‹ Œuvres poétiques de Amadis JamynChapitre 3 sur 17 · AV ROY CHARLES IX · texte numérisé non relu

AV ROY CHARLES IX

ViERGK, ensemble terrestre et céleste Déesse, Illustre de cent noms, Diane chasseresse, Dont le Ciel et la terre adorent le pouuoir, Donne-moy ta &ueur, vien ma langue émouuoir A chanter dignement les plaisirs de mon mai tre, Quand il court au mestier qu'au monde tu fis naistre : Eschange pour vn temps de ma lyre la voix, Au son bien éclatant de la trompe des bois, Et du cor enroué que les Cerfs ont en crainte : le veux sous la fraischeur de Tombre qui m'est sainte Animer les forests de l'honneur de mon Roy, Couronné du Laurier que de luy ie recoy, Et veux que son renom que l'Vniuen honore

ŒUVRES POÉTIQUES D*AMADIS JAMYN. lC3

Soit le commencementi le millieu, et encore La fin de mes écrits. Il daigne me louer De sa bouche diuine, et pour sien m'auoûer :

Aussi tant que mon âme au corps sera mouuante, Il ne faut que mon vers d'vn autre nom se vante.

Vous Nymphes de la Court, combien que le plaisir De courir et chasser ne soit vostre désir, Toutefois ne laissez d'écouter et d'apprendre Ce quVne fille apprit dés sa ieunesse tendre. Prestez à ce discours oreille et volonté PuisquVne saincte Vierge a tel art inuenté Pour fuir les appasts et Tamorce du vice, Comme vous leuitez par honneste exercice.

Si tost que le Soleil de rayons attourné A sur nostre horizon sa clairté ramené En ces beaux iours d*Esté, l'autre Soleil de France S*éueille, et de son lict légèrement s'élance, S*habille, ceint l'espee, et très deuotieux Inuoque à deux genoux le Monarque des Cieux : Car il faut par vn Dieu commencer son ouurage. Au deuant du chasteau l'attend son équipage, Ses Piquëurs, ses Veneurs, ses Limiers, ses Valets, Et ses Pages montez pour se mettre aux relais : Vne belle noblesse est aussi tousiours preste, loyeuse à vaincre au cours vne sauuage beste.

Sa carosse Tattend à quatre blancs cheuaux

Plus vistes que les vents : Ceux qui font les trauaux

Du chemin du Soleil n'ont la course si prompte :

Us font de leur blancheur à ceux de Phœbus honte.

Ou s*il monte à chéual^ son cheual vigoureux

En la bouche jnaschant le frein d*or écumeux,

Frappe du pié la terre, et sur Techine large

Hannist de receuoir telle diuine charge.

Ses Archers de la garde enuironnent son corps.

Âinsin accompagné le Roy marche dehors Auec tout l'attirail d'vne aboyante chasse.

Cent Chiens promts à courir et flairer vne trace Sont autour de ses flancs, dont les oreilles sont Pendantes, et la queue est droite en contremont. Après que dans le bois le gaignage ou la taille Cette chasse est venue ordonnée en bataille, Il s'auance à la queste en tenant son limier Rigaut, qui de haut nez est tousiours le premier. Et qui rembuche mieux vn cerf de hautes erres D'vn sentiment subtil penché contre les terres.

Puis quand ce grand Veneur par la pince a connu Quelles voyes ou route ont le Cerf détenu.

Ou bien par le frayoir, par Tégail et portées, Il reprend les deuants et iette ses brisées.

Tous les autres Veneurs et les valets aussi

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S'exercent par le bois d'vn semblable souci, Non comme luy pourtant : Car de nulle science ( Grande ou petite soit) ne le fuit Texcellence. Il sçait mieux que nul autre en ce dur passetemps Les ruses d'vn vieil Cerf, ou s'il va de bon temps j Il sçait prendre le droit, et comme Capitaine Apprend à ses suyuans le chemin à la peine.

Comme le labyrinth par Dédale basti

Viroit en cent destours aueuglement parti,

Qui trompoyent dVne voye en replis tortueuse

Le pié des enfermez en cette erreur douteuse,

Tel est le destourner d'vn Cerf malicieux.

Qui r'entre et sort sur soy cent fois en mesmes lieux.

