‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 18 sur 138 · Ajoutez que cette vérité se trouve encore revêtue des · texte numérisé non relu

Ajoutez que cette vérité se trouve encore revêtue des

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deux derniers caractères attadiés (‘ssentiellement aux premières vérités; c-ar elle a été si universidieinent Veçue parmi les hommes dans tous les temps et dans tous les pa) s du inonde , et par toutes sortes d’esprits , que ceux ijui attaqueraient la a*rtitude évidente de rexistenco des corps ne se trouveraient pas un contre mille , et même contre cent mille : c^r tous les hommes ( ainsi que nous le disons ) étant tous philosofthes à l’égard des premières vérités de sentiment , sur cent mille philosophes il ne s’en trouvera assurément pas un qui juge sérieusement qu’il nesl^ pas évidemment certain s'il y a des corps en ce monde , et si tous les objets qu'il a devant les yeux ne sont point des spectres ou de purs fantômes de l’imagination. ^

57. Il s’en trouvera encore moins qui, dans la pratique, n’agissent pas comme étant évidemment certains de la chose qu’on supposerait pouvoir révoquer on doute. Ainsi quand , malgré ces trois caractères de premières vérités, un contemplatif prétendra qu’à force de réflexions il a découvert que nous n’avons aucune certitude évidente des corps, il prouvera seulement qu’à force de réllexions il a perdu le sens commun; méconnaissant une première vérité dictée par le Sentiment de la nature , et qui se trouve justifiée par les trois caractères que j’ai marqués.

58. Celle qui regarde la liberté do l’homme a encore ces trois caractères. En effet, I®. Jamais opinion n’a été si universelle dans le genre humain. N’est-cc pas là également, disait saint .Vugustin , ce que les plus habiles docteurs enseignent dans les chaires, ce que les plus simples bergers publient dans les campagnes , ce qui se répète et se suppose dans foutes les conjonctures de la vie? 2®. Le petit nombre de ceux (pli, par affectation de singularité ou par des réflexions outrées, ont voulu dire ou imaginer le contraire, ne montrent-ils pas eux-mémes , par leur conduite , la fausseté de leurs discours , puis(ju’ils ne peuvent avoir pour la iierfidic la même estime’

que pour la fidélité? Néanmoins ces qualités ne seraient au

fond ni estimables ni méprisables , si elles ne parlaient pas d’une volonté libre, mais d’un principe nécessaire. Nous jwurrions aimer la vertu et la probité comme nous étant commodes; jamais nous ne pourrions les juger dignes do récomj)ense et d’estime. C’est ainsi que nous aimons, à cause de sa commodité, une montre, qui nous marque régulièrement les heures; et nous ne pouvons sérieusement la juger digne d’estime et de récompense , comme nous en jugeons digne un homme qui dans un danger pressant est demeuré fidèle à son devoir.

59. D’ailleurs, par quelle proi»osition plus claire et plus certaine que celle-ci : L’homme eut vérilabkmenl libre, pourra-t-on atta(|uer cette vérité ? Sera-ce par cette autre : On }H)urrail n’élre jtas libre, et choisir volunlairement tantôt un IHirti et tantôt un autre, sans que l'on s'en aperçût soi-même, et sans éprouver aucune disposition différente de celle où nous nous trouvons actuellement? CÆc proposition, dis-je, n’est pas certainement plus claire que celle-ci : Je sens que je suis libre ; car, par voie de raisonnement, l’une ne saurait être détruite par l’autre ; n’ayant aucun principe commun qui serve à détniire l’une et à établir l’autre; au lieu que, par voie de sentiment, tous les hommes sensés et de bonne foi, loin d’élrc arrêtés par les subtilités d’un sophiste sur ce point, plus ils y penseront, et plus ils riront de ces subtilités.

D’ailleurs opposera-t-on à cetta vérité ; Je suis libre, une proiwsition plus claire par la force du raisonnement suivant (jue quelques-uns font valoir : L’homme portant toujours ?u‘ressairement sa volonté à ce qu’il juqe de meilleur, il ne peut la porter à ce qu’il juge de moins bon? Mais cette seconde pro- })Osition , bien loin d’étre aussi claire et aussi certaine que la ])remière , est uiv fonds inépuisable de discussions entre les plus subtils esprits.

