‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 59 sur 138 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XII.- Itl · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XII.- Itl

258. Ceci nous fait voir conil)ien sont propres à décrier la raison, ceux’ qui raisonnent de choses sur lesquelles ils no disent et ne peuvent dire que des incompréhensibilités. Quel honneur se font-ils en demandant sérieusement s’il jxîut y avoir un infini absolu plus grand cpic l’autre; ne voyant pas seulement que le mot grand tîst un terme relatif pour exprimer de combien l’une de deux choses surpasse l’autre, ou est surjiassée par une mesure déterminée et connue de nous. Ainsi la grandeur des choses qui ne peuvent avoir de mesure déterminée est une grandeur qui n’est plus à la portée de notre esprit, et dans laquelle il est manifeste que nous ne concevons rien, sinon qu’elle est au-dessus de notre portée.

Mais n’est-il pas évident, dit-on, que s’il y avait une infinité d’hommes, il y aurait une infinité de cheveux plus nombreuse que l’infinité d’hommes? Je réponds que dans un nombre d’hommes borné et déterminé je vois clairement qu’il y aurait plus de cheveux que d’hommes; mais dans un nombre d’hommes infini où je ne conçois rien, je ne conçois pas davantage les attributs dont il est ou pourrait être suscqjtible ; par conséquent, je ne vois pas et je ne ]>uis voir s’il est susceptible de plus ou de moins , n’ayant jamais pu vérifier le plus et le moins que par des nombres finis qui sont à la portée de mon intelligence. Rien ce me semble n’est plus propre à gâter l’esprit et à introduire de faux raisonnements que ces sortes de discussions absurdes; car en y voulant exercer sa raison, on s’accoutume à confondre des chimères avec la raison même, puis réciproquement la raison avec les chimères. Je puis dire (pie c’est faute de s’en tenir à cette maxime que le libertinage et la bizarrerie des opinions a

croître od de diminuer, il est impossilile d’ejouter ou de retrancher 'quelque chose à l'inrini. L’inlini absolu, c'est-à-dire le véritable infini, ne s’obtient donc pas par voie de construction, c'est une donnée immédiate et nécessaire de la raison. Nous ne nous le représentons pas, mais nous le concevons, cl son idée est toujours nécessairement éveillée en nous par l'idée du Uni.

inonde* tant d’osprits. C’est ce qui peut faire regretter le temps que beaucoup de philosophes ont employé à raisonner.

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