‹ Œuvres poétiques de Amadis JamynChapitre 4 sur 17 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

1E voudrois, Oriane, estre feint amoureux.

Et n'estre point au vray vn amant malheureu : Malheureux d'autant plus que tu ne veux pe« croire Que tes ieunes beautez ont dessus moy victoire.

Si quelques inconstant du beau voile masque

Qu'ils empruntent d'Amour, d'Amour se sont moquez

Sacrilège comme eux pourtant ie ne désire

En trahissant Amour telle inconstance élire.

Ny me seruif d'vn nom si vénérable et sainct

Qui terre, cieux, et mer dessous ses loix contraint)

1^ ŒCVRES POETIQ.UES

Four les DaiE>es tromper : La Tcngeresse foudre Piu»Co»t froifie mon chef et le réduise en poudre. {« 4écouure en parlant la passion du cœur, f^t louant des beautez ie ne suis point moqueur. y^yênî du clair soleil là lumière étemelle, MfinHrsy*it disant que sa lumière est belles AmuiI voyant sur toy tant de rais et de feux Par (\\\\ luire -et brûler mille et mille tu peux, Nf) Ui dirAy-ie point? ie sens leur estincelle M'iirdro luii)uea aux os dWne flamme cruelle.

VVum ç\w\ na t*«a peu du brandon garantir U^a UaCi^a \i^^ lîluUnt, ne feras-tu sentir i^arail fa» ((ua W mien à cette dédaigneuse, Uui A(»mma Ua \on AU la Déité trompeuse^

la AS(i(t^a paUt (dit^elle) et ne sui5 point brûlé Ut^a raia aatinceUns de son œil estoilé :

Uu'a«t-(;a donc que ie sens en mon ame à toute heure Uuî lait qua aans mourir cent fois le iour ie meure i

Comme un balon en l'air deçà delà ietté

l^at de coups violans haut et bas agité

Par les vistes ioueurs : ainsi la maladie

Me touinant, me pressant, rend ma teste élourdie.

Oriane, dy moy, comment se doit nommer

d'amadis jamyn. iSi

Ce chaud mal qui me fait en larmes consommer ?

Si triste nuict et iour quelque moment qui passe

le ne fay que penser repenser en ta grâce,

T'engager mon désir, et d'vn nouuel esmoy

Si mon ame te suit et s'estrange de moy^

Si ie n'ay rien plus cher qu'engrauer ta figure,

Si mille passions me seruent de pasture,

Si sans pouuoir veiller, si sans pouuôir dormir,

Désespéré d'amour ie ne fais que gémir,

Si mes pies à regret s*en vont de ta présence

Ne traisnant quVne escorce en si fascheuse absence,

Si mes pies volontiers ne me veulent porter

Sinon deuant ton œil qui me peut conforter,

Que diras*tu de moy, sinon las! que ie faime

Plus que l'œil ne cherist ny le iour ny soy mesme .'

Mon Dieu que ton visage en l'esprit me renient. Ton geste, ton parler! quVn amant se souuicnt Des faneurs que luy fait vne douce Maistresse! U me semble qu*encor ta main d'iuoire presse La mienne, comme au soir que d'vn visage humain Tu mis après le bal ta main dessus ma main, La coulant doucement de si gentille sorte Qu'encor le souuenir tout d'aise me transporte. Donc si ie receuois vne plus grand' faveur, Qui penseroit auoir en ce monde plus d'heur.

Fussent les puissans Roys de l'opulente Asie i:

'""•lass

CHANSON

Las! que vous estes bien-heureuses De pouuoir Phomme surmonter, De qui les forces valeureuses Peuuent toute chose domtcr.

En don la femme de nature Eut les grâces et la beauté, Par qui mesme la roche dure, Le fer, le feu seroit domté.

Vos beautez sont vos belles armes, Vos lances, vos dards, vos escus.

Par qui les plus vaillans gensdarmes Maugré leur harnois sont vaincus,

(XrVRRS POÉTIQUES

Cc^ f>ourquoy l'homme non volage :>2s$uiettist dessous vos loîz, Ft ne change point de courage, Loger comme feuille des bois.

\>a amant au Chesne ressemble, Qui maugré les vents furieux FVrme de racine ne tremble IVuant Torage impérieux.

K)> vn lieu constant il s'arreste, Oomme le rocher sur les flots, l^ui loin repousse la tempeste \xt vagues et le vent dispos.

Ainsi plein d'vne gentileame Il reiette les passions, Qui veulent cauir de sa Dame Son cœur et ses afTections.

Quand au fond de son cœur il taille Quelque portrait, c'est tout ainsi Qui graueroit une médaille Dedans quelque bronze endurci.

Leur amour qui est indomtable Par la force ne se corrompt.

Si bien qu'il est du tout semblable Au diamant qui ne se rompt.

d'amadis jamyn. i85

Leur première amour ne s'écoule Aux rais de quelque feu nouueau.

