‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 219 sur 326 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Des cœurs dont les bontés trop mal récompensées M'avaient pris pour objet de toutes leurs pensées.

agouât.

Ahl si nous périssons^ n'en accusez que vous^ Seigneur : dites un mot^ et vous nous sauvez tous. Tout ce qui reste ici de braves janissaires ^ De la religion les saints dépositaires y Du peuple byzantin ceux qui plus respectés Par leur exemple seul règlent ses volcmtés , Sont près de vous conduire à la porte sacrée D'où les nouveaux sultans font leur première entrée.

BAJAZfiT.

Hé bien^ brave Acomat , si je leur suis si cher^ Que des mains de Roxane ils viennent m'arracber; Du sérail^ s'il le faut, venez forcer la porte; Entrez accompagné de leur vaillante escorte. J'aime mieux en sortir sanglant , couvert de coups ^ Que chargé malgré moi du nom de son époux. Peut-être je saurai , dans ce désordre extrême , Par un beau désespoir me secourir moi-même* ; Attendre, en combattant, l'effet de votre foi. Et vous donner le temps de venir jusqu'à moi.

ACOMAT

Hé ! pourrai-je empêdier, malgré ma diligence , Que Roxane d'un coup n'assure sa vengeance? Alors qu'aura servi ce asèle impétueux.

Qu'à charger vos amis d'un crime infructueux? Promettez : af&raincfai du péril qui vous presse, Vous verrez, de quel poids sera votre promesse.

d» vûu$^: mais je me plains avec sujet est une phrase qui ne peut être supportée que dans le style familier. (L. ) * Badne 8*est emparé du vers de Corneille :

du qii'un beau désespoii: alors te wemirftt v G. l

BAJAZBT.

Moi!

AGOBIAT.

Ne rougissez point : le sang des Ottoman» Ne doit point en esclave obéir aux serments. Consultez ces héros que le droit de la guerre Mena victorieux jusqu'au bout de la terre : Libres dans leur victoire, et maîtres de leur foi , L'intérêt de TÉtat fut leur unique loi ; Et d'ub trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée. Je m'emporte^ seigneur*.

BAMZET.

Oui, je sais, Aoomat, Jusqu'où les a portés l'intérêt de l'État*.

' Tous les mérites sont réunis dans le discours ferme et mesuré d' Acomat. La politique ottomane y est , quoique en passant y caractéris<de comme dans Tbistoire, et burinée comme en poésie. Mais plus j'admire Acomat, plus je suis révolté contre Bajazet. Passons que le vizir ne le presse pas davantage » par une discrétion respectueuse, sur son étrange obstination; mais quand le prince parle de perfidie, que répondrait-il si Acomat lui disait : « Vous n*y pensez pas ? Ah ! depuis longtemps vous élee perfide envers Roxane, puisque très-certainement elle se persuade que vous Tépouserez, et qu'à coup sûr vous le lui avez laissé croire. Où est donc le grand crime et le grand malheur de la tromper un fieu plus longtemps quand il s'agit de la sauver, et de sauver vous, moi, tous vos amis; en un mot, quand il s'agit de vivre et dei^égner? » Voilà ce que Tauteur n'a pas voulu faire dire au vizir , de peur de trop écraser Bajazet, et pour lui épargner le ridicule de la seule réponse plausible : J'en aime une autre. Qu'c») imagine Teflét qu'une pareille réponse ferait sur un homme tel qu'Acomat , et le profond mépris qu'elle lui inspirerait pour le prince qu'il veut servir. Aussi Racine s'est-il cru obligé , pour relever un peu ce pauvre prince aux yeux des spectateurs, de faire dire nu vizir qu'il admire ce courage et cette foi» ce qu'assurément Acomat n'a jamais pu dire. C'est le seul endroit faux de ce superbe rôle , et c'est le rôle de Bajazet qui en est cause. (L. )

' Le pronom les est trop éloigné de héros , auquel il se rapporte , qui se trouve placé neuf vers plus haut. (Gr )

Page 1