ACTE I, SCENE IV. 'jti
A fait place , seigneur^ aux soins de son amante ;
Et même en ce moment^ sans qu'il m'en ait parlé .
Il est dans le sénat ^ par son ordre assemblé.
\Â, de la Palestine il étend la frontière ;
il y joint r Arabie et la Syrie entière;
Et^ si de ses amis j'en dois croire la voix^
Si j'en crois ses serments redoublés mille fois ^
Il va sur tant d'États couronner Bérénice ^ ,
Pour joindre à plus de noms le nom d'impératrice*.
II m'en viendra lui-même assurer en ce lieu.
ANTIOCHUS
Et je viens donc vous dire un éternel adieu.
Que dites-vous? Ah ciel! quel adieu! quel langage! Prince, vous vous troublez et changea de visage!
ANTIOCHVS.
Madame;, il faut partir.
BSRENICfi*
Quoi ! ne puis-je savoir Quel sujet..
' Voilà de ces coiistrucUdiu qai ne sont permises qu'à là poésie, parce q,n'elle seole a le droit de les créer. On ne dirait point en prose, cooroaner quelqu'un sur tel ou tel État ; on dirait , couronner roi de tel ou tel pays, ftdre régner sur, etc. Mais la poésie s'empare de l'analogie ; et, comme en effet couronner c'est foire rég;ner* elle dit couronner sur, parce que le rappixrt des idées justifie la constructicm. Aià reste,, l'abbé Dobos prétend que Bàcénice n'avait ni principauté xu royaume. Qu'im-. porte? Elle avait à coup sûr le titre de reine; tous les historiens sont d'accord là-dessus : reginam Beremcem; qu'elle le fût de nom ou de fût, c'est là. le cas où le poète n'est point gêné par l'histoôe, attendu qu'on n'est obligé'de la suivre que dans les points importants et connus. Ce même abbé Dubos reproche à Racine d'avoir aussi, violé l'histoire, en plaçant dans sa pièce Antiocbus , qui n'était pas à Rome lors du renvoi de Bérénice : critiques futiles , qui ne méritent aucune attention. ( L. ) .
' On lit dans quelques éditions faites depuis la mort de Racine : Pour Joindra à plut de noms celui d'impératrice.
ANTIOCHUS ^ à parf .
Il fallait partir sans la revoir.
Que craignez-vous î Parlez : c'est trop longtemps se taire • . Seigneur, de ce départ quel est donc le mystère ?
ANTIOCHUS
Au moins souvenez-vous que je cède à vos lois.
Et que vous m'écoutez pour la dernière fois.
Si , dans ce haut degré de gloire et de puissance,
Il vous souvient des lieux où vous prîtes naissance.
Madame , il vous souvient que mon cœur en ces lieux
Reçut le premier trait qui partit de vos yeux :
J'aimai. J'obtins Taveu d' Agrippa votre frère :
Il vous parla pour moi. Peut-être sans colère
AlUez-vous de mon cœur recevoir le tribut;
Titus, pour mon malheur, vint , vous vit, et vous plut*.
Il parut devant vous dans tout l'éclat d'un honune
Qui porte entre ses mains la vengeance de Rome.
La Judée en pâlit : le triste Antiochus
Se compta le premier au nombre des vaincus.
Bientôt de mon malheur interprète sévère ,
Votre bouche à la mienne ordonna de se taire.
Je disputai longtemps , je fis parler mes yeux;
Mes pleurs et mes soupirs vous suivaient en tous lieux '.
< Vab. Au nom des dieux , parlez : c*es| trop longtemps se taire.
^ Cet hémisliche, malgré sa précision, n'est pas fort agréable, pacce qu*il est composé tout entier de monosyllabes. ( G.) • ' Ce vers et tes suivants n*ont pas le mérite qu'on a remarqué dans les notes précédentes. Un roi dont les pleurs et les soupirs suivent en tous Heux une reine amoureuse d'un autre, est là un fade personnage , q%i exprime .en vers faibles et lâches un amour un peu ridicule. Si la pièce était écrite de ce ton , elle ne serait qu'une très-iaible idylle en dialogues. Plus le héros qu'on fait parler est dans une position désagréable et indigne d'un héros, plus il fout s'étudier k relever, par la beauté du style, la faiblesse du fond. Le rôle d'Antiochus ne peut avoir rien de tragique : mettez-y donc plus de noblesse, plus de chaleur, et plus