IV NOTICE BIOGRAPHIQUE
Ce n*est pas à nous, ses amis, qu'il appartient de V apprécier, de le juger ; nous ne pouvons qu* attester ici notre fraternelle et profonde admiration pour son oeuvre.
Nous ne voulons même pas prendre l'inutile soin d'affirmer son absolue originalité. Ceux qui, après nous, répéteront La Dame en deuil, Le Mage, L'Étrangère, tant d'autres merveilleux poèmes, l'affirmeront après nous. Et si, comme nous, ils aiment la poésie, s'ils sont parmi les fervents du verbe, ils sentiront leur âme étreinte de poignante tristesse, en songeant que celui qui évoqua la nocturne dame déprise, l'hiérophante hautain et l'idéale vierge, n'est plus déjà.
%ÊVES ET T>ÉSI%S
v^OMME un bruit très lointain des cloches et des vagues
J'entends dans mon Esprit chanter des rhythmes vagues ;
Je rêve des sonnets divinement sculptés
Et des strophes dansant, langoureuses aimées,
Un pas lascif, et des vers pleins de voluptés,
Des vers câlins, ayant le son de voix aimées.
J'aime ces sons lointains, ces poèmes rêvés.
Et je voudrais finir ces vers inachevés Qui fantastiquement passent dans mes pensées. Et pendant de longs jours j'écoute avidement Les rhythmes inconnus des strophes commencées Chanter en moi, comme un bizarre bercement.
Je cherche. Et la Beauté vague, aux formes troublantes due je vêts du manteau des rimes rutilantes, Perd sa divinité subtile entre mes mains :
Mes vers ne valent pas les vers rêvés : l'idée, Lorsque je l'ai saisie entre mes bras humains. N'a plus son charme amer de vierge impossédée.
Je sens ainsi toujours, idéaux ou charnels.
Vivre au fond de mon cœur les désirs éternels. Et chacun d'eux, désir d'amant, désir d'artiste. Pourra s'éteindre ainsi que les soleils pâlis : Mais je n'endormirai jamais mon âme triste Dans la sérénité des rêves accomplis.
Nul poème achevé, nulle douce amoureuse
Ne remplira jamais de somnolence heureuse
Mon cœur que rien n'apaise et que rien n'assouvit.
Car après tous mes vers et toutes mes étreintes,
Indicible et profond, dans mon Ame survit
Le Regret des Désirs morts et des Soifs éteintes.
Juillet 1884.