‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 257 sur 326 · ROXANE, ATALIDE · texte numérisé non relu

ROXANE, ATALIDE

ATALIDE

Je ne \iens plus , madame ^ à feindre disposée y

Tromper votre bonté si longtemps abusée ;

Confuse , et digne objet de yos inimitiés ^

Je viens mettre me» cœur et mon crime à vos pieds.

Oui^ madame ^ il est vrai que je vous ai trompée :

Du soin de mon amour seulement occupée.

Quand j'ai vu Bajaset , loin de vous obéir,

Je n'ai dans mes.discours songé qu'à vous trahir.

Je l'aimai dès renfance ; et dès ce temps , madame

J'avais par mille soins su prévenir son àme.

La sultane sa mère , ignorant l'avenir.

Hélas ! pour son malheur se plut à nous unir ^ .

Vous l'aimâtes depuis : plus heureux l'un et l'autre.

Si connaissant mon cœur ou me cachant le vôtre ,

Votre amour de la mienne eût su se défier l

Je ne me noircis point pour le justifier.

Je jure par le ciel, qui me voit confondue.

Par ces grands Ottomans dont je suis descendue ,

Et qui tous avec moi vous parient à genoux

Pour le plus pur du sang qu'ils ont transmis en nous :

Bajazet à vos soins tôt ou tard plus sensible.

Madame, à tant d'attraits n'était pas invincible.

Jalouse , et toujours prête à lui représenter

Tout ce que je croyais digne de l'arrêter.

Je n'ai rien négligé , plaintes , larmes , colère ;

Quelquefois attestant les mânes de sa mère ;

Ce jour même, des jours le plus infortuné ,

' C'est pour le mallicur de Bajazet ; et cependant , d'après la construction, son malheur se rapport© à la sultane sa mrrr. ( (î. )

Lui reprochant Tespoir qu'il vous avait donné , Et de ma mort enfin le prenant à partie * , Mon importune ardeur ne s'est point ralentie , Qu'arrachant malgré lui des gages de sa foi y Je ne sois parvenue à le perdre avec moi. Mais pourquoi vos bontés seraient-elles lassées? Ne vous arrêtez pointa ses froideurs passées; C'est moi qui l'y forçai. Les nœuds que j'ai rompus Se rejoindront bientôt quand je ne serai plus. Quelque peine pourtant qui soit due à mon crime y N'ordonnez pas vou^-mème une mort légitime^ Et ne vous montrez point à son cœur éperdu Couverte de mon sang par vos mains répandu : D'un cœur trop tendre encore épargnez la faiblesse. Vous pouvez de mon sort me laisser la maltresse , Madame; mon trépas n'en sera pas moins prompt. Jouissez d'un bonheur dont ma mort vous répond*; Couronnez un héros dont vous serez chérie : J'aurai soin de ma mort; prenez soin de sa vie. Allez ^ madame^ allez : avant votre retour^ J'aurai d'une rivale affranchi votre amour.

ROXANK.

Je ne mérite pas un si grand sacrifice : Je me connais^ madame^ et je me fais justice. Loin de vous séparer^ je prétends aujourd'hui Par des nœuds éternels vous unir avec lui :. Vous jouirez bientôt de son aimable vuic \ Levez-vous. Mais que veut Zatirae toute émue?:

' On se servait encore alors figorément, dans la poésie et d^us l'élo^ quence, de ces termes, qui ne sont plus d'usage qu'au barreau. Corneille y est fort sujet ; Racine ne se Test permis qu'une fois , et nos bons écrivains y ont renoncé. ( L. )

3 Var. Jouissez du bonheur dont ma mort vous répond.

.* Ironie atroce qui excite l'indignation du spectateur; mais le poêle

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