‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 144 sur 326 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BÉRÉNICE, ANTIOGHUS, PHÉNICE.

Enfin je me dérobe à la joie importune

De tant d'amis nouveaux que me fait la fortune :

Je fuis de leurs respects Tinutile longueur^

Pour chercher un ami qui me parle du cœur.

11 ne faut point mentir, ma juste impatience *

Vous accusait déjà de quelque négligence.

Quoi! cet Antiochus, disais-je, dont les soins

Ont eu tout TOrient et Rome pour témoins;

Lui que j'ai vu toujours , constant dans mes traverses

Suivre d'un pas égal mes fortunes diverses;

Aujourd'hui que le ciel semble me présager •

Un honneur qu'avec vous je prétends partager' ,

Ce même Antiochus, se cachant à ma vue ,

Me laisse à la merci d'une foule inconnue' L

' Les commmtateurs ont observé que Racine se permet souvent ces façons de parler trop communes : ii ne faut point mentir^ à ne vous point menHr, quoi qu'U en toit, q^oi quV en pui$$e être, etc.; mais ils devaient observer ausâ que ces expressions sont environnées de traits heureux qui les relèvent^ et qui souvent empêchent de les remarquer.

' Var. Aulourdliui que les dieux sembteDt me prteger Un hoimeiir cpi'avec loi Je prétends partager.

On peut voir dans la note 3 de la page suivante le motif qui a déterimné Radne à refoire ces deux vers; mais en substituant vous à lui pour éviter l'amphibologie , il est tombé dans un autre inconvénient; car vous ne se rapporte grammaticalement ni à ce qui précède, ni à ce qui suit.

^ A la merci f expression que Racine emploie ici d'une manière neuve et très-poétique. (G.)

ANTiocaus.

Il est donc vrai, madame? et, selon ce discours, L'hymen va succéder à vos longues amours?

Seigneur, je vous veux bien confier mes alarmes : Ces jours ont vu mes yeux baignés de quelques larmes ; Ce long deuil que Titus imposait à sa cour Avait, même en secret, suspendu son amour ; Il n'avait plus pour moi cette ardeur assidue Lorsqu'il passait les jours attachés sur ma vue. Muet, chargé de soins, et les larmes aux yeux , Il ne me laissait plus que de tristes adieux. Jugez de ma douleur, moi dont Tardeur extrême, Je vous Fai dit cent fois, n'aime en lui que lui-même; Moi qui, loin des grandeurs dont il est revêtu. Aurais choisi son cœur, et cherché sa vertu*.

ANTIOCHCS.

ïl a repris pour vous sa tendresse première*?

Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière. Lorsque, pour seconder ses soins religieux , Le sénat a placé son père entre les dieux ^. De ce juste devoir sa piété contente

' Personne» avant Racine, nVait ainsi exprimé oas aènliliitnta cia*bn retrouve à la vérité dans tons les livres d*amoixri et dont le smU tnérite Gonsâste dans lechtnx dM mots. Sans cette élégance si fin^et si naturelle, tout serait languissant. ( Volt. )

3 var. Hé bien , il arie(Hl»n tendreMe prèmlètt?

^ L*eiprèssion f%\Tt lê$ âîeux a été l^<^je( de quelcpuôs critiques. On 9 dit que Bérénice, étant JuiV6, ne pouvait parler ainsi dds &6ux des Rébàins. La remarque serait juâte si Béténicé disait mtte mm dieux ; mais il est clair que les dîenx ne veut dite M <$ue ï^ dlstiâs M AMMiMs. Au reste , il est remarquable que dans tous les autres vers où Oêtte expressicm pouvait être t)rise dans le sens critâqué) Racine a substitué le mot cid au mot di^uo;.

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