Tout le matin se passe à rabatre vne beste, Puis au disner se fait le raport de la queste Faitte en diuers buissons : Là se vante à propos lacques plus que les Chiens et les Cheuaux dispos. Qui de ses pieds venteux iamais loing n'abandonne La Meute en tout païs : Tant Thoneur l'esperonne D'estre veu de son maistre et d'emporter le prix Dessus ses compagnons à courir bien appris, a De complaire à son prince est louable l'enuie ! Quand la soif est esteinte et la faim assouuic. Quand le rapport est faict en l'assemblée, alors Le Roy monte à cheual et s'en retourne es forts.

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D'vn mandillon de pourpre éclatant par la nûe, Ou d'vn vestement vert son espaule est vestûe : Vne trompe d'argent en écharpe luy pend, De qui le son royal sur les autres s'entend. Si tost que le son frape à ses veneurs Toreille, Le cœur leur rebondit et la meute s'éueille : Toutes les Deitez hostesses de nos bois Comme si Pan sonnoit en reuerent la voix, Les Nymphes vont sentant les pointes amoureuses , Regardant sa beauté sous les feuilles ombreuses. Et quelqu'vne tout bas dit ces mots en son cœur :

— Pleust aux Dieux qu'il sentist de Cupidon l'ardeur

Pour mon respect autant que sa grâce m'affolle,

Mais dans le vent ie perds ma plainte et ma parole :

ûir seulement Diane auec son traict le poind,

Et celui de TAmour ne le trauaille point.

Pan le Dieu d'Ârcadie en ces monts vénérable

N'estoit autant que luy de maintien agréable :

Soit qu'il lance du bras vn iauelot en l'air,

A Phebus iustement ie le puis égaler :

Soit qu'il presse le dos dVn Genêt, et qu'il porte

L'espieu au large fer dedans sa dextre forte,

Il semble au Dieu guerrier : heureux ie dy les chiens

Que tu vas caressant : heureux aussi ie tiens

Tout ce qui est touché de ta main honorée.

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Ainsi va souhaitant quelqu'vne énamourée :

Mais le trauail des bois efFacé du plaisir Engarde que l'amour ne le vienne saisir.

Quand toute la Brigade au buisson est a\\é.e, De verd la plus grand part et de rouge voilée. L'enceinte retentit de trompes et d'abbois, Car chacun porte au col sa trompe par les bois Où cent couples de crin pendillent cordelées. On suit le cerf lancé par monts et par valées, Par estangs, par buissons espineux et tranchans : Le Cerf en trauersant l'ouuertnre des champs Fait voler les sablons aux voyes de sa fuite, La meute dresse après dVne ardente poursuite. Des chiens bien ameutez l*abboy fait vn grand bruit, Mais entre les Veneurs personne ne le suit D'vn tel cours que le Roy Volaût par la campagne, Et Fontaines qui ioinct son cher maistre accompagne.

La piere qui idillist d'une fronde en sifflant, Les Leuriers généreux qu'on va desaccouplant Âpres vn Lieure viste, en leur courte attendue, Ne partent si légers : Ils se perdent de veué Tousîours dessous le vent là Meute costoyant. Pour leuer les défauts s'il alloit tournoyant.

Le Roy ferme à cheual, d'vne éout'Ae legiere,

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Ceux-ci, ceux-là deuance, et laisse loin derrière.

Et premier, comme en tout, aux abbois voit mourir

Le grand Cerf mal mené haletant de courir :

De la beste victime à Diane sacrée

Aux chiens ioyeux de sang on donne la curée.

C'est plaisir de les voir si tost qu'ils ont ouy

Sonner et forhuer : d'vn eslan resiouy

Ils sortent du chenil : On en voit trois centaine,

Gris, blancs, noirs, accourir pour manger de leurs peines.

Tout le sang est meslé dans le pain rougissant,

Pesle-mesle, affamez, ils se vont repaissant.

Chacun des veneurs tient vne souple houssine.

Et frape sur le chien qui, gourmand, se mutine :

Puis quand les retirer de la curée il faut.

Le Maistre du forhu crie Ty-ha hillaud.

La folle volupté, les délices exquises Rendent à beaux exploits les âmes mal-aprises. Et d'assidu labeur vn royaume augmenté En ruine déchet par lasche oysiueté :

De toute nation Rome se fit la teste Par obstiné trauail, et rauit la conqueste Aux Macédoniens, aux Perses, aux Medois Portans en lieu de fer des bagues en leurs doigts.

