‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 213 sur 326 · BAJAZET, ROXANE · texte numérisé non relu

BAJAZET, ROXANE

ROXANE

Prince , Theure fatale est enfin arrivée

Qu'à votre liberté le ciel a réservée.

Rien ne me retient plus; et je puis^ dès ce jour^

iccomplir le dessein qu'a formé mon amour.

Non que^ vous assurant d'un triomphe facile^

Je mette entre vos mains un empire tranquille ;

Je fais ce que je puis, je vous Tavais promis :

J'arme votre valeur contre vos ennemis.

J'écarte de vos jours un péril fnanif este ;

Votre vertu , seigneur, achèvera le reste.

Osmin a vu l'armée; elle penche pour vous ;

Les chefs de notre loi conspirent avec nous;

Le vizir Acomat vous répond de Byzance;

Et moi, vous le savez , je tiens sous ma puissance

Cette foule de chefs , d'esclaves , de muets ,

Peuple que dans ces murs renferme ce palais.

Et dont à ma faveur les âmes asservies

M'ont vendu dès longtemps leur silence et leurs vies.

Commencez maintenant : c'est à vous de courir

Dans le champ glorieux que j'ai su vous ouvrir.

' Cette scène, si bien amenée, si bien préparée, est exécutée avec tout Tart dont Racine était capable; elle est forte de choses : la sultane y développe sa politique ambitieuse, Bajazet sa noblesse et sa fierté. (G. )

Vous n'entreprenez point une injuste carrière * , Vous repoussez, seigneur, une main meurtrière : L'exemple en est commun, et, parmi les sultans , Ce chemin à Fempire a conduit de tous temps. Mais, pour mieux commencer, hAtons-nous Tun et l'autre D'assurer à la fois mon bonheur et le vôtre. Montrez à Funivers, en m'atiachant à vous. Que, quand je vous servais, je servais mon époux*; Et, par le nœud sacré d'un heureux hyménée. Justifiez la foi que je vous ai donnée.

BUAZBT.

Ahl que proposez-vous, madame?

ROXANE

Hé quoi , seigneur!

Quel obstacle secret trouble notre bonheur ?

Madame , ignorez-vous que l'orgueil de l'empire. . . Que ne m'épargnes-vous la douleur de le dire ?

moxAirB. Oui, je sais que depuis qd'un de vos empereurs,

' La Harpe et Geoffiroy Mâment cette expreenon. Gepaidant Boileati a dit tenUr ime eerrMre, dans Téptive ew le passage du Rbm; c^est-àdire tenter de parcourir une carrière, U en est de même du vers de Bacme. Entreprendre une carrière , c*est entreprendre de la parcourir. Mais une carriire ne peut être ni Juste ni «iijtif fe, et c*est remploi de cette épithète qui rend le rtn de Racine véjvéhenaible.

> Var. Qne, qosad ie tooi ferrait, J'ai servi mon ëponi.

La proposition est amenée et motivée aussi adroitement qa^elle peat rôtre. Hais ce qu*il y a ici de plus remarquable, c*est que ce rôle de Roxane est le seul où TamblUon ne refroidisse pas Tamour, qu*ordinairement tout autre rn^ange refiroidit; c*est qu^ Tintérét de ces deax passions est la nâme» et qu^élles sont inséparables dans leur objet. Roxane ne peut épouser son amant qu'en le mettant sur le trtoe et en 7 montant avec lui. Le danger communia justifie : c'est une des plus heurenaes combinaisons dont Racine ait été redevable à lanatnre dusajet, et qui rendent la conception de ce r6le si tragique. (L. )

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