‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 156 sur 326 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Me répondaient assez que votre grand courage Ne voudrait pas^ seigneur ^ détruire son ouvrage^ Et qu'un héros vainqueur de tant de nations Saurait bien tAt ou tard vaincre ses passions.

TITUS

Ah! que sous de beaux noms cette gloire est cruelle S

Combien mes tristes yeux la trouveraient plus belle ,

S'il ne fallait encor qu'affronter le trépas !

Que dis-je? Cette ardeur que j'ai pour ses appas ^

Bérénice en mon sein l'a jadis allumée.

Tu ne l'ignores pas : toujours la renommée

Avec le même éclat n'a pas semé mon nom;

Ma jeunesse^ nourrie à la cour de Néron ^

S'égarait^ cher Paulin^ par l'exemple abusée ,

Et suivait du plaisir la pente trop aisée.

Bérénice me plut. Que ne fait point un «cœur

Pour plaire à ce qu'il aime y et gagner son vainqueur !

Je prodiguai mon sang; tout fit place à mes armes :

Je revins triomphant. Mais le sang et les larmes

Ne me suffisaient pas pour mériter ses vœux :

J'entrepris le bonheur de mille malheureux :

On vit de toutes parts mes bontés se répandre* :

Heureux^ et plus heureux que tu ne peux comprendre ,

Quand je pouvais paraître à ses yeux satisfaits

Chargé de mille cœurs conquis par mes bienfaits!

Je lui dois tout^ Paulin. Récompense cruelle !

Tout ce que je lui dois va retomber sur elle.

Pour prix de tant de gloire et de tant de vertus ,

Je lui dirai : Partez ^ et ne me voyez plus.

' On ronaïque ici quelque ambiguïté : on ne sait d*abord s*il s*agit des appas de la ^oiie ou des appas de Bérénice. Titus parle des appas de la gloire ; et ce mot aippoi est un peu fade dans la bouche d*un empe^ feur. (G.)

> Var. Ma main arec plaisir apprit à se répandre.

Hé quoi^ seigneur! hé cpioî ! ^sette magnificence Qui va jusqu'à TEuphrate étendre sa puissance , Tant d'honneurs dont Texcès a surpris le sénats Vous laisseni-ils encor craindre le nom d'ingrat? Sur cent peuples nouveaux Bérénice commande.

TITOS.

Faibles amusements d'une douleur si grande !

Je connais Bérénice^ et ne sais que trop bien

Que son cœur n'a jamais demandé que le mien \

Je l'aimai; je lui plus. Depuis cette journée^

(Dois-je dire funeste^ hélas! ou fortunée?)

Sans avoir^ en aimant^ d'objet que son amour ^

Étrangère dans Rome, inconnue à la cour.

Elle passe ses jours, Paulin, sans rien prétendre

Que quelque heure à me voir, et le reste à m'attendre.

Encor, si quelquefois un peu moins assidu

Je passe le moment où je suis attendu.

Je la revois bientôt de pleurs toute trempée :

Ma main à les sécher est longtemps occupée.

Enfin tout ce qu'amour a de ncsuds plus puissants^

Doux reproches, transports sans cesse renaissants.

Soin de plaire sans art, crainte toujours nouvelle.

Beauté, gloire, vertu, je trouve tout en elle.

Depuis cinq ans entiers chaque j our je la vois ,

Et crois toujours la voir pour la première fois*.

• Ces trois que, si près l'un de l'autre, sont une petite négiigenœ. Le reste du couplet jusqu'à la fin est dHin charme de style que Ton sent toujours, et qu'on ne peut jamais assez louer.

Que quekme beiire à me voir, et leMtte k m'altondre.. Ma main k les lécher est longtemps occupée , etc....

Tous cea v^ra semblent fûts par l'Amour même. ( L. )

' Ces vers sont connus de presque tout le monde; on en a fait raille applications : ils sont naturels et pleins de sentiments; mais ce qui

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