‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 140 sur 326 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ANTIOCHUS

Hé bien ! Antiochus^ es-tu toujours le même?

Pourrai-je , sans trembler^ lui dire : Je vous aime?

Mais quoi ! déjà je tremble , et mon coerur agité

Craint autant ce moment que je l'ai souhaité.

Bérénice autrefois m'6ta toute espérance ;

Elle m'imposa même un étemel silence.

Je me suis tu cinq ans^ et^ jusques à ce jour^

D'un voile d'amitié j*ai couvert mon amour.

Dois-je croire qu'au rang où Titus la destine ,

Elle m écoute mieux que dans la Palestine ?

11 réponse. Ai<*je donc attendu ce moment

Pour me venir encor déclarer son amant?

Que] fniît me reviendra d'un aveu téméraire * ?

Ah ! puisqu'il faut partir^ partons sans lui déplaire .

Retirons-nous , sortons , et , sans nous découvrir,

Allons loin de ses yeux l'oublier, ou mourir.

Hé quoi ! souffrir toujours un tourment qu'elle ignore !

Toujours verser des pleurs qu'il faut que je dévore ?

Quoi 1 même en la perdant redouter son courroux !

Belle reine ^ et pourquoi vous offenseriez-vous?

Viens-je vous demander que vous quittiez Tempire?

Que vous m'aimiez? Hélas! je ne viens que vous dire

' Sma vouloir U charger d*autre$ soins : ce vers, qui ne seiable fait que pour laiime, annonce avec art qu'Antiocbos aime Bérénice. ( Volt. )

' Var. Ah 1 putocta'il faot partir, partons sans lui déplaira ; Je me suis tu longtemps » je puis enoor me taire.

Qu*après m'étre longtemps flatté que mon rival Trouverait à ses vœux quelque obstacle fatal , Aujourd'hui qu'il peut tout, que votre hymen s'avance. Exemple infortuné d'une longue constance ^ Après cinq ans d'amour et d'espoir superflus. Je pars^ fidèle encor quand je n'espère plus^ Au lieu de s'offenser^ elle pourra me plaindre*. Quoi qu'il en soit^ parlons; c'est assez nous contraindre. Et que peut craindre, hélas! un amant sans espoir. Qui peut bien se résoudre à ne la jamais voir'.

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