‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 201 sur 326 · ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

ACOMAT, OSMIN

AGOMAT.

Viens, suis-moi. La sultane en ce lieu se doit rendre*. Je pourrai cependant te parler et t* entendre.

OSMIN

Et depuis quand, seigneur, entre-t-on dans ces lieux Dont Taccès était même interdit à nos yeux ? Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.

AGOMAT.

Quand tu seras instruit de tout ce qui se passe ,

' Cette première scène a toajours été regardée comme le plus parfait modèle de Texposition d*uu sujet. Comme le spectateur doit d*abord être très-étonné de voir des hommes dans le sérail, Osmin témoigne sa surpnse en y entrant :

Et depuis quind , seigneur, entre*t-oD dans ces lieux... Le viadr lui répond qu^il va bientôt lui en dire la raison , et qu'il doit auparavant Tentretenir de choses plus pressantes. Cette réponse suffit pour lasser en suspens la surprise d^Osodn et celle des spectateurs. Les derniers vers de- la première scène répondent à sa question. ( L. R. ) — Voltaire a rendu justice à la beauté de cette exposition. « Quelle netteté! dit-il dans une note de Rodogune; comme tous les caractères sont annoncés! avec quelle heureuse facilité tout est développé! quel art admirable dans cette exiK>sition de Bajazei ! »

Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus. Mais laissons^ cher Osmin^ les discours superflus. Que ton retour tardait à mon impatience^ Et que d'un œil content je te vois dans Byzance ! Instruis-moi des secrets que peut t'avoir appris Un voyage si long^ pour moi seul entrepris. De ce qu'ont vu tes yeux parle en témoin sincère; Songe que du récita Osmin^ que tu vas faire ^ Dépendent les destins de Fempire ottoman. Qu'as-tu vu dans Tarmée, et que fait le sultan?

OSMIN

Babylone^ seigneur^ à son prince fidèle. Voyait sans s'étonner notre armée autour d'elle ; Les Persans rassemblés marchaient à son secours^ Et du camp d'Amurat s'approchaient tous les jours. Lui-même, fatigué d'un long siège inutile. Semblait vouloir laisser Babylone tranquille * ; Et, sans renouveler ses assauts impuissants. Résolu de combattre, attendait les Persans. Mais, comme vous savez, malgré ma diligence. Un long chemin sépare et le camp et Byzance';

■ Var. Il parlait de laisser Babylone tranquille.

C*est Schah-Abbas, roi de Perse, qui s'empara , au commencemeut du règne d^Amurat , de la province et de la ville de Bagdad. Raicine appelle cette ville Babylone , quoi qu'elle n'en ait jamais porté le nom , et qu'elle ait toujours eu celui de Bagdad ou du jardin de Dad, mcane dont la cellule échappa seule avec son jardin à la ruine totale de Séloude. Racine a cru que la ville ftmdée par Séleucus Nicanor ayant été appelée dans la suite Babylone , parce qu'elle s'accrut des dâ>ris de cette grande ville , comme son fondateur se l'était proposé ( Plime» iiv. VI, chap. aunri ), la ville de Bagdad pouvait égalanent être désignée sous le nom de Babylone f puisqu'elle reçut dans son enceinte les habitants de Séleucie et qu'elle fut, depuis la destruction de cette seconde Babylone, la ville la plus importante de toute la contrée. ( L. B. )

' II est bien stkr que la âiligmce d'Osmin ne fait rien à la distance qui est entre Byzance et le camp d'Amurat , et que par conséquent ce mot

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