ACTE II, SCÈNE I. %%s
fiajazet , d'un barbare éprouvant les fureurs^
Vit au char du vainqueur son épouse encbalnée ^
Et par toute TAsie à sa suite traînée ^
De rhonneur ottoman ses successeom jaloux
Ont daigné^ rarement prendre le nom d'époux.
Mais l'amour ne suit point ces lois imaginaires ;
Et^ sans vousrappOTter des exemples vulgaires^
Soliman (vous savez qu'entre tous vos aïeux ,
Dont l'univers a craint le bras victorieux y
Nul n'éleva si haut la grandeur ottomane ) ,
Ce Soliman jeta les yeux sur Roxelane.
Malgré tout son orgueil ^ ce monarque si fier^
A son trône y à son lit daigna Tassocier^
Sans qu'elle eût d'autres droits au rang d'impératrice^
Qu'un peu d'attraits peut^tre^ et beaucoup d'artifice V
U est vrai. Hais aussi voyez oe que je puis ,
Ce qu'était Soliman, et le peu que je suis.
Soliman jouissait d'une pleine puissance :
L'Egypte ramenée à son obéissance;
Rhodes, des Ottomans oe redoutable ëcueil ,
De tous ses défenseurs devenu le cercueil;
Du Danube asservi les rives désolées;
De l'empire persan les bornes reculées;
Dans leurs climats brûlants les Africains domptés.
Faisaient taire les lois devant ses volontés.
Que suis-je? J'attends tout du peuple et de l'armée :
Mes malheurs font encor toute ma renommée.
Infortuné, proscrit, incertain de régner,
^ M. de Thou écrit que Roxelanese servit d*un prétexte de religion pour engager Soliman à Tépouser. On disait aussi qu*ell6 Tavait captivé par des philtres qa*une Juive lui avait donnés. « Roxelana.... ut majorem digm- « tatis gradum adipisceretur, a simulata xeligione occasionem sumpsit . . . « philtris ab Hebrapa saga.... subministratis » {Histor., lii>. IX) (L. B. j
Dois-je irriter les cœurs, au lieu de les gagner? Témoins de nos plaisirs, plaindront-ils nos misères? Croiront-ils mes périls et vos larmes sincères^? Songez, sans me flatter du sort de SoUman , Au meurtre tout récent du malheureux Osman* : Dans leur rébellion, les chefs des janissaires^ Cherchant à colorer leurs desseins sanguinaires , Se crurent à sa perte assez autorisés Par le fatal hymen que vous me proposez. Que vous dirai-je enfin? Maître de leur suffrage, Peutrétre avec le temps j'oserai davantage. Ne précipitons rien ; et daignez commencer A me mettre en état de vous récompenser.
Je vous entends, seigneur. Je vois mon imprudence; Je vois que rien n^échappe à votre prévoyance : Vous avez pressenti jusqu'au moindre danger Où mon amour trop prompt vous allait engager. Pour vous , pour votre honneur, vous en craignez les sui- Et je le crois, seigneur, puisque vous nie le dites, {tes; Mais avez-vous prévu , si vous ne m'épousez , Les périls plus certains où vous vous exposez? Songez-vous que, sans moi, tout vous devient contraire? Que c'est à moi surtout qu'il importe de plaire? Songez-vous que je tiens les portes du palais';
* Ce vers a donné lieu à beaucoup de critiques. Sans doute des périls ne peuvent pas être sincères ; mais c'est un artifice de style , dont Racine offre le premier exemple, de réunir deux mots par la même épithète, quand il se trouve dans le derni^ un rapport exact, et dans Tautre une analogie d'idées suffisante : c'est ici le cas. Les périls sont réels quand les larmes sont sincères ; ainsi Tune fait ici supposer l'autre, et la «i«cérité des larmes fait sous-entendre la réalité des dangers. ( L. )
' Osman II, étranglé par les janissaires en 1622, et successeur de Mustapba II, frère d'Achmet I«% père d'Osman, et mort en 1617. .( L B.)
' Je tiens Us portes, pour dire je suis maîtresse des portes t est une fa-