Entre maint exercice ennemy de paresse

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La chasse est vray moyen pour dresser la ieuncssc. Comme la lutte Argine et les cours Eleens, L'escrime de PoUux, et mille ieux anciens Inuentez par les Roys, pour mieux polir et faire Leurs peuples et subiets, à l'œuure militaire.

Ainsi les Persiens à la chasse viuoyent

D'autant que Part de guerre en elle ils retrouuoyent,

Comme en estant Pimage et la plus vraye feinte.

Ils portoient en chassant l'espée au costé ceinte, Vn carquois gros de traicts^ deux iauelots pointus. Et d'vn bouclier Persiq leurs bras estoyent vestus. Le Roy comme en vn camp des siens estoit le guide, Et là s'estudioit à la guerre homicide, Car en ruse et labeur l'vn et l'autre est pareil.

Le Chasseur s'accoustume à rompre le sommeil Deuant l'Aube éueillee, et patient endure Pluye, tempeste, vents, le chaud et la froidure ; Il trauaille son corps, et l'exerce sans fin A courir, à brosser vn long traict de chemin : Et comme il est contraint, bien souuent il enferre Vne beste cruelle, et s'aiguise à la guerre, Combatant bien armé d'vn cœur aspre aux hasars Les Lyons rugissans, et les Ours montagnars, Egaré par les bois en telle accoutumance,

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Loin de maison rustique il fait expérience Combien doux à manger est seulement le pain Et l'eau pour appaiser la soif cuite et la faim : Sur la dure au serain il appuyé sa teste D'un caillou pour cheuet où le somme Tarreste.

Qui ne voit en chassant les Renards et Taissons Cachez dans le terrier, d'vn siège les façons i Où les petits Bassets accompagnent la troupe Qui de tranches de fer la terre mine et coupe? Donc la Chasse et la Guerre est vn pareil mestier Quand on a fait leuer dedans vn verd sentier, Dans vn chaume ou gueret vn Lieûre de son gistc, N'en voit-on pas Teffect ? LVn d'vne iambe viste Tasche de s'écouler : Le Leurier grand et foit Le poursuit de si près qu'il luy donne la mort. Quelquefois il s'échappe hors de la dent cruelle Du coureur qui l'atteint d'vne roideur isnelle : Comme aux sanglans combas le vaincu quelquefois S*exempte par la fuite et non par le harnois»

Mais les Leuriers du Roy n'ont si tost apperceuë

Leur proye, qu'à leurs pies elle gist abatuâ :

On diroit à les voir que c'est vn tourbillon

Qui trauerse ondoyant de sillon en sillon :

Quand pour complaire au Prince, il ne leur plaist sur l'heure

Que le Lieure craintif près de son giste meure^

Ils luy donnent carrière vn espace de temps.

En feinte l'on y voit l'estour des combattans ! Le Lieure bien-rusé ne court la droite voye Pour tromper le suyuant du désir de la proye : Il fait; deffait cent ronds, cent retours et destours, A fin que l'ennemi ne prenne escousse au cours : LVn presse, l'autre fuit : Il semble qu*il le happe. Et l'ayant, de rechef permette qu'il échappe. Vn dard n'est si léger volant hors de la main, Ny le plomb que vomist vn canon inhumain, Ny d*un arc bien-tendu la sagette empennée, Ny fonde autour du chef quatre fois ramenée.

Puis enfin ennuyé dessus le champ poudreux Le bon Leurier abat cet animal peureux.

Cynis, grand Roy de Perse, apprit l'art militaire Par ces mestiers de chasse enseigné de son père, Apprit à supporter le trauail, et comment i L'honneur donne aux labeurs vn doux allégement. Cephal^ fut chasseur pource ami de l'Aurore Qui le monde au matin de son teint recolore : Celuy qui perdit Tame en perdant son tison Fut Chasseur, et les preux de Tantique saison Hercule dont les mains sont par tout honorées, Poursuiuit en chassant iusqu'aux Hyperborées La Biche aux pies d'airain pour son dernier labeur, Et par ce prix gaigné couronna son honneur.

