EXERCICE IP
Qu'est-ce que Dieu ?
Les anciens philosophes ont émis à ce sujet des systèmes opposés et obscurs, comme le feraient les Antakatares. Selon Thaïes, l'eau est Dieu ; pour Anaximène, c'est l'air. Les Crotoniates le voient dans le soleil , la lune et les astres ; Empédocle dans les quatre natures; Démocrite dans les fantômes ; Socrate, Platon , Xénophon, dans le ciel et le soleil. A ces deux derniers, Xénocrate joignait cinq astres errants et le ciel des étoiles fixes ^ Selon Heraclite, le ciel et la terre étaient Dieu. Il serait audessous de mon œuvre de combattre le jugement de ces philosophes ; je suivrai plutôt le conseil salutaire de mon divin précepteur, qui a dit au troisième livre des Parties, textes, et au premier des Topiques, texte 9 : Le devoir du sage n'est pas de poursuivre d'impertinentes obstinations. Le bon sens su£St pour renverser toutes ces doctrines. Tous ces êtres, étant finis, dépendent nécessairement d'un autre ; donc ils ne sont pas Dieu, puisque Dieu est le premier de tous les êtres.
Vous me demandez qu'est-ce que Dieu? Si je le savais, je
' Je me suis attaché ici à rendre la pensée de Xénocrate plutôt que la lettre da teste, qui est inexact.
strais ûieu ; c^f personne ne eonnatt Dieu et ne seit ce qnil est que piau loi-même. Cependant nous pouvons quelque peu te découvrir à travers ses œuvres, comme le soleil lumineux I travers le nuage ; toutefois, nous ne le comprendrons pas mieux par cet intemiédiaire, que nous ne comprenons même pas. Disons donc qu'il est le plus grand bien , le premier être , le tout ; juste, pieux, heureux, calme, tranquille, créateur, conservateur, modérateop, omniscient, tout-puissant, père, roi, seigneur, rémunérateur^ ordonnateur, principe, fin, milieu, éternel, (sempiternel, auteur, vivifiant, libéral, observateur, artiste, providence, bienfaisant; seul il est tout dans tout. Nous comprendrons toutefois , nous sentirons qu'il ne peut être indiqué plus complètement par d*autres mots que ceux mêmes qui prouvent noti^ ignorance. Car eu disant qu'il est immense , incompréhensible , faisons-nous autre chose que d'avouer son existence éternelle? Au reste, comme c'est la seule étude qui pui^e rép;iu(lre sqr pia vie quelque bien et quelque utilité, je crois devoir prévenir Je lecteur que c'est sans raison qu'on a cessé de ^tt (le Dieu qu^il est tout-puissant , miséricordieux , pieux, juste, yengeur, S(|int, (prt, etc« ^ car une aflBrmation per^UUi(iée ii son sujet; ne serait qu*uue absti*action, ou bien il y aurait un autre Dieu que lui , un Dieu avant lui : ce qui est iippie. C'est pourquoi il n'est pas l'être ; il n'est ni bon, ni sage, ni tout-puissant; ipajs i| est l'essence , la bonté , la sagesse, la toute-pui^nce, Ces attributs sont en lui de telle sorte , qu'ib sont lui, qu'il n'y a pour eux ni Vivant ni après, Voici comment inn maiu, peut-êt4*e trop téméraire, ose esquisser cet être. Dieu ^fX à luiru^ême sqn commenceuieut ^t sa fin, quoique sans corn* ipencewçnt ni fin ; i] ^t leur auteur à tous 4eux, et il n*a be« SQin ni 4§ l'un iM i^ r^utrç. Éternellenient en dehors du temps, il n*Y ^ pour inl ni p^s^^ ^^ avenir, II règne partout sans lieu déterminé, immobile sans fixité, rapide sans mouvement II est tput, en dehors dç touti tout dans toutes choses, et rien ne le contient £n dedans il gouverne , en dehors il crée. Il est bon ^s qualité, |(rand ^n^ quantité ; tout sans parties, immuable et mouvant tout Pour lui, vouloir c'est à la fois poiiToir et
OBUVRIS PUIL060PH1QUB8 DE VANINf. T
çré^. Il est simple; en lui rien n*est en puissance, mais tout «o acte : luiroiême est Facte pur, premier, moyen et dernier. £nfin il est tout, au^dessu^ de tout, hor3 de tout, dans tout, pardessus tout, avant tout, et tout après tout.
EXERCICE IIP.
Qu'est-c^ que U prpvid«nf6 divine?
C'est, dit saint Thomas, la raison de l'ordre des choses dans un but Au jugement d*Auréolus, cette définition est absurde; car la raison de Tordre dans un but est ce que Dieu préyoit dans les choses; or, la providence n'est pas ce qui est prévu , c'est l'acte de celui qui prévoit , comme le témoigne celte définition de Boëce ; La providence est la raison divine, attribut du premier principe, et qui régit toutes choses.
Louis Vives définit ainsi la providence : La volonté qui gou»* Terne tout dans son conseil. Définition inepte, selon moi; car avant la création il y avait une providence sans gouvernement. £n outre. Dieu n'a besoin pour gouverner ni de conseil comme moyen, ni d'instrument, ni de modèle. Lui supposer un conseil est aussi impie que de proclamer plusieurs dieui^. Il ne discute pas, ne raisonne pas; il ne fait aucune proposition, aucun cboa » ne demande jamais conseil et n'en reçoit de personne. C'est pourquoi j'avoue franchement que le mot prévoir ne convient pas en parlant de la toute-puissance divine, si ce n*est quand notre intelligence mutilée veut mesurer l'infini. Nous , pour qui il y a un futur, nous pouvons employer le piot prévision ; mais pour Dieu, il n*y en a point i il ne prévoit pas, il voit simplen^ent le présent; mais ce présent renferme tout.
Ne pouvant pas définir rigoureusement la providence, nous dirons que c'est une puissance éternelle de Dieu , et qui précède toute chose. C'est pourquoi elle est simple , une , et par conséquent immuable; car en précédant les faits, elle peut les cban[|;er sfins jan^ais cesser d'être la même; de plus, cavme
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eDe est toujours présente à eUe-même, et qu'elle est simpk, elle est immuable en Dieu. De là nous sommes en droit de oon* dure que Dieu , par sa providence, peut agir par anticipatioii sur ce qui n*est pas (encore, comme dans la création, à laquelle aucun sujet n*a posé de bornes. La providence de Dieu a donc agi sur le non-^tre quand elle en fit un être.