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Sultan Amurat^ ou sultan Morat', empereur des Turcs ^ celui qui prit Babylone en 1638, a eu quatre frères. Le premier, c'est à savoir Osman, fut empereur avant lui, et régna environ trois ans, au bout desquels les janissaires lui ôtèrent Tempire et la vie. Le second se nommait Orcan. Amurat, dès les premiers jours de son règne , le fit étrangler. Le troisième était Bajazet, prince de grande espérance : et c'est lui qui est le héros de ma tragédie. Amurat , ou par politique ou par amitié , Tavait épargné jusqu'au siège de Babylone. Après la prise de cette ville , le sultan victorieux envoya un ordre à Constantinople pour le faire mourir : ce qui fut conduit et exécuté à peu près de la manière que je le représente. Amurat avait encore un frère , qui fut depuis le sultan Ibrahim , et quexe même Amurat négligea comme un prince stupide , qui ne lui donnait point d'ombrage. Sultan Mahomet, qui règne aujourd'hui , est fils de cet Ibrahim, et par conséquent neveu de Bajazet.
Les particularités de la mort de Bajazet ne sont encore dans aucune histoire imprimée. M. le comte de Cézy était ambassadeur à Constantinople lorsque cette aventure tragique arriva dans le sérail. Il fut instruit des amours de Bajazet , et des jalousies de la sultane; il vit môme plusieurs fois Bajazet, à
' Amurat IV, surnommé V Intrépide, fils d*Acl)met I*"^, salué empereur au mois de septembre 1023, à Tàge de quinze ans. Il mourut à quarante-deux, des suites de ses débauches, le 8 février 1640/ (G.)
qui on permettait de se promener quelquefois à la pointe du sérail, sur le canal de la mer Noire. M. le comte de Cézy disait que c^était un prince de bonne mine. Il a écrit depuis les circonstances de sa mort : il y a encore plusieurs personnes de qualité ' qui se souviennent de lui en avoir entendu faire le récit lorsquMl fut de retour en France.
Quelques lecteurs pourront s'étonner qu'on ait osé mettre sur la scène une histoire si récente ; mais je n'ai rien vu dans les règles du poème dramatique qui dût me détourner de mon entreprise. A la vérité , je ne conseillerais pas à un auteur de prendre pour sujet d'une tragédie une action aussi moderne que celle-oi , si elle s'était passée dans le pays où il veut faire représenter sa tragédie^ ni de mettre des héros sur le théâtre qui auraient été connus de la plupart des spectateurs. Les personnages tragiques doivent être regardés d'un autre œil que nous ne r^ardons d'ordinaire les personnages que nous avons vus de si près. On peut dire que le respect que l'on a pour les héros augmente à mesure qu'ils s'éloignent de nous : major e longinquo reverentià. L'éloignement des pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps : car le peuple ne met guère de différence entre ce qui est, si j'ose ainsi parler^ à mille ans de lui, et ce qui en esta mille lieues. C'est ce qui fait, par exemple , que les personnages turcs , quelque modiemes qu'ils soient, ont de la dignité sur notre théâtre : on les regarde de bonne heure comme anciens. Ce scHit des nKBuis et des coutumes toutesdifférentes. Nous avons si peu de conmierce avec les princes, et les autres personnes qui vivent dans le sérail, que nous les considérons^ pour ainsi dire,
' Dans lés éditions qui ont précédé celle de 1697, on lisait : « 11 y a « encore plusieurs personnes de qualité , et entre autre» Af . le ehemlier a de Nantouillet , qui , etc. » ( G. )
comme des gens qui vivent dans un autre siècle que le nôtre. C'était à peu près de cette manière que les Persans étaient anciennement considérés des Athéniens. Aussi le poète Eschyle ne fit point de difficulté d'introduire dans une tragédie la mère de Xerxès^ qui était peut-être encore vivante, et de faire représenter sur le théâtre d'Athènes la désolation de la cour de Perse , après la déroute de ce prince. Cependant ce môme Eschyle s'était trouvé en personne à la bataille de Salamine , où Xerxès avait été vaincu; et il s'était trouvé encore à la défaite des lieutenants de Darius, père de Xerxès , dans la plaine de Marathon : car Eschyle était homme de guerre, et il était frère de ce fameux Cynégire, dont il est tant parlé dans l'antiquité, et qui mourut si glorieusement en attaquant un des vaisseaux du roi de Perse '.
* Dans toutes les éditions antérieures à celle de 1697, le paragraphe suivant terminait cette préface :
c Je me sois attaché à bien exprimer dans ma tragédie ce que nous c( savons des mœurs et des maximes des Turcs. Quelques gens ont dit « que mes héroïnes étaient trop savantes en amour et trop délicates pour « des femmes nées parmi des peuples qui passent ici pour barbares. Mais, « sans parler de tout ce qu^on lit dans les relations des voyageurs , il me (c semble quMl suffit de dire que la scène est dans le sérail. En effet , y « a-t-il une cour au monde où la jalousie et Tamour doivent être si bien « connus que dans un lieu où tant de rivales sont enfermées ensemble , « et où toutes ces femmes u^ont point d^autre étude, dans une étemelle « dsiveié, que d^apprendre à plaire et à se faire aimer? Les hommes vraice semblablement n*y aiment pas avec la même délicatesse. Aussi ai- je « pris mn. de mettre une grande différence entre la passion de Bajazet « et les taidresses de ses amantes. Il garde au milieu de son amour la « férocité de sa nation. Et si Ton trouve étrange qu'il consente plutôt de « mourir que d'abandonner ce qu'il aime, et d'épouser ce qu'il n'aime « pas , il ne &ut que lire l'histoire des Turcs ; on verra partout le méa pris qu'ils font de la vie ; on verra en plusieurs endroits à quels excès
« ils portent les passions, et ce que la simple amitié est capable de leur « faire faire : témoin un des fils de Soliman ,x[ui se tua lui-même sur le « corps de son frère aine , qu^il aimait tendrement , et que Ton avait fait « mourir pour lui assurer Tempire .* >»
* J'ignore pourquoi Raciac a «upprioïc cies réllMiouB : c'rftt un« cxcrU««it« r^onsr aux obj^C' itoM foMcs contre l«s caractères d« la trafédio de Mtô^aêl, {G.\
PERSONNAGES
BÂ JAZET y frère du sultan Amurat.
ROXANE^ sultane favorite du sultan Amurat.
ATALIDE^ fille du sang ottoman.
ACOMAT^ grand-vizir.
OSMIN , confident du grand-vizir.
ZATIHE y esclave de la sultane.
ZAÏRE, esclave d'Atalide.
Gardes.
Acteurs qui ont joué d*original dans Bajaut.
AGOMAT. La Flbub.
BAJAZET. BBÉGOOfiT.
ROXARE. Mademoiselle Ghampmeslb.
ATALIDE. Mademoiselle d'Ennebaut.
La scène et»t à Gonstantinople , autrement dite Byzance, dans le sérail du
Grand-Seigneur.