‹ Œuvres philosophiques de VaniniChapitre 4 sur 32 · DB J. C. VANINI. XI · texte numérisé non relu

DB J. C. VANINI. XI

questions n'en faisaient qu'une. Les philosophes de la renaissance , puisant à des sources nouvelles et plus pures de l'antiquité , étaient en lutte ouverte contre la scolastique , et Yanini ne fut pas des derniers à l'attaquer. Cependant c'est en s'appuyant sur les deux colonnes du péripatétisme au moyen âge, Aristote et Averroês» qu'il se montre hostile aux tristes héritiers des grands docteurs des beaux siècles de la scolastique. C'est par Aristote et surtout Averroës qu'il entre dans cette sorte de naturalisme qui lui valut par la suite les titres d'athée et de panthéiste. Ainsi, dans son Amphithéâtre S il se « propose d'expliquer et d'éclaircir les mystères de la Providence, n non par des déclamations usées, à la manière de Cicéron , ni par » les rêveries des platoniciens , et encore bien moins par toutes les » impertinences crasseuses des scolas tiques ; mais en puisant aux » sources les plus cachées de la philosophie. » Tel est le but qu'il annonce; mais il serait difficile d'y croire après avoir lu l'ouvrage, et il fallait être docteur en Sorbonne pour s'y laisser prendre. Sa méthode, qui consiste à opposer toutes les opinions, en fortiflant celles qui attaquent la Providence, et en abandonnant, pour ainsi dire , à leur propre faiblesse celles qu'il veut bien donner pour réfuter les premières, une telle méthode n'est pas celle d'un homme bien convaincu et dont l'opinion est définitivement arrêtée. Ainsi donc avant tout, et peut-être ne fut-il pas autre chose, Yanini fut un grand sceptique; on alla plus loin, et il fut déclaré athée. Cette imputation, répétée depuis fort souvent , et surtout par ceux qui n'avaient pas lu Yanini , était-elle réellement méritée ? Pour être juste, on doit répondre que dans aucun de ses ouvrages on ne trouve la négation de Dieu; que sa défense devait contenter ses juges à cet égard , et rendre moins absolus les jugements tant de fois portés contre lui depuis. Mais s'il. n'était que sceptique dans son opinion sur la Providence, il se montra plus tranchant sur des sujets de religion , et ce fut assurément son plus grand crime aux yeux de ses contemporains. On n'avait pas cru devoir mettre en jugement celui qu'on accusait d'athéisme; mais aussitôt qu'il dirigea ses investigations hardies sur un terrain où des intérêts plus humains se trou-

■ Épttre dédicatoire de l'Amphithéâtre.

Xii NOTICE SUR LA TIE BT LBS OUTRAGES

Vaient compromis, on le trouya digne de mort, et il fut brûlé. Ce fut en effet son dernier ouvrage qui causa sa perte ; car il y a dans ses Dialogues sur la nature des hardiesses que le voile transparent qui les recouvre ne pouvait pas dérober aux regards des intéressés.

Bans ses Diaioguee il se propose d'expliquer tous les secreU de la nature , parmi lesquels il range tous les faits regardés comme miraculeux. Les trois premières parties traitent du ciel , de la terre et des animaux; c'est en quelque sorte un traité de physique péripatéticienne qui n'offre plus que fort peu d'intérêt , mais où l'on trouve çà et U quelques pensées hardies. Mais c'est dans le quatrième livre qu'il a déployé toute sa verve et toute son audace : il a pour objet U religion des pal'ens , mais derrière ce titre il est évident que Yanini en cache un autre. Mettant au nombre des faits naturels les miracles, les oracles, en un mot toute espèce de prodige et même le don des langues accordé aux apôtres, il passe en revue toutes les croyances, les disent» avec une ironie qui est un trait particulier de son caractère, et finit par conclure que la véritable religion est la loi naturelle 1, que Dieu a gravée dans le cœur de tous les hommes. Les Impostures des prêtres ne sont pas oubliées, et les institutions qui ce résultent ne sont plus à ses yeux que des fraudes pieuses. Non-seulement il va beaucoup plus loin qu'il n'avait été dans son Amphithéâtre, mais il déclare que dans ce premier ouvrage il a dit biei des choses qu'il ne pensait pas. Pour se mettre à couvert , il met toute ces hardiesses sur le compte de tel ou tel athée qu'il a rencontré dan ses voyages , et qu'il a l'air de réfuter; mais personne ne pouvait s' méprendre.