Tous d’abord seront obligés de convenir que du moins quelquefois la volonté se porte à un objet plutôt qu’à un au^ IrCj sans que l un soit meilleur que l’autre; comuio ijuaiid

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do deux louis d'or elle prend l’un pliiWt que l’autre, sans rien apercevoir de meilleur dans l’un plutdl que dans l’autre. Ensuite l’esprit sera embarraiîjé à discerner un meilleur qui est présent et plus court, d’avec un meilleur qui est à venir et plus long; un meilleur selon les sens, d’avec un vxeilleur selon la raison ; un meilleur indépendant do l’action de la volonU^ libre d’avec un meilleur qui se trouve toujours dans l’action mémede lavolonU^ laquelleexerceactuellementsalilierté.

60. Quelque chose donc qu’on puisse opposer à ce que juge le genre humain sur la liberté de l’homme, ce ne sera point un principe plus clair, plus plausible, plus immédiat, plus intime à l’esprit humain que le sentiment de la libertcî ; 2”. Celui-ci, d’ailleurs, s<‘ trouve répandu dans tous les esprits , dans tous les temps et dans tous les lieux ; 3®. Tous dans la conduite de la vie agissent conformément à ce sentiment : c’est donc une première vérité, puisqu’elle en a les trois caractères essentiels.

Touchant la sorte de première vérité , qui nous fait juger que le pur hasard ne saurait former un mivraqe tel que le. monde en général ou le corps humain en particulier, ou même une simple horloge qui marque régulièrement les heures, quelques-uns ont prétendu que ce jugement n’est pas une vérité incontestable. Voici leur pensée.

61. C’(‘St la nature, disent-ils, qui nous instruit que dans une infinité de combinaisons jjossibles, est renfermée la combinaison particulière des parties d’où résulte la formation du monde, ou du corps humain, ou d’une horloge ; il n’est donc pas impossible que cette combinaison ait été causée par le hasard, puisqu’elle est autant possible que toute autre combinaison que le hasard aurait effectivement produite.

Je réponds qu’il n’est nullement vrai que la nature nous fasse juger que, sans le secours d’aucune intelligence, et par un pur hasard , une des combinaisons précédentes soit possible ; ce n’est point , dis-je , la nature qui fait porter un jugement pareil, c’est pliitét l’effort d’une imagination quis’alam-

bique mal à propos en des objets où notre esprit se perd , et où , borné comme il est , il doit manifestement se |M?rdre. En effet I". quelle idt^ nette ad-on sous le mot de hasard? Nulle ; sinon que le hasard est une cause inconnue : or, juger des effets que peut produire une cause inconnue telle que le hasard, c’est juger de ce qu’on ne connaît point, et par conséquent d’une chimère. 2” De plus , juger de ce qui est ou n’est pas possible dans une combina isoyi infinie (laquelle par son infinité même surpasse la jiortée de notre intelligence ), c’est une nouvelle chimère ; comme nous le ferons sentir davantage dans le chapitre de VInfiniiè ou dans celui de la Possibilité (les êtres. Mais qu’est-ce qui est manifestement à la portée de notre esprit ? C’est ce que la nature a mis dans celui de tous les hommes qui ne se sont point étudiés à en démentir les sentiments : savoir, qu’une machine comme celle de l’univers en général, ou du corps humain en particulier, ou seulement d’une horloge à jiendule, est une combinaison qu’il est impossible d’attribuer sérieusement à d’autre cause (pi'à une intelligence ; en sorte qu’il m’est impossible de juger qu’un homme scmsé pense là-dessus autrement que moi.

62. Si l'on prétend que c’est l’état de la question , et que tel philosophe juge sérieusement possible ce que je trouve impossible; je prétends qu’en ce point-là même il est hors de l’enceinte de la raison. Dans cette contrariété , qui sera le juge pour décider lequel du philosophe ou de moi est l’homme sensé ? Je suis bien sùr d’avoir pour moi le sentiment du genre humain, à quelques-uns près qui se creusent et se tourmentent l’esprit i>our trouver de la possibilité, là où les autres hommes n’en ai»erçoivent point. C’est donc au philosophe à me prouver que la nature raisonnable réside uniquement dans lui et dans une jwignée de ses semblables , tandis qu’elle manque à tout le reste du genre humain. 11 oppoæ des subtilités : mais ces subtilités, quand on lésa j)énétrées aussi bien que lui , n’arrêtent point les autres hommes ; elles servent uniquement à nous convaincre davantage ,

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