Mfiis Charles mon grand Prince, empereurde la France Imitant ce perdeur ae la monstreuse engeance, Faites ce quMI conseille à sa Diane, alors QuMl reçoit en ses bras comme les vostres forts La charge que des bois dans le Ciel elle apporte. Laisss^ dit- il (prenant sur le sueil de la porte Le gain de son carquois), laisse les animaux Craintifs, humbles, petits, qui ne font point de maux : Pourchasse moy d'ardeur toutes ces bestes fieres Qui gastent, forcenez, les plaines fromentieres, Qui gastent le labeur des chetifs Laboureurs, Comme les Léopards et les Loups rauisseurs, A fin que dans le Ciel, comme moy, Ton t'appelle Le secours immortel de la race mortelle.

Ainsi luy dit Hercule: Et vous qui l'entendez, En contre les méchants vos flèches débandez, A fin que le François vostre suiet vous nomme La seureté des bons, la peur du méchant homme.

Quand la sœur d'Apollon son arc d'argent voûta. Contre vn Orme premier son bras elle tenta :

DVn Chesne dur après elle frappa Tescorce, Vne beste sauuage après sentit sa force :

A la quatrième fois elle vint es citez Tirer sur les peruers de malice éhontez :

Comme vous demi-Dieu par les sacrez bocages

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Assommez les Lyons et les bestes sauuages,

Ours velus, et Sangliers aux longs crochets de dents.

Après vous punissez des villes au dedans

L*iniuste citoyen, destruisant la malice,

Tenant pour vostre appuy Pieté et lusiice.

Tay de cette louange vn insigne témoin :

O Vierge des forests, dy, tu n'en estois loin :

Vn loup gris à long poil que quelque Dieu, ie pense,

Enuoya pour vanger la punissable offense

Des mortels contempteurs de sa diuinité,

Déchiroit, deuoroit (extrême cruauté!)

Hommes, femmes, enfans, près Sainct-Germain-en-Laye,

Ht de leurs corps entiers ne faisoit quVne playe.

C'estoit un Loup Leurier d'cxecrable grandeur,

11 ne paroist Toreau de pareille hauteur

Sur les monts Auuergnas : Il assaut en furie

Les Enfans tout ainsi qu'Aigneaux de Bergerie.

Ses yeux estinceloyent en flammèches de feu,

Son goufrç d'estomach n'estoit iamais repeu,

Sa gueule estoit de sang hauement altérée.

Il haloit de la langue vn demi-pié tirée :

Si furieux n^estoit le Lyon Nemeen,

Ny celuy qui gastà le champ Oenelen.

Des le premier abord leur teste estoit coupée

Sous sa dent, tout ainsi que du fil dVne espee,

Et le tronc de ce corps par le milieu mordu

Dans sa gueule trembloit haut de terre pendu.

Les logis bien- murez les rustiques n'asseurent,

Les Pasteurs et leurs chiens sans crainte ne demeurent

Dedans leurs parcs fermez, jusqu'à tant que le Roy

Inuoqué pour secours les deliura d'efTroy :

Son œil pleurant versoit des larmes pitoyables

Quand il ouit les cris des femmes misérables,

Plaignant que ce cruel auoit desia plongé

Six vingt pauvres enfans en son ventre enragé.

« DVn Roy clément l'ouvrage est tousiours d'entreprendre

» Acte qui peut son peuple en vn besoin défendre,

> Gaignant le nom de père au cœur de ses suiets.

Mery fut enuoyé pour chercher aux forests,

Mery, frayeur des Loups, qu'ils craignent en la sorte

Qu'vne simple Brebis la Louue qui remporte.

Sa Maiesté fit tendre en long et large tour

Ses toil;:8 qui cernoyent son enceinte à Pentour.

C'nquante pièces font le cerne de la place :

Trois mille Faisans ferment un long espace

L'assiégeant en rondeur, diuersement munis.

L;.'S vns de gros bastons robustes sont garnis,

Les autres sont armez de fourches bien aiguës,

Les autres de leuiers : Le cry perce les nues

Quand tous ces Palsans font la huée en Pair.

Ainsi prés d'vn marais on contemple voler

Alille oyseaux peinturez qui hautement s'év-rient

Pales, Canards, Butors. Les marécages bruyent.

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Ainsi quand au choquer les batailles s'en vont, Aux deux partis du camp semblables cris se font. Le cerne retentit : Le cry touche aux estoiles. Tel estoit la huée à Tenuiron des toiles !

