CHAPITRE XX
Si In mémoire est régie de vcrilc.
153. Il resterait à parler ici d’une règle de vérité qui semble à quelques-uns la même que celles dont nous avons parlé, et qui cependant en est différente. Elle consiste dans la mémoire que l’on conserve des vérités. On demande, par exemple, si après avoir connu par voie de raisonnement toutes les conséquences d’un principe j’en suis aussi assuré lorsque, dans la suite, je me souviens simplement de l'assurance que je m’en suis donnée par le raisonnement, que lorsqu’il était présent à mon esprit et qu’il me convainquait actuellement. De même encore, on demande si je suis aussi assuré d’une chose que je me souviens d’avoir vue, que quand je 1a voyais actuellement.
1 54. Si l’on regarde le degré de vivacité d’impression dans la certitude, tout le monde conviendra qu’il est plus grand d’un côté que de l’autre , la conviction étant autrement sensible quand je vois actuellement que quand je me souviens seulement d’avoir vu.
455. D’ailleurs, ne peut-il pas arriver que je croie me souvenir sans me souvenir en effet? Cependant, si c’est un souvenir tK*s-distinct et très-formel, il supplée à la présence actuelle de l’objet, et l’on ne peut s’y méprendre; mais pour peu que le souvenir s’obscurcisse , comme il arrive presque à tout le monde, ou plus tôt ou plus tard, quoique d’une
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manière souvent imperceptible ; il faut être en garde contre la conviction qui se tire du souvenir. Au reste, l’expérience personnelle et la réllexion qu’on y fera, doivent régler le plus ou le moins qu’il faut accorder à la certitude de la mémoire. Ceci i>eut nous faire naître une réflexion utile.
’’ On trouve des gens attachés à certaines opinions, et , parce qu’ils ne peuvent actuellement en rendre raison , on les regarde comme des esprits mal faits et entêtes, ce qui n’est pas toujours ; mais seulement ne se souvenant plus des raisons de leur opinion , ils se souviennent clairement qu’ils les ont pénétrées, et qu’ils en ont été pleinement convaincus. Quelquefois aussi ce pourrait être un prétexte d’opiniâtreté pour se persuader à eux-mêmes qu’on ne peut rien ajouter ni opposer aux raisons dont ils croient avoir senti tout 1e poids. C’est jwurquoi , lorsque les choses en méritent la peine, il ne faut guère, en matière de preuves et de raisonnement, se fier au simple souvenir d’en avoir été convaincu ; mais il faut se les rappeler actuellement, et s’en défier d’autant plus, qu’on aurait plus de peine à les retrouver, parce que rien ne demeure davantage dans l’esprit et n’y revient plus aisément qu’une bonne raison , surtout dans le besoin. Je sais que la maxime n’est pas si générale qu’elle n’ait ses exceptions; mais elles sont en trop petit nombre pour dispenser, communément parlant, de suivre dans la pratique la règle que nous marquons.