ACTE IV, SCÈNE III
De ses amis^ tout prêts à prendre sa querelle. Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs , Qui 9 même après leur mort^ auront des successeurs : Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre. Craint de tout Tunivers, il vous faudra tout craindre ' y Toujours punir, toujours trembler dans vos projets , Et pour vos ennemis compter tons vos sujets •. Ah! de vos premiers ans l'heureuse expérience Vous fait-elle, seigneur, haïr votre innocence? Songez-vous au bonheur qui les a signalés? Dans quel repos, ô ciel, les avez-vous coulés! Quel plaisir de penser et de dire en vous-même : «Partout, en ce moment, on me bénit, on m'aime ';
' iBHtation heureuse de ce mot énergique , timei timenlei . « Il craint eeui qai le craignent. » Les uns en font honneur à Ennius ; d'autres rittribuent à Sénèque le Tragique, et citent le second acte de VHereide furieux, dans lequel il ne^ trouve pas. Corneille a rendu avec moins de fbrce la \néme pensée, quand il a dit ( Pompée, acte I, se. i) :
Anteurdesmauidetoiis, Uettàtousenlnitte. (O.) ' « Frequens vindicta paucorum odium reprimit, onmium irritât : « volttntas oportet ante sœviendi quam caussa deficiat. Alioquin, quem- « admodum prœcisœ arbores plurimis ramis vepullulant, et multa sa- «toram gênera, ut densiora surgant, reciduntur, ita regia crudelitas « anget inimicorum numerum , toUendo. Parentes enim liberiqaeeorum « qui interfecti sunt, et propinqui , et amici , in locum singulorum suc- « ceduni » — a Les vengeances trop répétées répriment la haine du petit nombre, et irritent celle de tous. Vous manquerez plutôt de volonté pour punir que d'occasions pour fi^pper. Semblable aux arbres élagués , qoi 86 couvrent d'un plus grand nombre de rameaux , aux grains , qui se multiplient sous le fer qui les coupe , ainsi la cruauté du souve^ min accroît en les firappant le nombre de âes ennemis : une multitude de parents, d'amis, d'enfants, prennent soudain la place de chaque victime qu'il immole. » (Sbnbc., De Cîemmt., lib. I, cap. 8.)
' « Juvat ita loqui secum : Ego ex omnibus mortalibus placui,
« electttsque sum, qui in terris deorum vice fungerer : ego vit» necis- « que gentibus arbiter. Qualem qmsque sortem, statumque habeat,
% in manameapositum est In hac tanta facultate rerum, non
« ira me ad iniqua supplicia compulit , non juvenilis impetus ,.non te-
182 BRITANNÏCUS.
« On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer * ; • a Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nom- « Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage '; [mer; c( Je vois voler partout les cœurs à mon passage ! » Tels étaient vos plaisirs. Quel changement ^ 6 dieux! Le sang le plus abject vous était précieux : Un jour^ il m'en souvient^ le sénat équitable Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable ; Vous résistiez 9 seigneur^ à leur sévérité;
« méritas hominwn et coniumacia , quA saspe tranquiUififiimis pecto- « ribus quoque patientiam extorsit : non ipsa ostentandœ par ten*ores « potentiœ dira, sed frequetis magnis imperiis, gloria. Conditum, « imo constrictom apiid me lerrum est. Somma parcimonia etiam vi- ,u lissimi sangmnis, etc. » — « Qu'il est doux de pouvoir se dire à soimême : Seul élu entre tous les mortels , j*ai été trouvé digne de représenter les dieux sur la terre. Je suis Tarbitre de la vie et de la mort des naticms ; et quelle que soit la condition des faonuoes, leur sort est
dans mes mains Et, dans un si haut degré de puissance,
ni la colère, ni la fougne de la jeunesse , ni la témérité el fa réâstanco du peuple', qui lasse trop souvent la patience des plus sages monarques, n'ont pu m'arracher un seul acte de tyrannie. J'ai dédaigné de signaler mon pouvoir par la terreur; orgueil féroce, trop commun dans les grands empires. Mon glaive reste caché, ou plutôt il est enchaîné, et je suis avare même du sang le plus vil. » (Ssmec., De CiemenL^ lib. I, cap. 3.)
> Var. On ne voit pins le peuple à mon nom s'alarmer.
' « lllins demum magniiudo stabilis fundataque est, quem omnes « tam sopva se esse quara pro se sdunt; eu jus cnram excnbare pro « saluAe singulorusn atque universorum quotidie experiuntur; quo « prooedaite, ncm tanqwara malum aliquod aut noxium animal e cu- « bili prosîlierit, dtffugiunt, sed tanquan) ad clarum ac beoeficùm « sidus certatim advolant. » — « Celui-là seul jouit d'une puissance stal^ , qui n'est au-dessus de tous que pour le bien de tous, et qui veille ég^ment à la prospérité de la muitituée et à ceBe de chaque citoyen. En le voyant sortir de son pidais, le peii|do ne preui pas la fuite, comme à l'aspect de quelque animal foroudie s'élançant hors de son antre, mais il accourt en tovàe^ et s'empresse autour de lui, comme povLT contempler un astre bienfaisant, n (SEtiec., De €(em:, lib. I, cap. 3.)