ACTE IV, SCÈNE V
BÉRÉ!IIGE.
Vous êtes empereur^ seigneur^ et vous pleura' !
Oui^ madame, ilest vrsd, jepleure, jeâoupii^^ Je frémis. Mais enfin , quand j'aeceptii Tempire, Rome me fit jurer de mainte&ir ses droits : le dois les maintenir. Déjà^ plus d'une fois, Rome a de mes pareils exercé la constance. Âh! si vous remontiez jusques à sa naissance , Vous les verrîez-toujours à ses ordres soumis : L'un y jaloux de sa foi , va diez les ennemis Chercher^ avec la mort , la peine toute prête ; D'un fils victorieux Tautre proscrit la tète; L'autre, avec des yeux secs, et presque indifférents, Voit mourir ses deux fils , par son ordre expirants. Malheureux ! mais toujours la patrie et la gloire ^ Ont parmi les Romains remporté la victoire.
' Ce vers à connu taisait allusion à cette réponse de mademoiselle Mandni à Louis XIV : « Vous m*aimez, vous êtes roi, vous pleurez, et je pars ! » Cette réponse est bien plus énergique que le vers de Bérénice. Ce vers même n'est au fond qu'un reproclie un peu ironique. « Vous dites qu'un empereur doit Taincre i*«nour ; vous êtes empeveur, et tous pleorez ! » ( Volt. ) — - H est vrai que les paroles de mademoiselle Manâni sont beaucoup plus fortes que celles de Bérénioe ; mais Bérénîce devaitelle avoir cette espèce de force qui consiste à Caire entendre que celui qui règne ne doit point trouver d'obstade au cboix de son cœur? Je ne le crois pas , et Bérénice ne dit jamais rien qui soit dans ce sens : son caractère donné, et le sacrifice qui termine son r61e et la pièce, ne permettaient pas à Tauteur de la faire parler tout à fait comme mademoiselle Mandni. ( L. )
' Cela est trop faible ; il ne faut pas dire je pleure ; il faut que par vos discours on juge que votre cœur est déchiré. Je m'étonne comment Racine a cette fois manqué à une règ^ qu*ii connais^it si bien. ( Volt. )
^ Heureuse imitation de ce tour de Virgile :
« bifelix! ntcaMqie forent ea flaeta minorw,
« Vinoet amor patri» , lamlaiiuioe immenaa cu^do !
« Malheureux , quel que soit le jugement de la postérité sur cette ri-
Je sais qu'en vous quittant le malheureux Titus
Passe l'austérité de toutes les vertus* ;
Qu'elle n'approche point de cet effort insigne :
Mais^ madame ; après tout^ me croyez-vous indigne
De laisser un exemple à la postérité y
Qui y sans de grands efforts^ ne puisse être imité?
Non y je crois tout facile à votre barbarie :
Je vous crois digne > ingrat y de m'arracher la vie.
De tous vos sentiments mon cœur .est éclairci.
Je ne vous parle plus de me laisser ici :
Qui? moi, j'aurais voulu ^ honteuse et méprisée^
D'un peuple qui me hait soutenir la risée?
J'ai voulu vous pousser jusques à ce refus.
C'en est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus.
N'attendez pas ici que j'éclate en injures ,
Que j'atteste le ciel, ennemi des parjures ;
Non : si le ciel encore est touché de mes pleurs,
Je le prie, en mourant, d'oublier mes douleurs.
goeur d'un père, Tamour de la pairie efc la passion de la gloire remporteront toujours ! » Tout ce morceau parait emprunté du sixième liTre de rjÉnéide. Dans la première édition , à la place des six vers précédents , on lisait ceux-d :
Vous les ▼erriez toqjoun y jaloux de leur devoir, De tous les aotiM nœodB oublier le pouvoir.
' Cela me paraît encore plus faible , parce que rien ne Test tant que Texagération outrée. U est ridicule qu'un empereur dise qu'il y a plus de vertu , plus d'austérité à quitter sa maîtresse qu'à immoler à sa patrie ses deux enfants coupables. Il fallait peut^tre dire , en parlant des Brutus et des Manlius :
Titus en vous quittant les ^gale peut-être ;
ou plutôt il ne fellait point compara: une victoire remportée sur Tamoar à ces exemples étonnants et presque surnaturels de la rigidité des anciens Romains. Les vers sont bien faits, je Tavoue ; mais, encore une fois , cette scène élégante n'est pas ce qu'eUe devrait être. ( Volt. )