‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 154 sur 326 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

De deux reines, seigneur, devenir le mari* ; Et y s'il faut jusqu'au bout que je vous obéisse. Ces deux reines étaient du sang de Bérénice. Et vous croiriez pouv(»r, sans blesser nos regards ' , Faire entrer une reine au lit de nos Césars , Tandis que TOrient dans le lit de ses reines^ Voit passer un esclave au sortir de nos chaînes ! C'est ce que les Romains pensent de votre amour : Et je ne réponds pas, avant la fin du jour, Uue le sénat, chargé des voeux de tout l'empire. Ne vous redise ici ce que je viens de dire ; Et que Rome avec lui , tombant à vos genoux . Ne vous demande un choix digne d'elle et de vous» Vous pouvez préparer, seigneur, votre réponse*

TITUS

Hélas! à quel amour on veut que je renonce!

PAULIN

Cet amour est ai^dent, il le faut confesser*.

' Suétone donne à ce Félix trois reines pour femmes. « Nec minus Fe- « licem , quem cohortibus et ails , provinciaeque Judeas prœposuit, trium « reginarum maritum. » — <c L'empereur Claude confia le commandement des cohortes, de la cavalerie, et de toute la province de Judée, k raffirancfai Félix , mari de trois reines. » ( f n CloxA,^ XXIIL ) ( 6. )

' Vaa. Et vons pourriez , aeigneor, sans bleaier nos ngardi...

Ml y a dans presque toutes les pièces de Racine de ces naïvetés puériles, et ce sont presque toujours les confidents qui les disent. Les critiques en {prirent occasion de donner du ridicule au seul nom de Paulin, qui fut longtemps un terme de mépris. Racine eût mieux fait, d'ailleurs, de choisir un autre confident, et de ne point le nommer d'un nom français, tandis qu'il laisse à Titus son nom latin. Ce qui est bien plus digne de remarque, c'est que les railleurs sont toujours injustes. S'ils relevèrent les mauvais vers qui échappent à Paulin , ils oublièrent qu'il ^n débite beaucoup d'excellents. Ces railleurs s'épuisèrent sur la Bérénice de Racine, tlont ils sentaient Textrème mérite dans le fond de leur cœur. Ils ne disaient rien de celle de Corneille , qui était déjà oubliée ; mais ils opposaient l'ancien mérite de Corneille au mérite présent de Racine. ( Volt. )

Plus ardent mille fois que tu ne peux penser^

Paulin. Je me suis fait un plaisir nécessaire

De la voir chaque jour^ de l'aimer^ de lui plaire.

J'ai fait plus^ je n'ai rien de secret à tes yeux^

J'ai pour elle cent fois rendu grâces aux dieux

D'avoir choisi mon père au fond de Tldumée ^

D'avoir rangé sous lui TOrient et l'armée^

Et , soulevant encor le reste des humains

Remis Rome sanglante en ses paisibles mains ^

J'ai même souhaité la place de mon père;

Moi y Paulin , qui cent fois y si le sort moins sévère

Eût voulu de sa vie étendre les liens ^

Aurais donné mes jours pour prolonger les siens :

Tout cela ( qu'un amant sait mal ce qu'il désire ! )

Dans l'espoir d'élever Bérénice à Tempire,

De reconnaître un jour son amour et sa foi ^

Et de voir à ses pieds tout le monde avec moi.

Malgré tout mon amour^ Paulin y et tous ses charmes %

Après mille serments appuyés de mes larmes ,

Maintenant que je puis couronner tant d'attraits ,

Maintenant que je l'aime encor plus que jamais :,

Lorsqu'un heureux hymen y joignant nos destinées^

Peut payer en un jour les voeux de cinq années ,

Je vais, Paulin... 0 ciel! puis-jele déclarer I

PADLIN.

Quoi ^ seigneur?

' Ce beau vers et ceux qui le précèdeat sont un taUeau ûdôU de Tempire romain au moment où Vespaâen en devint le maître* Boesuet a dit : « L^empire affligé se reposa sous Yespayian. * C^est à tort que Racine le ftls pvètend que son père a imité oette pbraae de Bossuet : la publication du V^wwr$ swr raifleire ««iverielif est posténeure de plusieurs années à la première représenteticai de Bér^ntee. (G. )

' Var. Avec tout mon amour, Paulin , et tou» ses charmes^

Page 1