‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 147 sur 326 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Je Yoas redemandais à yos tristes États ;

Je cherchais en pleurant les traces de vos pas.

Mais enfin ^ succombant à ma mélancolie^

Mon désespoir tourna mes pas vers Tltalie.

Le sort m'y réservait le dernier de ses coups.

Titus en m'embtassant m'amena devant vous :

Un voile d'amitié vous trompa l'un et l'autre ^

Et mon amour devint le confident du vôtre.

Mais toujours quelque espoir flattait mes déplaisirs :

Rome, Yespasien, travereaient vos soupirs;

Après tant de combats Titus cédait peut-être.

Vespasien est mort, et Titus est le maître.

Que ne fuyais-je alors! J'ai voulu quelques jours

De son nouvel empire examiner le cours.

Mon sort est accompli : votre gloire s'apprête.

Assez d'autres^ sans moi, témoins de cette fête ,

A vos heureux transports viendront joindra les leurs :

Pour moi^ qui ne pourrais y mêler que des pleurs,

D'un inutile amour trop constante victime ,

Heureux dans mes malheurs! d'en avoir pu si^s crime

Conter toute l'histoire aux yeux qui les ont faits S

Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.

Seigneur, je n'ai pas cru que, dans une journée Qui doit avec César unir ma destinée, il fût quelque mortel qui pût impunément Se venir à mes yeux dédaret mon amant. Vais de mon amitié mon silence est un gage ;. J'oublie en sa faveur un discours qui m'outrage'.

^ "Conéir l'kkgMm ëê sa mMmtn eux yemx qui k$ ont fàiU : ces eipressions recherchées tont encore un tribut que Racine payait au go4t de son siède.

' Vcâà le modela d'une réponse noble et décente : ce n'est point ce langage des anciennes héroïnes de roman , qu'une déclaration res-

Je n*en ai point troublé le cours injurieux ;

Je fais plus, à regret je reçois vos adieux.

Le ciel sait qu'au milieu des honneurs qu'il m'envoie ,

Je n'attendais que vous pour témoin de ma joie ;

Avec tout Tunivers j'honorais vos vertus;

Titus vous chérissait, vous admiriez Titus.

Cent fois je me suis fait une douceur extrême

D'entretenir Titus dans un autre lui-même.

ANTIOGHUS.

Et c'est ce que je ftiis. J*évite^ mais trop tard , Ces cruels entretiens où je n'ai point de part. Je fuis Titus; je fuis ce nom qui m'inquiète. Ce nom qu'à tous moments votre bouche répète : Que vous dirai-je enfin? Je fuis des yeux distraits , Qui, me voyant toujours, ne me voyaient jamais*. Adieu. Je vais, le cœur trop plein de votre image. Attendre^ en vous aimant, la mort pour mon partage. Surtout ne craignez point qu'une aveugle douleur Remplisse Tunivers du bruit de mon malheur : Madame, le seul bruit d'une mort que j'implore Vous fera souvenir que je vivais encore. Adieu.

pectueuse transporte d'une colère impertinente. Bérénice ménage tout ce quMle doit à Tamitié d'Antiocbus ; elle intéresse par la vérité de sa tendresse pour Tempereur. Il semble qa*on entende Henriette d'Angleterre elle-môme parlant au marquis de Yardes, La politesse de la cour de Louis XIV, Tagrément de la langue firangaise , la donceor de la versification la plus naturelle, le sentiment le plus tendre, tout se trouve dans ce peu de vers. Point de ces maximes générales que le sentiment réprouve. Rien de trop, rien de trop peu. On ne pouvait rendre plus agréable quelque chose de plus mince. (Volt. )

' Ce n^est pas ici un jeu de mots, c'est un sentiment exprimé de la manière la plus élégante et la plus vraie. ( L. B. )

Page 1