‹ Œuvres; poésie, poèmes en proseChapitre 9 sur 59 · EFFET T>E · texte numérisé non relu

EFFET T>E

v^ETTE nuit, au-dessus des quais silencieux, Plane un calme lugubre et glacial d'automne.

Nul vent. Les becs de gaz en file monotone Luisent au fond de leur halo, comme des yeux.

Et, dans l'air ouaté de brume, nos voix sourdes Ont le son des échos qui se meurent, tandis Qjie nous allons rêveusement, tout engourdis Dans l'horreur du soir froid plein de tristesses lourdes.

l6 POÉSIE

Comme un flux de métal épais, le fleuve noir Fait sous le ciel sans lune un clapotis de vagues. Et maintenant, empli de somnolences vagues, Je sombre dans un grand et mOrne nonchaloir.

Avec le souvenir des heures paresseuses Je sens en moi la peur des lendemains pareils, Et mon âme voudrait boire les longs sommeils Et l'oubli léthargique en des eaux guérisseuses.

Mes yeux vont demi-clos des becs de gaz trembleurs Au fleuve où leur lueur fantastique s'immerge. Et je songe en voyant fuir le long de la berge Tous ces reflets tombés dans Teau, comme des pleurs.

Que, dans un coin lointain des cieux mélancoliques, Peut-être quelque Dieu des temps anciens, hanté Par l'implacable ennui de son Éternité, Pleure ces larmes d'or dans les eaux métalliques.

l'automne 17

L'^UTOM'ME

*A Rodolphe Dar^s.

Le parc bien clos s'emplit de paix et d'ombre lente :

Un vent grave a soufflé sur le naïf orgueil

Du lys et la candeur de la rose insolente ;

Mais les arbres sont beaux comme des rois en deuil.

Encore un soirl Des voix éparses dans l'automne Parlent de calme espoir et d'oubli ; l'on dirait Qp'un verbe de pardon mystérieux résonne Parmi les rameaux d'or de la riche forêt.

t8 POÉSIE

Au dehors, par delà mon vespéral domaine, La terre a des parfums puissants et ténébreux; Dans les vignes, le vent vibrant de joie humaine Disperse des clameurs de vendangeurs heureux :

C'est l'altière saison des grappes empourprées : Des splendeurs de jeunesse éclatent dans les champs. Si j'allais me mêler aux foules enivrées De clairs raisins et si j'allais chanter leurs chants?

Je suis las à présent de mes rêves stériles Qjie j'ai gardés comme un miraculeux trésor.

Je hais comme l'amour mes fiertés puériles Et la rose de deuil comme la rose d'or.

L'Ennui, rhythme dolent de flûte surannée, L'Orgueil, vulgaire chœur d'inutiles buccins. Ne vont-ils pas mourir avec la vieille année Dans le soir bourdonnant de rires et d'essaims?

D'invisibles clairons dans l'Occident de cuivre M'appellent vers la vigne et les impurs vergers; Je veux aussi ma part dans le péché de vivre ; Seigneur, conduisez-moi parmi les étrangers 1

Pourtant tu sais, ô cœur épris de blond mystère, Qu'au pays triomphal des treilles et des vins Veille le dur regret de la forêt austère î Tu pleurerais de honte en leurs sentiers divins.

l'autoxne 19

N'écoute pas le cri lointain qui te réclame.

Les conseils exhalés dans la senteur des nnits. Tu sais que nul baiser libérateur, mon âme.

Ne rompt l'enchantement de tes subtils ennuis.

Laisse les vendangeurs en leurs mauvaises vignes, Tu ne t'enivres pas des vins de leur pressoir : Contemple les lueurs candides des grands cygnes Glissant royalement sur les lacs bleus de soir.

Et dans le jardin pur de floraisons chamelles Regarde croître l'ombre avec sérénité.

Tandis qu'au ciel, des mains blanches et fraternelles Font dans le crépuscule un geste de clarté.

7%ISTESSE T>E SE'PTED^'B%E

t,4 madame Élisàbeih Dayre.

vJ u AN D le vent automnal sonne le deuil des chênes,

Je sens en moi, non le regret du clair été,

Mais l'ineffable horreur des floraisons prochaines.

C'est par l'avril futur que je suis attristé; Et je plains les forêts puissantes, condamnées A verdir tous les ans pendant l'éternité.

Car,' depuis des milliers innombrables d'années. Ce sont des blés pareils et de pareilles fleurs. Invariablement écloses et fanées ;

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