‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 208 sur 326 · ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE · texte numérisé non relu

ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE

Enfin y belle Atalide , Il faut de nos destins que- Bajazet décide. Pour la dernière fois je le vais consulter : Je vais savoir s'il m'aimé.

ATALIBË.

Est-il temps d'en douter, Madame? Hàtez-vous d'achever votre ouvrage. , Vous avez du vizir entendu le langage ; Bajazet vous est cher : savez-vous si demain Sa liberté, ses jours, seront en votre main? Peut-être en ce moment Amurat en furie S'approche pour trancher une si belle vie. Et pourquoi de son cœur doutez-vous aujourd'hui?

ROXANE

Mais m'en répondez-vous, vous qui parlez fiour lui?

ATALIDE

Quoi,, madame I les soins qu'il » pris pour vous plaire , Ce que vous avez fait, ce que vous pouvez faire. Ses périls, ses respects, et surtout vos appas ^ Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas? Croyez que vos bontés vivent dans sa méinoire.

ROXANE

H^;as! pour mon repos, que ne le puis-je croire!

Pourquoi faut-il au moins cpie^ pour me consoler. L'ingrat ne parle pas comme on le fût parler? Vingt fois, sur vos discours pleine de confiance. Du trouble de son cœur jouissant par avance , Moi-même j'ai voulu m'assurer de sa foi , Et Tai fait en secret amener devant moi ^ Peut-être trop d'amour me rend trop difficile ; Mais, sans vous fatiguer d'un récit inutile. Je ne retrouvais point ce trouble , cette ardeur Que m'avait tant promis un discours trop flatteur'. Enfin , si je lui donne et la vie et l'empire , Ces gages incertains ne me peuvent suffire.

. ATALlDfi.

Ouoi donc ! à son amour q[u'aliez-vous proposer?

KOXANE.

S'il m'aime, dès ce jour il me doit épouser.

ATAUDE.

Vous épouser 1 0 del^ que prétendez-vous faire?

ROXAlfE.

Je sais que des sultans l'usage m'est contraire ; Je sais qu'ils se sont &it une superbe loi De ne point à l'hymen assujettir leur foi. Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse^ Ils daignent quelquefois choisir une maltresse; Mais, toujours inquiète avec tous ses appas. Esclave^ eUa reçoit son maître dans ses bras; Et, sans^ortir du joug où leur loi la condamne > n faut qu'un fils naissant la déclare sultane. Amurat plus ardent, et seul jusqu'A ce jour, A voulu que l'on dût ce titre A son amour.

< Var. Ponr Tentendre à mes yeux m'asBurer de sa foi » Je Vai tait en secret amener derant moi.

' Vas. Mes yeux ne trouvaient point oe trooble , cette ardeur Que leur avait promis un discours trop flatteur.

Page 1