‹ Œuvres poétiques de Amadis JamynChapitre 10 sur 17 · DE PAN ET D'ECHO · texte numérisé non relu

DE PAN ET D'ECHO

PAN, le Dieu d^Arcadie, autrefois seulement Ne sentit pour Syringue vn doux embrasement, Et pour elle ne fit sa fluste pastoralle Aueq certains rozeaux de grandeur inegalle, Monstrant que leur amour n'auoit iamais esté Réciproque ou rangé sous mesme égalité :

Echo, qui n'est iamais en propos la première, Neàntmoins à respondre est tousiours la dernière, Rauit à ce Dieu Pan iadis sa liberté Par ses douces chansons et sa grande beauté ; Mais comme volontiers il aduient qu'on mesprise Le gain desia gangné, pour faire vne entreprise, Cette Nymphe euitoit du Dieu Pan les amours.

Et iamais ne voulut entendre à son secours,

Courant après les pas de Tarrogant Narcisse :

— Que ie prie, dit-elle, vn tel à mon seruice ?

Vn satyre difforme, vn si laid et cornu.

Qui par ses pieds de bouq pour bouq est reconnu ?

Vestu sauuagemeni dVne peau de Panthère ?

S'il plaist à tous les Dieux, il ne me sçauroit plaire!

Pan aueq tels desdains fut saisi de despit,

£t encore l'enuie en sa fureur se mit.

Car il aimoit Echo pour ses chants admirables;

Mais voyant ses ardeurs aux siennes dissemblables,

Il tourna son amour plein d*admiration

En rancune enflamée à fiere intention.

Donq enflé de courroux luy portant vne enuie

De ce que ses chansons vainquoient son harmonie,

Despit de n'auoir peu iamais venir à bout

De jouir des beautez qui Tauoient gangné tout,

Il vsa de ces mots respirans de menace :

— l'en auray ma vengeance, et cette bonne grâce Qu*elle ha de bien chanter, ni sa ieune beauté Ne la feront longtemps brauer de cruauté*

Plustost il n'eut fini que sa fureur conceûe Ratifia ces mots dVne cruelle yssQe :

II fit que les bergers deuindrent furieux.

Les cheures, les troupeaux du pals et des lieux Où demeuroit Echo, nymphe au plaisant visage,

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Cei cheur«s,i;esiroupe[iux,ces bei^ers pleins de rage. Comme 'loups affamez et charongncux mastinB, Mirent la pauure fille en pièces et lopins.

Déchirèrent sa peau, fà et là respandirent Ses membres despecez qui plus onq ne s'vnirent, Et qui mourant chantoienl encore ses chansons.

Les Nymphes abhorrant si cruelles fafons.

Pleurèrent l'accident d'vn sort ai misérable!

La Terre oyant leurs pleurs se monstra pitoyable,

Conserua son beau chant pour leur Aire faueur,

Conserua sa musique, en retint la douceur,

De manière qu'au gré des neuf Muses compagnes,

Encores maintenant à l'abry des montagnes.

Aux vallons, près des eaux, et au milieu des bois,

Toute telle qu'on veut elle rend vne voix

Image des propos, ou dolente ou railleuse.

Aux ctzurs plaintifs, plaimiue; aux cceurs joyeux, ioyeuse>

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