En général , Vanini est travaillé de cette inquiétude , de ce besoî de réforme, de ce <dégoût des choses des derniers siècles qui sembla: tourmenter tous les penseurs de la renaissance. Il n'est ni plus scep tique ni plus irreligieux que Jérôme Cardan, Pomponat, Télésio Campanella , Jordano Bruno et d'autres ; quelques-uns même ont éi plus loin que lui. Faut-il ne voir dans cette tendance générale de esprits émineots de l'Italie À cette époque qu'un simple résultat de il spéculation , qu'une hardiesse téméraire et irréfléchie? Il y a auir

• Voyez le dialogue sur Dieu, p. 21 6.

Di I. c. YAifiifi. xni

choie» et le nifiea danf lequel Tifaleat toui oef hommef explique leur philofophie* ludépeiideminent du pragréf qui eommeoçait à ee ■auifeiler daoi lei fcieoeés , et def lumièrei nourelief que iee der^ Bien dréoemeDU de CoDStaotiuople araient procurëet à lltalie , l'état de cette contrée aui quioxième et foixiéme siéclcf étiit de nature à soulerer bien det doutes : ce qui arait amené la réfonne en Allemagne ne pouvait pa« être lans action fur lef philosophef de Tltalie ; et comMen d'autre! euieti de réflexion venaient wt joindre aux premiers I En présence des maux sans nombre qui avaient désolé lltalie , des ioAunies de toute espèce qui la souillaient , et d'une immoralité d'autant plus monstrueuse qu'elle partait de plus haut » des esprits hardis ne pou^ faieoiF-Ua pu être conduits à se demander si réellement il j avait une Providence , il réellement l'homuM était un être doué d'une âme destinée à vivre d'une autre vie? Ce sont les grands désordres qui fbnt les grands sceptiques; c'est lA ce qui explique et, jusqu'à un certain point» ce qui eicnse des erreurs qui ne doivent pas être jugées en dehors dee causes qui les ont produites. Ce qui est vrai de toute philosophie en général l'est particulièrement des philosophes italiens de la renaissance: ils ont besoin d'être eipliqués par la société à laquelle ib appartenaient» de même que sans eux cette société ne peut pas être enttèremeot comprise.

Par son scepticisme et ses négations» Vanini fut un des esprits les plus hardis et les plus éclairés de son siècle ; mais ces hardiesses et ces lumières ne sont encore que celles de son temps et de son pays* 11 prend des précautions» des détours; il se couvre d'un voile» paroe qu'il sait qu'il s'expose à des dangers ; il est éclairé » mais ses connaissances scientifiques ne sont pu à la hauteur de ses idées. En toute occasion il Ciit de grands elTorts pour eipliquer par des causes naturelles ce qu'on attribuait à des influences extraordinaires; mais il est quelquefois dominé par la grande folie scientifique du temps» et surtout de l'Italie, l'astrologie judiciaire. Voulant donner un ouvrage complet de Vanini» nous n'avons pu retranché les passages d'utrologie judiciaire qui se trouvent dans V Amphithéâtre ; d'ailleurs il n'est pu sans intérêt de voir en quoi consistait cette fausse science qui a exercé pendant si longtemps une si grande influence sur la moralité des individus et des sociétés tout entières.

XIV Nonci son la fis it ut ouvaagu

Lef deui prindpaui oanagéf de Vanini , eeui qui ont canfé m mort et qui Tont rendu célèbre, sont VAmpMthédlr$ et lef Dia^ logues êwr la nature : noui tToni donné le premier tout entier , et noui tToni choisi dam le second les dialogues qui offirent le plus d'intérêt. Quant aui autres ouvrages, ils n'ont été tus de personne, à Texception d'un seul ; aussi ont-ils été révoqués en doute : il est certain du moins que tous n'ont pas vu le jour, en supposant qu'ils aient tous existé. En yoici les titres tels que Vanini les donne dans VAmphiihédtre ou dans les Dialogues :

!• Mémoires sur des questions de physique : Commmtarii phyêici.

2* Mémoires sur des matières médicales ; Commêniarii mêâiei.

3* Traité de la vraie sagesse : Da verà tapimHà, Le P. Garasae * affirme avoir lu ce traité, dans lequel il dit que Vanini parle « en païen et en philosophe cynique. »

4« La Magie naturelle s Traetatut phy$ieO'tnagieu$,

00 Du mépris de la gloire : De eontêmfundà glorid.

6« Défense de la religion de Moïse et de la religion ehrétienoe : Apologia pro Uge moiaïeà et ehrUtianâ,

70 Traité des astres : lAbri aêtronomici.

8« Apologie du concile de Trente : Apologia pro eoneilio Tridên^ tino.