Comme la neige qui se roule Des montSj au tiède renouueau.

Leur ardeur est toute immortelle Comme le feu tout immortel :

Mais quand vne cause est mortelle L*efi'eci en est aussi mortel.

Si d'Vn l'amour est inconstante La faute n'est de son costé, Mais bien dVne légère amante Ou dVne fiere en cruauté.

Vn bastiment fait sur Tarene S'il tombe c'est du fondement : La matière trop incertaine Tousiours destruit le bastiment.

Les flots roulent de mesme sorte.

Et quand on voit leurs sillons pers Se troubler, c'est l'haleine forte Des vents qui les tourne à l'enuers.

Il ne se faut prendre à la pierre, Mais à celui qui la îettant Nous blesse ou nous renuerse à terre :

L'hommç de soy n'est inconstant.

l86 ŒUVRES POÉTIQUES D'aMADIS JAMYN.

Il fait les Dieux mesme descendre Du Ciel pour la femme honorer :

Et par ses escrits fait entendre Qu'on vous doit seules adorer.

Quelle fust des femme la gloire Sans l'homme qui les veut louer, Et de soy leur donnant victoire, Pour maistresses les aduoûer ?

Tout ce que l'homme tâche faire Et ce qu'il apprend tous les iours^ Ne tend seulement qu'à complaire Aux Dames, mères des amours.

Des femmes il est la défense.

Le secours^ le ieu, le aesir»

Sans luy leur débile puissance Ne gousteroit aucun plaisir.

Doncques vous estes bien heureuses:

De pouuoir l'homme surmonter, De qui les forces valeureuses Peuuent toute chose domter.

POUR VN TABLEAV

CE Tableau ']ue ie te donne Aux Calendes de lanus, Te montre au vif la personne Serue à Tenfant de Venus.

lamais plus semblable imoee Ne sera que cette ci :

Elle est palle : En mon TiLag*; Se sied la palleur aussi.

Elle est sans cœur : à toute heure le languis n'ayant mon cœur Qui raui de sa demeure Loge auprès de son vainqueur.

i88 ŒUVRES POÉTIQUES d'amadis jamy:^

Muette elle est sans parolle :

Aussi quand le bien m'aduient De reuoir ce qui m'afFoIIe La langue au palais me tient.

Vne seule différence

Moins qu'elle me rend heureux :

le souffre la violence

Du feu cruel amoureux.

Son insensible nature Ne prend ce feu véhément :

S elle en sentoit la brûlure iJe seroit peu longuement.

Soudain en cendre menue Elle se verroit périr, Où ma flamme continua Biale sans pouuoir mourir!

A VNE GOVVERNANTE

Y yé d'où nous vient cette rude geolliere il Qui tient ma Dame en chambre prisonnière Qui d'vn souci trop superstitieux M*oste le bien de reuoir ses beaux yeux ^• Celle vrayment est bien dure et ferrée Qui tient, captiue. vne fille serrée Loin de celuy qui luy est seruiteur.

L'amant qui peut souffrir telle douleur Sans se venger, ne sent au fond de Tame Les traits ardents d'vne amoureuse flame :

C'est ce qui va ma colère irritant :

« La douleur froisse vn courage constant, i

Pour Eleusine on celebroit à Romme Vn sacrifice inaccessible à l'homme,

igO ŒUVRES POÉTIQUES

Tant s'honoroit ce mystère sacré ?

Voudrois-tu point ordonner à son gré Pareil mystère à la belle Cyprine i La femme seule adoroit Eleusine, Mais homme et femme il ne faut séparer Pour de Venus les segrets adorer :

Puis de Cerés )a feste non commune Ne se faisoit que durant la nuict brune, Où de Venus douce jnere d'Amour On fait la feste et de nuict et de iour.

Si tu pouuois dépouiller ta vieillesse

£t reuestir la fleui^de ta ieunesse.

Tu ne voudrois, bonne Vieille, pour toy

Prendre l'arrest de si sauuage Loy :

Où maintenant, après qu'à Cytheree

Tu as rendu ce qui t'auoit mirée,

Ne te voyant si belle qu'autrefois

Tu veux former quelques nouvelles loix :

Et c'est, ie croy, ne trouuant plus personne

Qui pour seruîr à tes rides se donne.

Tu es semblable au Dragon furieux.

Qui sans gouster le sommeil gracieux Gardoit tousiours aux niepces d*Âtlante I/or des pommiers de leur forest luisante :

d'amadis jamyn. 191

Tu es semblable à celui que lason

Fit endormir pour auoir la toison :

Car à toute heure en tous lieux tu prens garde

Si ma Maistresse vn sien amy regarde,

Et tu ne veux, pour le temps abuser '

Comme on souloit, qu'on puisse deuiser :

Et c'est pourquoy ie dy bien, ce me semble,

Que ton faux œil à ces Dragons ressemble.

