ACTE.II, SCÈNE II. a4a
A ses maîtres toujours trop soigneuse de plaire ,
Des crimes de Néron approuver les horreurs ;
Je Tai vue à genoux consacrer ses fureurs.
Je ne prends point pour juge une cour idolâtre ,
Paulin : je me propose un plus noble théâtre^;
Et, sans prêter l'oreille à la voix des flatteurs ^
Je veux par votre bouche entendre tous les coeurs :
Vous me l'avez promis. Le respect et la crainte
Ferment autour de moi le passage à la plainte :
Pour mieux voir, cher Paulin, et pour entendre mieux.
Je vous ai demandé des oreilles^ des yeux;
J'ai mis même à ce prix mon amitié secrète :
J'ai voulu que des cœurs vous fussiez l'interprète ;
Qu'au travers des flatteurs votre sincérité
Fit toujours jusqu'à moi passer la vérité.
Parlez donc. Que faut-il que Bérénice espère?
Rome lui serar-trcUe indulgente ou sévère?
Dois-je croire qu'assise au trôoe des Césars,
Une si belle reine offensât ses regards?
PADLÏN.
N'en doutez point, seigneur : soit raison, soit caprice ' Rome ne l'attend point pour son impératrice. On sait qu'elle est charmante ; et de si belles mains Semblent vous demander l'empire des humains ' ; Elle a même , dit^>n , le cœur d'une Romaine ; Elle a mille vertus; mais, seigneur, elle est reine :
ici Tanimosité toujours aveugle a égaré le jugement de Voltaire , et ce n*cst pas la seule fois. (L.)
' Var. ... Je me propoie un (dus ample théâtre.
' Var. N*eD doutez point , aeigoeor : soit raison , ou caprice...
' De fi belles mains ne parait pas digne de la tragédie : mais il n'y a que oe vende faible dai» cette tirade. (Volt.) -*- S'il faut en croire U)ttis Racine , de si beUes muins offraient alors une allusion piquante h une personne de la cour qui avait cette espèce de beauté. Cette anecdote ne rend pas meilleure l'expression du poêle. (G.)
244 BÉRÉNICj:.
Rome y par une loi qui ne se peut changer^ N'admet avec son sang aucun sang étranger, £tne reconnaît point les fruits illégitimes Qui naissent d'un hymen contraire à ses maximes. D'ailleurs^ vous le savez ^ en bannissant ses rois^ Rome à ce nom ^ si noble et si saint autrefois > Attacha pour jamais une haine puissante ; Et quoiqu'à ses Césars fidèle y obéissante , Cette haine ^ seigneur, reste de sa fierté , Survit dans tous les cœurs après la liberté. Jules , qui le premier la soumit à ses armes y Qui fit taire les lois dans le bruit des alarmes^ Brûla pour CléopÀtire ; et , sans se déclarer. Seule dans TOrient la laissa soupirer.
Antoine, qui Faima jusqu'à TidolÀtrie^ Oublia dans son sein sa gloire et sa patrie , Sans oser toutefois se nommer son époux ^ : Rome Talla chercher jusques à ses genoux y Et ne désarma point sa fureur vengeresse, Qu'elle n'eût accablé l'amant et la maltresse. Depuis ce temps, seigneur, Cahgula^ Néron, Monstres dont à regret je cite ici le nom , Et qui, ne conservant que la figure d'homme, Foulèrent à leurs pieds toutes les lois de Rome, Ont craint cette loi seule, et n'ont point à nos yeux Allumé le flambeau d'un hymen odieux.
Vous m'avez commandé surtout d'être sincère. De l'affranchi Pallas nous avons vu le frère, Des fers de Claudius Félix eacor flétri >
' Virgile, Ovide, Horace, Plutarque même, ne paraissent pas douter qu'Antoine n*ait réellement épousé Gléopfttre ; et c'est ce qui rendit ce triumvir odieux aux Romains. Cependant ce mariage ne fut jamais dé^ claré , ni avoué. (6.)