‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 47 sur 138 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dos choses dites avoir essence.

2H. Nous concevons clairement que Dieu pourrait faire tous les êtres autrement qu’ils n’existent ; non pas au sens qu’un même être pût au même temps exister de telle manière et ne point exister de telle manière ; cette supposition se détruirait elle- même ; mais au sens, qu’au lieu de cet être que nous appelons en particulier homme. Dieu pouvait faire un être , qui , avec toutes les prérogatives de l’homme, en aurait beaucoup d’autres : par exemple, qui aurait plus de cinq sortes de sens, pour éprouver des perceptions dont nous sommes incapables, ou qui pourrait en un instant faire cent lieues, ou qui n’aurait pas besoin de la nourriture ordinaire; enfin qui aurait mille autres faculU^ semblables.

D’ailleurs, comme cet être aurait eu des prérogatives de sunuogalion à ce que nous appelons communément homme ; Dieu pourrait faire aussi un être qui aurait quelques jirérogatives de l’homme, sans les avoir toutes : par exenqtle, un être qui n’aurait jamais eu plus do connaissances que n’en a un enfant do deux ans, et dont l’osprit n’aurait jamais été capable d’aucun raisonnement formel.

212. Dans la supposition de ces deux nouvelles sortes d’êtres qui auraient quelque chose de semblable, et quelque chose de dissemblable à la sorte d’être, qui est l’homme tel que Dieu l’a fait , on disputerait si ces trois sortes d’êtres auraient une même essence ou une essence différente : s’ils auraient une même essence d’homme commune à tons, les

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(rois , ou s'ils aiiraiont chacun une essence particulière. Opcndunt la dispute roulerait uniquement sur des mots, jH)ur savoir ce qn’on voudrait apj>eler même essence, ou essence de l'homme. Supiwsé d’ailleurs qu’on filt convenu d’appeler essence de l'homme tout ce qui est animal raisonnable, la dispute tomberait alors sur d’autres mots : jK)ur savoir ce qu'on entend par animal raisonnable ; et si le mot animal doit s’appliquer à un être qui aurait l’usage déplus de cinq sortes de sens, sans avoir besoin de nourriture; ou si le mot raisonnable pourrait s’appliquer à un être incapable, comme nous le supposons , d’un raisonnement formel , quoique ■ «railleurs il fût (selon la supposition ) de la même constitution physique qu’un enfant de deux ans, qui au fonda une ûme raisonnable. La contestation , dis-je , roulerait uniquement sur le mot; et personne, de c«Mé ni d’autre, ne se méprendrait , sinon dans le mot : l’un disant que ces trois sortes d’êtres seraient différentes essences , et l’autre disant «pie ces trois êtres ne font «prune essence, (’.ar les disputants auraient tous les mêmes idées exprimées dans la sup- |)osition ; reconnaissant ce qu’elle admet de semblable ou de dissemblable , dans les trois sortes d’êtres dont on parle. Ainsi ayant tous les nn'mes idées, ils ne disputeraient donc plus que de mots, pour savoir quels non»s il convient d’appliquer à ces idées, auxquelles l’un voudrait appliquer les noms d'unité d'essence, et les autres, les noms «le variété d'essence. Afin d’ôter de pareils embarras de mots, «pii surviennent si souvent au sujet de l’essence , et pour former là-dessus des notions qui soient autant de premières vérifié , il ne faut qu’avoir présent à l’esprit les {>oints suivants ;

213. I". L’essence réelle de chaque chose n’est que la chose même, telle qu’il a plu à Dieu de la faire. 2". Au lieu de cette chose. Dieu en i>ouvait faire une autre qui participât plus ou moins aux «jualités de la première. 3“. Quand Dieu a fait une chose ou un être avec certaines qualités ou pré-

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