‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 180 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Hé bien ! régnez^ cruel^ contentez votre gloire : Je ne dispute plus. J'attendais^ pour vous croire^ Que cette même bouche ^ après miUe serments D'un amour qui devait unir tous nos moments^ Cette bouche^ à mes yeux s'avouant infidèle , M'ordonnât elle-même une absence étemelle. Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu. Je n'écoute plus rien : et , pour jamais, adieu. . . Pour jamais! Ah, seigneur! songez-vous en vous-même Combien ce mot cruel est a£freux quand on aime? Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ; Que le jour reconunence , et que le jour finisse , Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, Sans que, de tout le jour, je puisse .voir Titus? Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus ! L'ingrat, de mon départ consolé par avance, Daignera-tril compter les jours de mon absence? Ces jours , si longs pour moi , lui sembleront trop courts.

TITUS

Je n'aurai pas, madame, à compter tant de jours : J'espère que bientôt la triste renommée Vous fera confesser que vous étiez aimée. Vous verrez que Titus n'a pu, sans expirer. . .

BÉRÉÎfICE.

Ah, seigneur! s'il est vrai, pourquoi nous séparer? Je ne vous parle point d'un heureux hyménée.

de cette afléctation que Racine, dans la suite, fit disparattre entièrement de la scène. Tels sont ces deux vers :

Qoe mon ccsor de moi-iiièiiie est prêt à s'éloigner ; Mais tt ne s'agit plus de TÎTre , il Caut rtaer.

On peut aussi remarquer que le mot ccrur est répété trois fois en cinq yen dans les deux dernières phrases.

Rome à ne vous plus voir m'a-t-elle condamnée? Pourquoi m'envicH-vous Tair que vous respirez?

TITUS

Hélas! vous pouvez ioni, madame : demeurez;

Je n'y résiste point. Mais je seBs ma laiblesse :

Il faudra vous combattre ei vous craindre sans oesse ^

Et sans cesse veiller è retenir mes pas ,

Que vers vous à tonte heure '^ntvainent vos appas.

Que dis-je? En ce moment y mon oœur^ horsde lui-mèliie ,

S'oublie , et se souvient seulement qu'il vous aime.

BéiiiKice.

Hé bien^ seigneur^ hé bien, qu'en peui41 arriver? Voyez-vous les Romains piéts à se soulever?

Tires.

Et qui sait de quel œil ils prendront cette injure? S'ils parlent, si les cris succèdent au murmure, Faudra-i41 par le sang justifier mon choix? S'ils se taisent, madame, et me vendent leurs lois , A quoi m'exposes-vous? Par quelle oom]^bisance Faudra-t-il quelque jour payer leur patience? Que n'oseront-ils point alors me demander? Maintiendrai-je des lois que je ne puis garder ?

Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice !

l'ITUS.

Je les compte pour rien ! Ah dell quelle injustice !

Quoi ! pour d'injustes lois que vous pouvez changer. En d'étemels chagrins vous-même vous plonger! Rome a ses droits, seigneur : n'aves-vous pas les vôtres ? Ses intérêts sont-ils plus sacrés que les nôtres? Dites, parlez.

• TITUS

Hélas ! que vous me déchirée !

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