Les titres complets de l'Amphithéâtre et des Dialogues sont :

!• Amphithéâtre de l'éternelle Providence, divino-maglque , christfano- physique, astrologico -catholique, contre les anciens philosophes, les athées, les épicuriens, les péripatétidens, les stoïciens, etc. Amphitheatrum œternaprovidêntiœ, éUvino^magieum, ehriêtiano^ phyiieum, attrologieO'eatholieum , adversut vetêra pMloêopbos , atkiOi, êpieuTêot f peripatelieoê , êtoïeot, ête,

2« Des mystères de la nature, la reine et la déesse des mortels, en quatre livres, par Jules César Vanini, docteur en théologie, en philosophie, en droit canon et en droit civil : Julii Cœ§arit Vanini» thêih logi» philosophi êtjurit utriutque doetorii , de admirandis natu^ rœ, reginœ deaque mortalium aroanie, libri quatuor»

Le P. Garasse et Gramond étaient contemporains de Vanini, et le second , président du parlement de Toulouse , chercha par tous les

' Doctrine corïetme, p. toir,.

tmojtÊê k imûûer l'arrêt de condamna tkm ; maif oittire eet deux auteo» , pliufeiiri éerivaini le sont oceopés de VaninI d'une ouniére toute tpéefale* Panni lef éerita qui font reitéf et qui ont ienri de teite am jttgenentf de eeui qui depuii ont parié de Vanioi fani le eon* ■altre , les plue remarquaMea sont :

Deui diisertatlonf d'Olearius sur la fie et les éeriu de VaninI , en latin (iéna,1706);

Un traité partieulier sur la Yie et les oufrages de Vanini, par ML Sebramm, également en latin (Custrini, 1709);

La vie et lee sentimenu de LueiUo Vanini ( Rotterdam , 1727 ), ourrage attribué à David Durand.

La Croxe^dans ses Entretiens sur dirers sujets de littérature* d'histoire , de religion et de critique, a ronsaeré un assez long espace à VanioL Tous ces oufrages sont écrits dans un esprit plus ou moins iMMtHe à Vanini*

En 17i2 on fit cependant paraître une apologie de Vanioi écrite en latin , par Arpe«

Dans la courte notice que nous fenons de donner, nous afons pris pour guides les ouf raps de Vanini, et nous n'avons eu recours i des soureea qu'on peut à bon droit suspecter, que quand la première nous a Dunqué.

Quant au jugement dé6nltir i porter sur Vanini comme philosophe, je croie que , nourri de la philosophie d'Afcrroês et de Pomponat , il fui un sceptique à l'égard de la Prof idence et dp l'immorUlité de rime, mab que rien ne prouve qu'il ait été fériublement athée» Cent qui l'ont accusé d'athébme se sont surtout appuyés sur les Dior hgueêf et c'est précisément celui de ses deux ouvrages qui justifie le moina cette accusation. Là il se montre plus ou moins hostile au ttktbolieiafne; il va aussi loin , quoique moins ouvertement, que les cri- Uquca les pku acerbes du dix -huitième siècle; enfin il tombe dans un eues qu'on peut ne pas approuva ; mais nulle part il n'avance une né* gation formelle de U Divinité. Ce qui est vrai à cet égard, c'est qu'il annonce une cerUine tendance au panthéisme, et qu'il semble quelqnelbis confondre Dieu avec la nature > ; cependant il hésite, et cette

' V*3rez le éulogu^snr Dieu, p, iiti.

XVI NOTICE SUR LÀ VIS BT LIS 0UTBA6BS DE J. C. YANINI.

hésitation me partit sincère ; elle n'est que le résultat de cette indécision intérieure qui fit de Vanlni un yéritable sceptique surjette question. S'il n'avait pas hésité dans sa conscience, il aurait su faire parler nettement tel athée de Hollande ou tel autre d'Allemagne, conune il le fait en d'autres occasions où ses idées sont évidemment beaucoup mieui arrêtées. Quant à ses connaissances, elles étaient fort étendues et surtout fortifiées par un bon sens qui perce à travers ses attaques quelquefois si passionnées ; il faut reconnaître cependant que cette érudition aurait besoin aujourd'hui de nombreuses observations : nous ne nous sommes pas engagé dans des remarques de cette nature, parce qu'elles nous auraient entraîné beaucoup au delà du plan de cette publication. .

Page 1