LVn defendoit les pommes de fin or,

L'autre gardoit le précieux thresor

D'vne toison cause de la Nauire

Qui de Tethys première veit TEmpire.

Tu vas gardant aussi d'un mesme soing

Ce qui ressemble à la forme d'un coing.

Qui est semblable à la pomme Hesperide^

Et au présent que conquît l'Edonide :

Mais tout ainsi que le Tyrinthien

Et l'Esonide, en dépit du gardiôn

Eurent en fin par peine et patience

Sur leurs désirs comme ils vouloyent puissance

l'espere un iour maugré ton œil veillant

louir du bien qui me va trauaillant.

A qui te dois-ie encor faire semblable r Il me souvient d'Argus le misérable

Portant au chef cent yeux tousiours ouuerts Quand il gardoit lo par les déserts.

lunon.maline et ialouse Déesse.

Craignant ici que Cupidon ne blesse Son lupiter par quelque traict nouueau, Te permet elle en garde ce troupeau?

Las ! ie le croy : vienne quelque Mercure Qui pour vanger les tourmens que i'endure Bien tost t'endorme en la mesme façon Qu'il Et Argus par sa douce chanson.

Mais il vaut mieux à fin de te complaire Trouuer quelquVn qui te le vueille taire, O saincte Vieille, et ie pense qu'ainsi Nos passions tu prendras à merci, Comme l'Âbbesse en fin douce et gentile, Qui se montroit fâcheuse et difiîcile, Deuant qu'elle eust bonne part au plaisir . Qui des Nonnains contentoit le désir,.

Que si desia pour la froide nature De tes vieux ans, Tamoureuse pointure Ne peut fléchir ton cœur de passion, Ny amollir ta dure affection, Puisse arriuer quelque Circe ou Medee De l'art magiq aux ans recommandée, Qui te remette en ta prime saison, Comme iadis le bon vieillard Eson.

D*AMADIS JAMYN. igS

Par vers charmez, par maint ius de racine,

En inuoquant Pluton et Proserpine

On peut remplir les rides de ton front.

Et te remettre vn sang plus ieune et promt :

Lors tu prendras vne nouuelle enuie

De ne quitter les ébats de la vie.

Dy, ie te pry, ne te souuient-il point

Du vif amour qui la ieunesse époind?

Tu n'as esté mainte fois si seuere,

S'il est certain ce qu'on m*a dict naguiere :

Mais chacun âge apporte auec son cours

Des passions diuerses en amours.

Vrayment encor doucement ie te traitte

Puis que pour mal du bien ie te souhaitte.

Or s'il n*ad vient qu'à fin tombent mes vœux, Gentil Amour, qui peux comme tu veux Transformer Dieux et hommes en cent sortes Par mille traicts qu'en la trousse tu portes, Fay transformer en un Chien plein d^abois Cette vilaine à la criarde voix.

Comme se veit Hecube Phrygienne»

Qui d*aboyer fut transformée en Chienne :

Son corps se voye en cela transformé Dont la nature elle a le mieux aimé.

CHANSON

IB ieusne et ie fay pénitence Pour mes péchez à Dieu contez Mais la plus fâcheuse abstinence C'est le ieusne de vos beautez.

Quand ie, m'abstien de vostre veuë Ce m'est incroyable tourment Perdant la céleste repeuë De mon plus doux contentement.

Vrayment nostre ame est infinie 6e paissant de l'infinité, Et si est de mortelle vie N'adorant que la déité.

ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN. I95

Or que soyez ma nourriture L'ame de mon ame dans moy, Il est certain, puis que l'endure Mille morts si ie ne vous voy.

On dit que voir de Dieu la face Est le viure des bien-heureux, Et celuy qui ha telle grâce N'est plus d'autre bien désireux.

Vous estes doncques ma déesse.

Mon heur, mon Paradis, mes Cieux :

Car en, moy tout désir prend cesse Quand ie regarde vos beaux yeux.

O beaux yeux, astres de mon ame, De qui despend tout mon bonheur, De qui ie sens la douce flame.

Flambez tousiours en ma faueur.

Que ie sois vostre Sàlemandre, Que ie viue dVn si beau feu.

Non pour Pestai ndre, mais le rendre Autant violent qu'il m'a pieu.

Et vous Diuinitez célestes, , Quand il vous plaira me punir

Et VOUS vanger à toutes restes, Loin d'elle faites moy tenir.

L*horreur d'vne vengence telle.

Rendra mes esprits estonnez, Plus que la peine criminelle Que souffrent là bas les damnez.

Au reste bien qu'au Ciel i'aspire, Laissez moy viure iusqu*à tant Que Tastre pour qui ie souspire A vous s'en aille remontant.

Lors ie priseray dauantage Vostre beau seiour estdilé, Tandis i'aime à voir vostre image En sa beauté qui m'a volé.

Et si par ieusnes et prières On obtient de vous quelque don, Faites qu'à mes longues misères Soit ottroyé quelque guerdon.

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