ACTE II, SCÈNE V
Ne vous figurez point que, dans cette journée ,
D'un lâche désespoir ma vertu consternée *
Craigne les soins d'un trône où je pourrais monter,
Et par un prompt trépas cherche à les éviter.
J'écoute trop peut-être une imprudente audace ;
Mais, sans cesse occupé des grands noms de ma race^
J'espérais que, fuyant un indigne repos.
Je piendrais^quelque place entre tant de héros.
xMais, quelque ambition, quelque amour qui me brûle.
Je ne puis plus tromper une amante crédule.
En vain , pour me sauver, je vous l'aurais promis :
Et ma bouche et mes yeux, du mensonge ennemis,
PeuUêtre, dans le temps que je voudrais lui plaire.
Feraient par leur désordre un effet tout contraire' ;
Et de mes froids soupirs ses regards offensés
Verraient trop que mon coeur ne les a point poussés.
0 ciel ! combien de fois je l'aurais éclaircie.
Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie ;
Si je n'avais pas craint que ses soupçons jaloux
N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous!
Et j'irais l'abuser d'une fausse promesse!
Je me parjurerais! et, par cette bassesse...
Âhl loin de m'ordonner cet indigne détour.
Si votre cœur était moins plein de son amour.
Je vous verrais sans doute en rougir la première.
Mais, pour vous épargner une injuste prière,
Adieu; je vais trouver Roxane de ce pas.
' Racine le fils condamne cette expression, consternée d'un lâche déi«spoir. M. de La Harpe observe que J*on peat être consterné du désespoir de quelqu^un , et non pas. de son propre désespoir. Il est certain que Tnsage n'admet point cette façon ()e parler. Je n'oserais assurer qu'elle doive être exclue de la poésie. ( G. )
' U désordre de la bouche et des yeux n'est pas une phrase française » et ne rend pas l'idée de l'auteur. ( L. )
Et je vous quitte.
ATALIDE
Et moi, je ne vous quitte pas.
Venez, cruel, venez, je vais vous y conduire; Et de tous nos secrets c'est moi qui veux l'instruire. Puisque , malgré mes pleurs , mon amant furieux Se fait tant de plaisir d'expirer à mes yeux , Roxane, malgré vous, nous joindra l'un ef l'autre : Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre; Et je pourrai donner à vos yeux effrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.
BAJAZBT.
0 ciel ! que faites-vous ?
ATALIDE
Cruel! pouvez-vous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire *? Pense^vous que cent fois , en vous faisant parler. Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler? Hais on me présentait votre perte prochaine. Pourquoi faui-il , ingrat ! quand la mienne est certaine, Que vous n'osiez pour moi ce que j'osais pour vous ? Peut-être il suffira d'un mot un peu plus doux; Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même , vous voyez le temps qu'elle vous donne : A-t-elle, en vous quittant, fail sortir le vizir? Des gardes à mes yeux viennenirils vous saisir? Enfin, dans sa fureur implorant mon adresse , Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse?
' Il est œrtein que Tauteiir n'a poîntrenda sa pensée. Atalida voulait dire : Pow es-wms croire que je sois moimjalomse éê mm gloire» que tyous n'êtes jaloux âe la vôtre? ( L. B.) — Art eontraîre, die semble dire : Pouwest'Vôtts erMre fue ma glfAre me fotiefc« moiiu qu'elle ne voue touche f
( D'Ol. )