SCÈNE V
ROXANE, ZATIME.
BOX ANE
Ah! que viens-tu m' apprendre*, Zatime? Bajazet en est-il amoureux'?
Vois-tu , dans ses discours , qu'ils s'entendent tous deux?
ZATIME.
Elle n'a point parlé : toujours évanouie. Madame , elle ne marque aucun reste de vie ^ Que par de longs soupirs et des gémissements Qu'il semble que son cœur va suivre à tous moments.
« s'écrie-t-il , auteur de ma race , que ne puis*j6 exterminer ce méchant « fourbe (Ulysse) que je hais! que ne puis- je percer le cœur de deux H injustes rois , et me tuer moi-même après eux! » [Note manuscrite de Racine; Sophocle de la BihHothèque du Roi, p. 18. ) (L. ) — Dans le vers précédent, les unissant d'un même poignard : expression d'une hardiesse heureuse. (G.) ' Var. Sans doute , j'ai trouTé le parti qu'il taat prendre» > On ne peut pas se démentir plus promptement, ni se contredire dans les termes plus formellement ; et tout cela est si yrai , tout cela est tellement de Tamour, qa*on ne prend garde ni à la contradiction apparente, ni à la vérité de Timitation. La situation seule nous occupe. (L.)
* La question est familière, même dans la bouche d'une sultane, au moment d'une si grande crise : le mot amoureux . et cette façon de parler, être umoweux de quelqu'un , doivent être bannis de la tragédie , comme exprimant une sorte d'amour qui n'est ni assez sérieux , ni assez noble. (G.)
* On dirait bien ses soupirs et ses gèmissemetUs marquent encore un reste de vie; mais quand le nominatif est une personne, il faut dire elle ne montre. C'est que le mot marquer, dans les personnes, suppose toujours une intention ; elle marque de la haine, de C amour, etc. Ces petites distinctions tiennent à la logique de la grammaire , et c'est dans un écrivain tel que Racine qu'il faut les observer, d'autant plus qu'il y manque plus rarement. ( L. )