CHAPITRE VII
Kdaircisscinont sur la difTérencc entre ta déflniiion du mol et la définition de la chose.
221 . On peut tirer de ce que j’ai dit ei-dessus une const'*quence ipii aura besoin d'être éclaircie, savoir: tpie toutes les définitions d’une cliost* n'étant ([iie des explications du
9U TfiAITÉ DES PREMIÈRES VÉRITÉS.
mot qui la signifie, il n’y aurait plus de différence entre définir la chose et définir le mot ; puisque définir un mot n’est (|u’expliquer sa signification, et que définir une chose n’est, selon nos principes, qu’expliquer le mot qui la signifie.
222. Je réponds qu’il ne laisse pas de se trouver une différence très-grande entre ce qu’on appelle communément définition du nom ou du mot , et définition de la chose , bien que cette différence ne soit pas telle que plusieurs se l’imaginent. L’une et l’autre définition, à la vérité, n’est que l’explication do la signification d'un mot ; mais la première est l’explication d’un mot établi par l’usage reçu , conformément aux idées qu’il a plu en général aux hommes d’y attacher, au lieu que la seconde est l’explication d’un mot supposé arbitraire, dont je me sers à mon gré sans pn'tendre nullement, en cette occasion, m’assujettir à l’usage établi. Ainsi, j’attache à ce mot, selon qu’il me plaît ou que j’en ai besoin, le nombre et la qualité des idées que je déclare actuellement avoir dans l’esprit. Ceci me paraît assez plausible pour n’avoir pas besoin d’une plus longue exjwsition.
223. Au reste, cette définition d’un mot pris même arbitrairement , peut , en un sons très-légitime, s’appeler la nature de la chose définie; car alors la définition exprime parfaifi»mont la nature de la chose dont je parle et que je définis, telle que je la conçois ; mais ce qu(> je conçois alors n’est pas toujours la nature effective de 1a chose indiquée par ce mot s(don l'usage reçu.
22i. Un homme ((ui, ne sachant jioint le français, choisirait arbitrairement le lrian(fle pour exprimer l'idée de cercle qu’il aurait actuellement dans l'esprit, et (pii déclarerait: J'entemls par triangle une ligne courbe éloignée partout également d'un certain jtoint; il est évident que cette définition exprimerait très-bien la nature de la chose que cet homme aurait actuellement dans l'i'sprit, qu’il appelle triangle, et que nous apjM*lons cercle en français; mais nous regarderions sa définition comme une simple définition de mot.
DEÜXlkME PARTIE. — CHAP. VIII. 95
parce qu’il n’aurait pas défini la chose indiquée selon l'usage reçu par le mot triangle.
225. Sur cela il est bon d’observer encore que cette nature (exprimée par la définition d’un mot, quel qu’il soit), étant supposée une fois, on en tire des conséquences dont le tissu forme une science aussi véritable que la géométrie, qui a uniipiement pour base la définition des mots. Tout géomètre commence par dire ; j’entends par le mot point, telle chose ; par la ligne , telle autre chose, et de cette définition de mots (qui sont autant de natures que l’esprit forme à son gré), on parvient aux connaissances les plus profondes, aux conséquences les plus éloignées , et aux démonstrations Iw plus infaillibles et les plus évidentts. Mais il faut toujours se souvenir que ce sont là des vériti's qui n’ont pour fondement que des natures idéaU's de ce qu’on s'est mis arbitrairement dans l’esprit, sans que cela montre ou enseigne rien de la nature existante et réelle des choses.