BAJAZET, ATALIDE
BAXAZET.
Hé bien ! c'est maintenant qu'il faut que je vous laisse.
Le ciel punit ma feinte^ et confond votre adresse;
Rien ne m'a pu parer contre ses derniers coups :
11 fallait ou mourir^ ou n'être plus à vous.
De quoi nous a servi cette indigne contrainte?
Je meurs plus tard : voilà tout le fruit de ma feinte.
I Var. O courage ! d vertiu! ô trop odutante foi !
' Vars admirablement placé pour foire renatke un rayon d'espérance. (G. )
346 BAJAZËT.
Je vous Tavais prédit : mais vous Tavez voulu ; J'ai reculé vos pleurs autant que je Tai pu ^ Belle Atalide y au nom de cette complaisance , Daignez de la sultane éviter la présence : Vous pleurs vous trahiraient; cachez-les à ses yeux^ Et ne prolongez point de dangereux adieux.
ATALIDE
Non , seigneur. Vos bontés pour une infortunée Ont assez disputé contre la destinée.
Il vous en coûte trop pour vouloir m'épargner Il faut vous rendre; il faut me quitter, et' régner.
Vous quitter?
ATALIDE
Je le veux. Je me suis consultée.
De mille soins jaloux jusqu'alors agitée , Il est vrai, je n'ai pu concevoir sans effroi Que Bajàzet pût vivre et n'être plus à moi ; Et, lorsque quelquefois de ma rivale heureuse Je me représentais l'image douloureuse , Votre mort (pardonnez aux fureurs des amants) Ne me paraissait pas le plus grand des tourments'. Mais à mes tristes yeux votre mort préparée Dans toute son horreur ne s'était pas montrée :
* On ne peut ni reculer ni avancer des pleurs. On sent bien que Tidée de Tauteur est y ai reculé U inmiMne de vos pleun : mais ce n^est pas là le cas de Tellipse, parce qa*il n*7 a aucun rapport entre le propre et le figuré. (L.)
' Ces vers non-seulement ont le mérite de la vérité et de Télégance , mais sont encore parfeitement adaptés à la situation. Le charme de ce style est encore ici â*aatant plus senti qu'Atalide foit ce qu'elle doit faire, et dit ce qu'elle doit dire. Mais, quoique Tauteur se soutienne dans la fin de cet acte à force de talent , voyez cependant comme tout languit depuis cette première scène, terminée d'une manière si tragique, et comme le ton général a baissé , parce que Btjazet n'a pas eu celui qu'il devait avoir. ( L.)