‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 198 sur 326 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

Que je ne consens pas de quitter ce que j^aime

Pour aller loin de Rome écouter d'autres vœux.

Vivez, et faites-vous un effort généreux.

Sur Titus et sur moi réglez votre conduite :

Je Taime^ je le fuis; Titus m'aime , il me quitte ;

Portez loin de mes yeux vos soupirs et vos fers.

Adieu. Servons tous trois d'exemple à l'univers

De l'amour la plus tendre et la plus malheureuse

Dont il puisse garder l'histoire douloureuse.

Tout est prêt. On m'attend. Ne suivez point mes pas.

(à Titu«.)

Pour ]a deniière fois^ adieu ^ seigneur.

ANTIOCHUS

Hélas M

' Je n'ai rien à dire de ce cinquième acte , sinon que c'est en son genre un chef-d'œuvre , et qu'en le relisant avec des yeux sévères , je suis encore étonné qu'on ait pu tirer des choses si touchantes d'une situation qui est toujours la même; qu'on ait trouvé encore de quoi attendrir, quand on parait avoir tout dit; que même tout paraisse neuf dans ce dernier acte , qui n'est que le résumé des quatre précédents. Le mérite est égal à là difficulté, et cette difficulté était extrême. On peut être un peu choqué qu'une pièce finisse par un hélas! il fallait être sûr de s'être rendu maître du cœur des spectateurs pour oser finir ainsi. Voilà, sans contredit, la plus faible des tragédies de Racine qui sont restées au théâtre. Ce n'est pas même une tragédie. Mais que de beautés de détail , et quel charme inexprimable règne presque toujours dans la diction! Pardonnons à Corneille de n'avoir jamais connu ni cette pureté ni cette élégance. Mais comment se peut-il faire que personne , depuis Racine , n'ait approché de ce style enchanteur? Est-ce un don de la nature? est œ le fruit d'un travail assidu? C'est l'effet de l'un et de l'autre. Il n'est pas étonnant que personne ne soit arrivé à ce point de perfection ; mais il l'est que le public ait depuis applaudi avec transport à des pièces qui à peine étaient écrites en français, dans lesquelles il n'y avait ni connaissance du cœur humain , ni bon sens , ni poésie t c'est que des situations séduisent; c'est que le goût est très-rare. Il en a été de même dans d'autres arts. En vain on a devant les yeux des Raphaël , des Ti-

tien , des Paul Véronèse : des peintres médiocres usurpent après eux de la réputation , et il n'y a que les connaisseurs qui fixent à la longue le mérite des ouvrages. ( Volt. ) — Cette note est un hommage éclatant rendu au génie de Racine, et au mérite particulier de cette pièce. Seulement il est f&cheux que Voltaire, après s*étre épuisé en éloges, s'obstine à dire que ce n'est pas une tragédie. ( G. )

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