‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 179 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Il faut nous séparer ! et c'est lui qui ^ordonne !

TITIJS>

N'accablez points maidafiae^ un prince malii^ireux. II ne faut point id nous aM^idrir tous deux. Un trouble assez cruel m'agite et me dévcMre,, Sans que des pleurs si diers me déchirent encore. Rappelez bien plutôt ce cœur qui^ tant de fois , M'a fait de mon devoir reconnaître la voix : 11 en est temps. F<m3ez votre amour à se taire; Et d'un œil que la gloire et la raison éclaire Contemplas mon devoir dans toute sa rigueur. Vous-même^ conU« vous, fortifiez mon coeur; Aidez-moi, s'il se peut, à vaincre ma faiblesse* , A retenir des pkurs qui m'échappent sans cesse ; Ou , si nous ne pouvons commander à nos pleurs , Que la gloire du moins soutienne nos douleurs ; Et que tout l'univers reconnaisse sans peine Les pleurs d'un empereur et les {deurs d'une reine. Car enfin , ma princesse , il fieiut nous séparer^.

BÉIÉNICE.

Ah , cruel ! esi41 temps de me le dédarer ? Qa'avez-vous fait? Héks! je me suis crue aimée ; Au plaisir de vous voir mon ème accoutumée Ne vit plus que pour vous. Ignoriefr-vous vos lois Quand je vous l'avouai pour la premiète fois? A quel excès d'amour m'avez-vous amenée ! Que ne me diaieZf>vous : « Princesse infortunée , « Où. vas4u t'engager, et quel est ton espoir? 0 Ne donne point un cœur qu'on ne peut recevoir. » Ne l'avez-vous reçu , cruel , que pour le rendre ,

' Var. AiAex-moi , l'U m peut, à ytmGtt sa fiiiblesBe.

' Ma princesse est peu digne de la tragédie ; mais cette expression était en usage du temps de Racine. Lui-même , dans la suite, a contribué à la bannir datèéfttre tragiiDfte.

Quand de vos seules mains ce cœur voudrait dépendre? Tout Tempire a vingt fois conspiré contre nous. 11 était temps encor : <{ue ne me quittiez-vous? Mille raisons alors consolaient ma misère : Je pouvais de ma mort accuser votre père. Le peuple ; le sénats tout l'empire romain. Tout Tunivcrs, plutôt qu'une si chère main. Leur haine, dès longtemps contre moi déclarée. M'avait à mon malheur dès longtemps préparée* Je n'aurais pas , seigneur, reçu ce coup cruel Dans le temps que j'espère un bonheur immortel. Quand votre heureux amour peut tout ce qu'il désire. Lorsque Rome se tait , quand votre père expire , Lorsque tout l'univers fléchit à vos genoux , Enfin quand je n'ai plus à redouter que vous.

TITUS

Et c'est moi seul aussi qui pouvais me détruire. Je pouvais vivre alors et me laisser séduire : Mon cœur se gardait bien d'aller dans l'avenir Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir. Je voulais qu'à mes vœux rien ne fût invincible ; Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible. Que sais-je? j'espérais de mourir à vos yeux. Avant que d'en venir à ces cruels adieux. « Les obstacles semblaient renouveler ma flamme. Tout l'empire parlait : mais la gloire, madame. Ne s'était point encor fait entendre à mon cœur Du ton dont elle parle au cœur d'un empereur. Je sais tous les tourments où ce dessein me livre : Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre. Que mon cœur de moi-même est prêt à s'éloigner ; Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régnera

'GeHe tirade, et quelques autres delà même piâce, se ressentent encore

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