ACTE V, SCÈNE IV
Ni de mon amour même ^ et de mon injustice^ :
Loin de me retenir par des conseils jaloux' ,
Elle me conjurait de me donner à, vous.
En un mot^ séparez ses vertus de mon crime.
Poursuivez, s'il le faut, un courroux légitime';
Aux ordres d'Amurat hàtez-vous d'obéir :
Mais laissez-moi du moins mourir sans vous haïr.
Amurat avec moi ne Ta point condamnée :
Épargnez une vie assez infortunée.
Ajoutez cette gr&ce à tant d'autres bontés ,
Madame ; et si jamais je vous fus cher. . .
ROXANB.
Sortez*.
' Dans les règles de la grammaire > il faudrait répéter ni » à la place de la conjonction et. ( L. B. )
' Après ce vers, Racine a supprimé les six vers suivants , qui se trouvent dans Tédition de 1672 :
Si mon cœur ravait crue , il ne serait qn'à vous. Confessant vos bienfaits, reconnaissant tos charmes , Elle a pour me fléchir employé Jusqu'aux larmes. Tonte prête yingt fois à se sacrifier.
Par sa mort elle-même a youIu nous lier. En nn mot, etc.
' On pourtuM une vengeance ^ et non pas un courroux. On suit son ttmrrouXf parce qu'on s'y laisse entraîner; on poursuit la vengeance, parce qu*on yeut robtenir. ( L. )
* Ce mot terrible finit parfaitement la dernière scène tragique de cette pièce. La proposition de Roxane, tout atroce qu'elle est, est conforme au caractère du personnage, à la situation , aux mœurs. Ce n'est pas <lans le sà^ail qu'une femme outragée et trompée épargne sa rivale ; et Roxane , qui a fait l'amour le poignard à la main , doit finir par frapper celui qui refuse d'elle le trône et la vie. Bajazet répond d'abord comme il doit répondre; mais, devenu suppliant un instant après, il rentre dans le rôle passif qu'il était difficile de ne pas lui donner, mais qui ne peut jamais convenir au héros d'une tragédie. (L. )
394 BAJAZËT.