ACTE IV, SCÈNE V
Si je forme des vœux contre votre injustice ,
Si^ devant que mourir^ la triste Bérénice *
Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur^
Je ne le cherche, ingrat, qu'au fond de votre coeur.
Je sais que tant d'amour n'en peut être effacée ;
Que ma douleur présente, et ma bonté passée.
Mon sang, qu'en ce palais je veux même verser,
Sont autant d'ennemis que je vais vous laisser;
Et, sans me repentir de ma persévérance.
Je me remets sur eux de toute ma vengeance.
Adieu".
' Du temps de Racine , ou disait indifféremment devant que pour atant de. Aujourd'hui devant ne peut plus s'employer que comme préposition de lieu ou d'ordre , ou pour signifier en présence de . et il n'est plus pomis de l'employer comme préposition de temps.
' Peut-être cette scène pouvait-elle être plus vive, et porter dans les cœurs plus de trouble et d'attendrissement; peut-être est-elle plus élégante et mesurée que déchirante :
Et que tout Tmiiven reoonnaûBe sans peine Les pleurs d'un empereur et les pleurs d'une reine. Car enfin , ma princesse» il faut nous séparer... Eh bien , seigneur, eh bien , qu'en peut-il arriTer T Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice ! Je les compte pour rien ! Ah ciel! quelle imustice !
Tout cela me parait petit, je le dis hardiment; et je suis, en cela seul , de l'opinion de Saint-Évremond, qui dit en plusieurs endroits que les sentiments dans nos tragédies ne sont pas assez profonds ; que le désespoir n'y est qu'une simple douleur, la fureur un peu de colère. ( V. ) ^ Voltaire , qui voyait le mieux , pouvait être difficile sur le bien , et j'avoue qu'il y a dans cette scène quelques endroits fiiibles , quoique je ne mette pas dans ce nombre ce vers qu'il trouve petit :
Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice ! vers qui me parait la réponse la plus heureuse et la plus touchante à l'ènumeration que Titus vient de faire des autorités qui s'opposent à son mariage. Mais est-il vrai qu'en général cette scène ne soit posée qu'eUt <loit Hrel Quelques fautes peuvent-elles atténuer à ce point tant de beautés attendrissantes qui, dans leur genre, sont au premier rang? N'y a-t-il pas une sensibilité profonde dans ces vers, dont l'élégance est le moindre mérite :
Dans un mois , dans un an ., comment souffrirons-nous ,