ACTE I, SCÈNE I. ' 3ï
Mille obstacles divers m'ont mâme traversé^ Et je puis ignorer tout ce qui s'est passé.
ACOBfAT.
Que faisaient cependant nos braves janissaires ? Rendent-ils au sultan des hommages sincères ? Dans le secret des cœurs ^ Osmin^ n'as-tu rien lu? Amurat jouit-il d'un pouvoir absolu?
OSMIN
Amurat est content^ si nous le voulons croire^ Et semblait se promettre une heureuse victoire ^ . Mais en vain par ce calme il croit nous éblouir : 11 affecte un repos dont il ne peut jouir. C'est en vain (jue^ forçant ses soupçons ordinaires^ Il se rend accessible à tous les janissaires : Il se souvient toujours que son inimitié Voulut de ce grand corps retrancher la moitié , Lorsque , pour affermir sa puissance nouvelle^ Il voulait, disait-il, sortir de leur tutelle*.
malgré, qui marque Toppositioû, n'est pas grammaticalement exact, comme Ta observé Tabbé d'Olivet. Mais le seùs est si clair, et la phrase si naturellement abrégée par cette forme d^eUipse, que, bien loin de la reprocher à Tauteor, il faut lui savoir gré d'avoir dit en si peu de mots ce qu'il fallait dire. (L. ) — La difficulté qu'aurait trouvée Racine à faire entrer avec élégance dans un vers le nom de Gonstantinople, qui à lui seul formerait presque un hémistiche, lui a fait préférer l'ancien nom de Byzance. (L. B.)
' D'Olivet n'approuve pas cet imparfait stmJblaxi, qui lui parait trop proche du présent e$i content, Louis Racine regarde semblait comme uoe erreur typographique, et croit qu'il faut lire :
Et semble se promettre une benreote victoire. (6.)
Quoi qu'il en soit, il est certain que le changement de temps demandait que le temps fût rappelé par un pronom.
* Son tnïnàXiéwmlui lùnqn'il voulait; cette phrase n*est ni correcte ni élégante. On remarque , quelques vers plus haut, cette expression, formant ses soupçons. Louis Racine observe que son père pouvait mettre aisément malgré ses soupçons , au lieu de forçant ses soupçons ; il a trouvé,
Moi-même j'ai souvent entendu leurs discours; Comme il les craint sans cesse ^ ils le craignent toujours. Ses caresses n'ont point effacé cette injure. Votre absence est jfour eux un sujet de murmure : Ils regrettent le temps à leur grand cœur si doux^ Lorsque assurés de vaincre ils combattaient sous vous.
ACOMAT
Quoi 1 tu crois ^ cher Osmin^ que ma gloire passée Flatte encor leur valeur, et vit dans leur pensée? Crois-tu qu'ils me suivraient encore avec plaisir, Et qu'ils reconnaîtraient la voix de leur vizir * ?
OSMIN
Le succès du combat réglera leur conduite : Il faut voir du sultan la victoire ou la fuite. Quoiqu'à regret, seigneur, ils marchent sous ses lois. Ils ont à soutenir le bruit de leurs exploits : Us ne trahiront point l'honneur de tant d'années ; Mais enfin le succès dépend des destinées. Si l'heureux Amurat, secondant leur grand cœur. Aux champs de Babylone est déclaré vainqueur. Vous les verrez , soumis , rapporter dans Byzance L'exemple d'une aveugle et basse obéissance; Mais si dans le combat 1& destin plus puissant^ Marque de quelque affront son empire naissant.
ajoute-t-il , dans ce mot forçant , une élégance que d'autres que moi y trouveront peut-être.
' Vauvenargues a fait sur ce passage une remarque qui mérite d^étre citée : «t On voit', dit-il, dans les deux premiers vers un général disgracié, que le souvenir de sa gloire et rattachement des soldats attendrissent sensiblement ; dans les deux derniers , un rébelle qui médite quelque dessein. Voilà conune il échappe aux hommes de se caractériser sans aucune intention marquée! C'est là une de ces nuances admirables, dont on ne trouve guère d'exemples que dans Racine. »
' Var. Ma» si dans ce combat le destin pliis puissant...