La Noblesse et la garde en bons cheuaux montez Ceignent l'espace rond espars de tous costez. Le Limier en iappant dessus les voyes, lance Le Loup gris effroyable : Il sort de violence Chassé de chiens-courans : par les forts il entroit Et mordoit en fuyant tout ce qu'il rencontroit, Il sautoit furieux contre la toile haute, Encontre les veneurs qui la gardent, il saute De furie enflammée : Vns clameur par tout Pour Teffrayer s'esleue et va de bout en bout. L'vn luy tend au deuant d'vn large épieu la pointe. L'autre luy court dessus l'espée en la main iointe : Mais le premier de tous qui luy perça le flanc, Et du fer épuisa les sources de son sang, Fut Charlks courageux : lors toute i'&ssemblee Témoigna de hauts cris sa ioye redoublée.

Les hommes estonnez regardoyent de bon cœur Cette beste assommée et en auoyent horreur.

Sur le front du chasteau pour signe de conqueste On attacha la pâte et Texecrable teste Du Loup et de la Louue et de cinq Louueteaux la nez pour guerroyer les débiles troupeaux.

c II ne faut point nourrir vne engence louuiere! Ainsi l'heureux vainqueur dVne troupe guerrière Rapporte du vaincu la dépouille en trofé.

Son Palais ou le Temple en reluist estoffé.

Les Pasteurs affranchis ioyeux de la victoire,

De Charles admiroyent le bonheur et la gloire.

Et 1 ly chantoyent ces vers : Carlin, Roy des Bergers,

Chasse loin de nos parcs la doute des Hangers.

Il a mort abattu le Loup si dommageable,

Loup heureux d'être occis de main si redoutable.

Pour l'honneur qu'il aura de grauer dans les cieux

La royale vertu du bras victorieux,

Si lupiter (qui hait la peste dangereuse

Des traistres Lycaons contre lui furieuse]

N'empesche de le faire en sa voûte monter.

tt C'est bonheur de se voir par les Dieux surmonter !

Ainsi le roux Lyon Cleonien fut digne

D'estre pour son Hercule au Zodiaque vn signe,

Et le tortu Dragon dans le Ciel estandu

Entre les Ourses gist comme vn fleuue espandu.

Carlin est nostre Dieu, c'est Theur de nos herbages, Il preserue nos Bœufs de ces bestes sauuages : C'est luy qui maintenant redonne au Pastoureau La grâce de ioûer du tendre chalumeau.

Pource nous souuenant dVn si grand bénéfice

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Nous teindrons son autel (annuel sacrifice) Du sang dVn aignelet : et monts, vaux et buisson*^ Resonneront tousiours de rurales chansons Prises de ses veitus : A l'auenir nos Cheures, De leur gré pousseront vn poil doré des leures, Et bien-tendu de laict s*arrondira leur pis.

Puis que sans nulle peur vont paistre nos brebij. La laine n*apprendra de mentir la teinture Des eaux du Gobelin, mais prendra de nature Ses diuerses couleurs : Vn pourpre vestira Le mouton par les prez, vn saffran iaunira La toison du Bélier (teinture naturelle).

Il faut qu'après le fer Fâge d'or renouuelle Sous Carlin qui ne suit les forest seulement : Mais donne par ses lotx aux villes ornement, Regarde en ses palais ceux qui font la lustice. Ou qui Tont corrompue aueuglez d'auarice.

Aussi les bois feuillus ne se voyent hantez

De Diane tousiours: Elle vient es citez

Où lupiter voulut qu'elle fust adorée,

Et par tous les endroits où elle est reueree

Oste aux accouchemens la poignante douleur.

Voyla p^rmi les champs ce que dit le Pasteur,

Grand Roy ie te saluô, ambrasse ta louange :

Les Dieux font de leurs biens à tel présent échange :

c L'Hymne est le prix des Dieux, et qui cherist l'honneur

> Achene de "beaux faicts et ne manque de cœur.

Pour moy ie ne requier à la Parque autre grâce

Sinon que de filer ma trame ne se lasse,

lusqu'à tant qu'à mon gré dVn style graue et haut

le puisse célébrer tes gestes comme il faut.

Le Tracien Orphée, enfant de Calliope,

Ny le fils d'Apollon en la neuuaine trope

Vaincre ne me pourront : Pan mesme ne vaincroit

Quand toute l'Arcadie à iuger il prendroit,

Me venant assaillir : Esleue dVn tel Maistre le puis, sinon premier, au moins égal parestre.

Amours d'Oriane.

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