LA MORT DES AMAZONES II
Un choc d'armures et de lames
Sonne dans le pays dormant;
Les lourds chevaux d'ombre et de flammes
Mordent les lys £irouchement.
Incendiant les routes blanches Sous leurs sabots miraculeux, Ils épouvantent dans les branches Les colombes et les paons bleus.
Des buccins jettent leurs fanfares Au vent des vergers glorieux, Et les grandes vierges barbares Clament un psean furieux.
Et leurs bouches ensanglantées, Ouvertes aux chants éclatants, Semblent les roses irritées D'un haineux et rouge printemps.
120 FRAGMENTS DE POliSIES
L(ES navires épris du large et du soleil Cinglent là-bas vers les îles surnaturelles; Leurs rostres d'or, comme des becs de tourterelles, Déjà mordent gaiment dans l'horizon vermeil.
Les jeunes passagers en simarres de soie Faisaient chanter la flûte et les doux violons ; Des femmes dénouaient vers l'eau leurs 'cheveux blonds Pour mirer dans la mer la splendeur de leur joie.
Et leurs chapeaux de fleurs emportés par les vents S'efieuillèrent parmi Técume du sillage.
D'autres ont très longtemps vers notre triste plage Envoyé des baisers railleurs et décevants.
Et des couples d'amants charmés et d'amoureuses Nous Élisaient en fuyant des signes de la main, Et des bannières pavoisaient tout le chemin Jusqu'au port d'où sortaient les galères heureuses.
Mais nous, silencieux dans le jardin dormant, Loin de la mer, parmi les pâles fleurs blessées, Nous écoutions chanter nos mauvaises pensées. Et nous avons pleuré mystérieusement.
Car la grille de fer qui garde nos parterres Ne tournera jamais sur ses gonds enchantés.
Nous resterons, même en nos soirs de voluptés, Les paisibles captif et les doux solitaires.
Le grand air du lointain, l'air imprégné de sel Jamais, — ô calme sœur 1 — n'emplira nos poitrines. Quand nous voulons crier vers ces fêtes marines, Une brise divine égare notre appel.
J'ai vécu dans mon rêve au milieu des guerrières, Dont les cothurnes d'or foulaient les lys domptés; Des cris sacrés sortis des féeriques clairières Couvraient pour moi la voix des mauvaises cités.
Avec leurs boucliers étoiles d'améthystes, Avec leurs étendards ardents et parfumés, J'ai vu les bataillons des amazones tristes Q)ii pleuraient de tuer les grands lions charmés.
De mes flèches d'argent j*ai combattu la guivre Pendant tout un long jour de soleil et de sang ; Mais ivre de légende et dédaigneux de vivre, Je n'avais pas pleuré sous le baiser puissant.
Voici que vous venez des pays de la vie ;
Les roses du matin saignent dans vos doigts blancs.
C'est l'aurore 1 voici que la forêt ravie
Tressaille sous vos pas victorieux et lents.
Vous venez du pays des sœurs et des épouses, Simple et forte parmi les halliers enchantés ; Vous chassez le troupeau des princesses jalouses £t vos yeux ont vaincu les magiques clartés.
Vous avez pris ma main dans l'ombre merveilleuse Kt je vous suis vers la lumière des vivants ; Car votre jeune chair splendide et glorieuse A jeté pour toujours son parfum dans les vents.
Vos lourds cheveux couleur de soir et de vendanges Ont avec leurs parfums humilié les fleurs ; Vous êtes comme un ciel fleuri d'astres étranges Dont la bonne clarté caresse nos douleurs.
^^^si*-