‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 220 sur 326 · BAJAZET, ATALIDE · texte numérisé non relu

BAJAZET, ATALIDE

BAXAZET.

Hé bien ! c'est maintenant qu'il faut que je vous laisse.

Le ciel punit ma feinte^ et confond votre adresse;

Rien ne m'a pu parer contre ses derniers coups :

11 fallait ou mourir^ ou n'être plus à vous.

De quoi nous a servi cette indigne contrainte?

Je meurs plus tard : voilà tout le fruit de ma feinte.

I Var. O courage ! d vertiu! ô trop odutante foi !

' Vars admirablement placé pour foire renatke un rayon d'espérance. (G. )

346 BAJAZËT.

Je vous Tavais prédit : mais vous Tavez voulu ; J'ai reculé vos pleurs autant que je Tai pu ^ Belle Atalide y au nom de cette complaisance , Daignez de la sultane éviter la présence : Vous pleurs vous trahiraient; cachez-les à ses yeux^ Et ne prolongez point de dangereux adieux.

ATALIDE

Non , seigneur. Vos bontés pour une infortunée Ont assez disputé contre la destinée.

Il vous en coûte trop pour vouloir m'épargner Il faut vous rendre; il faut me quitter, et' régner.

Vous quitter?

ATALIDE

Je le veux. Je me suis consultée.

De mille soins jaloux jusqu'alors agitée , Il est vrai, je n'ai pu concevoir sans effroi Que Bajàzet pût vivre et n'être plus à moi ; Et, lorsque quelquefois de ma rivale heureuse Je me représentais l'image douloureuse , Votre mort (pardonnez aux fureurs des amants) Ne me paraissait pas le plus grand des tourments'. Mais à mes tristes yeux votre mort préparée Dans toute son horreur ne s'était pas montrée :

* On ne peut ni reculer ni avancer des pleurs. On sent bien que Tidée de Tauteur est y ai reculé U inmiMne de vos pleun : mais ce n^est pas là le cas de Tellipse, parce qa*il n*7 a aucun rapport entre le propre et le figuré. (L.)

' Ces vers non-seulement ont le mérite de la vérité et de Télégance , mais sont encore parfeitement adaptés à la situation. Le charme de ce style est encore ici â*aatant plus senti qu'Atalide foit ce qu'elle doit faire, et dit ce qu'elle doit dire. Mais, quoique Tauteur se soutienne dans la fin de cet acte à force de talent , voyez cependant comme tout languit depuis cette première scène, terminée d'une manière si tragique, et comme le ton général a baissé , parce que Btjazet n'a pas eu celui qu'il devait avoir. ( L.)

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