ACTE I, SCÈNE III
Titus y après huit jours d'une retraite austère ^ Cesse enfin de pleurer Vespasien son père : Cet amant se redonne aux soins de son amour ' ; Et y si j'en crois , seigneur^ l'entretien de la cour. Peut-être avant la nuit, l'heureuse Bérénice Change le nom de reine au nom d'impératrice*.
ANTIOCHUS
Hélas!
ARSAGE.
Quoi! ce discours pourrait-il vous troubler?
ANTIOCHUS
Ainsi donc, sans témoins je ne lui puis parler'?
ABSACE.
Vous la verrez, seigneur; Bérénice est instruite Que vous voulez ici lavoir seule et sans suite. La reine d'un regard a daigné m'ayertir Qu'à votre empressement elle allait consentir ; Et sans doute elle attend le moment favorable Pour disparaître aux yeux d'une cour qui Faccable*.
doit y avoir une conduite dans chaque scène , comme dans le total de lé pièce ; elle est môme intéressante , parce que Antiochus ne dit point son secret , et se fait entendre. ( Volt. )
' Quelques commentateurs ont blâmé cette expression, u redonner, sans faire attention que du temps de Radne elle était employée dans le même sens, ainsi qu'on en trouve des exemples dans le dictionnaire do Trévoux et dans Vaugelas. Se redonner aux soins de son amour y pour se livrer, s'abandonner de nouveau aux soins de son amour» est une expression poétique assez heureuse pour mériter d*étre conservée dans notre langue.
' On ne dit point en prose changer au ; mais la poésie peut se permettre cette licence. La Fontaine en offre un autre exemple dans PhUimon et Baucis :
Cependant l'humble toit devient temple , et ses mon Changent leur frêle enduit anx marbres les plus durs.
^ Je ne lui puis parler : qu'il est difficile d'être toujours harmonieux !
* Vàr. De disparaître aux yeux d'une cour qui l'accable.
BACim. — T. II. 15
ANTIOCHUS
Il suffit. Cependant n'as-tu rien négligé
Des ordres importants dont je Savais chargé?
ARSACE
Seigneur^ vons connaissev ma prompte obéissance. Des vaisseaux dans Ostie armés en diligence , Prêts à quitter le port de moments en moments , N'attendent pour partir que vos commandements. Mais qui renvoyez-vous dans votre Gomagène?
ANnOCHUS.
Arsace , il faut partir quand j'aurai vu la reine.
ARSACE
Qui doit partir?
ANTIOCHUS
Moi.
ARSACE
Vous?
ANTIOCHDS.
En sortant du palais , Je sors de Rome, Arsace, et j'en sors pour jamais.
ARSACE
Je suis surpris sans doute, et c'est avec justice. Quoi ! depuis si longtemps la reine Bérètiiee Vous arrache, seigneur, du sein de vos États; D^uis trois ans dans Rome elle arrête vos pas : Et lorsque cette reine, assurant sa conquête. Vous attend pour témoin de cette illustre fêle ; Quand l'amoureux Titus , devenant son époux , Lui prépare un éclat qui rejaillit sur vous. . .
ANTIOGHUS.
Arsace, laisse-la jouir de sa fortuné.
Et quitte un entretien dont le cours m'importune.
ARSACE
Je vous entends , seigneur ; ces mêmes dignités