l'im^ pie Diodore de Sicile n'a pas rougi d'affirmer que Molia avait appris la cérémonie de h circoncision?
ALEZANDAB.
Vous avet fort bien réfoié les meiumges de Diodore Am TOtre Apologie, car c'est de Dieu que Moise reçut i'ordie de faire circoncire i'eB&at huit jours après sa naiasance, sattsaToir égard à la position des i^anètes, ce qoi n'anrait pas été négligé si la circoncision était l'esufre des astronomes; eu effet, Hali Habeasagel, le prince des astronemee de wom sièeie, reoommanda de n'administrer la drcooobion on le baptême «pie quand la Lune s'est élevée au-dessus de Vénns.
IULES CÉSAR
J'ai la cette fable dans la septième partie de sa Somme,
chap. 3 s. Mais que pensaient les Égyptiens touchant les augures?
ALEXANDRE
Ils affirmaient la véracité des augures, parce que notre esprit est porté à prophétiser non par la Lune, mais par une des cinq planètes errantes, et non pas toujours, mais quand l'astre occupe dans le ciel la troisième demeure ou la quatrième, la septième, la neuvième ou la dixième.
J'aurais honte de perdre notre temps à réfuter de pareilles bêtises.