‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 148 sur 326 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

BÉRÉNICE, PHËNICE.

PHÉZaCE.

Que je le plains! Tant de fidélité.

Madame, méritait plus de prospérité ^ Ne le plaignez-vous pas?

Cette prompte retraite Me laisse, je l'avoue, une douleur secrète.

PHÉNICE

Je l'aurais retenu * .

Qui? Moi, le retenir I J'en dois perdre plutôt jusques au souvenir. Tu veux donc que je flatte une ardeur insensée?

PHÉNICE

Titus n^a point encore expliqué sa pensée. Rome vous voit, madame, avec des yeux jaloux ; La rigueur de ses lois m'épouvante pour vous : L'hymen chez les Romains n'admet qu^une Romaine ; Kome hait tous les rois, et Bérénice est reine.

Le temps n'est plus, Phénice, où je pouvais trembler. Titus m'aime; il peut tout; il n'a plus qu'à parler. Il verra le sénat m'apporter ses hommages,

' Tam de fidélité méHtaii plus de prospéHté, etc. La faiblesse du sajet se montre ici dans toute sa nûsère : ce n*e8t plus ce goût si fin , si délicat ; Phénice parie un peu en soubrafcie. (Volt. )

* Je VauraU retenu est encore plus mauvais; cela est d*un firoid comique : il importe bien ce qu'aurait fait Phénice! Mais ce défaut est bientôt réparé par le discours passionné de Bérénice. (Volt. )

338 BËRENIGE.

Et le peuple de fleurs couronner ses images*. De cette nuit^ Phénice^ a»-tu vu la splendeur*?^ Tes yeux ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur? . Ces flambeaux^ ce bûcber, cette Buit enflammée^ Ces aigles^ ces faisceaux^ ce peuple , cette armée ' ^ Cette foule de rois^ ces consuls^ ce sénats Qui tous de mon amaiyt Mnpruntaient leur éclat; Cette pourpre^ cet or^ c[ue rehaussûi sa gloire^ Et ces lauriers encor témoins de sa victoire; Tous ces yeux qu'on voyait venir de toutes parts Confondre sur lui seul leurs avides regards; Ce port majestueux^ cette douce présence. .. Ciel! avec quel respect et quelle complaisance Tous les cœurs en secret rassuraient àe leur foi ! Parle : peut-on le voir sans penser, comme moi , Qu'en quelque obscurité que le sort Teùt fait naître , Le monde en le voyant eût reconnu son maitee^? Mais^ Phénioe^ où m'emporte un souvenir diarniant? Cependant Rome entière^ en ce même moment^ Fait des vœux pour Tiius^ et^ par des sacrifices ,

■ Var. Tu verras le sévat m'appopter se^lMiMnages , Et le ^f0VfUi 4e Ofnc» OQoroQnçr vm im0s&.

' U s*agit icà^ r^p^l^éose de Veapa«ien » céoéoioniô k UqueUe son fiU Titus présidait. ( G. )

^ Ces digles : sur les médailles des apothéoses , on voit des aigles qui s'envolent. Le peuple s'imagÎMit Toirràrae de ren^pereur voter ^rers le ciel. (L. R.)

* Un homme s^m isoi^t a fmté cet élogi9 de flatterie : Un'4 pii^ sojagé que c'est une amante qui parle. Ce vers fit d'autant plus de plaisir qu'on l'appliquait à Louis XIV, alors couvert de gloire , et dont la figure, très-««^fepîeure à celle 4e Titas, serabliût foite pour communier aux autres bommes : o«r Titus était petit et ramaaaé, et Louia XIV av^it reçu tous les avantages que peut donner la nature. Baififl , dMis ce vers, c'était moins Bérénice que Madame qui s'expliquait. Aien nt fait plus de jAeAsAr que ces alhiàons secrèAes; mais il lut cpie les vers qui les font nattre soient beaux par eux-méiBes. (Volt. )

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