ACTE r, SCÈNE-I. 4I
A mille coups mortels contre eux me dévouer ' , Et chercher^ en mourant^ à la désavouer. L'Euxin, depuis ce temps ^ fut libre, et Test encore; Et des rives de Pont^ux rives du Bosphore, Tout reconnut mon père ; et ses heureux vaisseaux N'eurent plus d'ennemis que les vents et les eaux. Je voulais faire plus : je prétendais^ Arbate> Moi-même à son secours m'avancer vers TEuphrate. Je fus soudain frappé du bruit de son trépas. Au milieu de mes pleurs, je ne le cèle pas , Monime, qu'en tes mains mon père avait laissée^ Avec tous ses attraits revint en ma pensée. Que dis-je? en ce malheur je tremblai pour ses jours; Je redoutai du roi les cruelles amours : Tu sais combien de fois ses jalouses tendresses Ont pris soin d'assurer la mort de ses maltresses. Je volu vers Nymphée; et mes tristes regards Rencontrèrent Phamace au pied de ses remparts^. ïen conçus, je l'avoue, un présage funeste. Tu nous reçus tous deux, et tu sais tout le reste. Phamace, en ses desseins toujours impétueux. Ne dissimula point ses vœux présomptueux : De mon père à la reine il conta la disgrâce , L'assura de sa mort, et s'offrit en sa place. Comme il le dit, Arbate, il veut l'exécuter*. Mais enfin à mon tour je prétends éclater :
' Contre mtx est inutile. On en peut dire autant du mot rendue dans le vers précédent. ( G. ) — Six vers plus haut : Qud devins-je^ pour que devhwje. Cette locution était sans doute en usage du temps de Racine, car aucun critique contemporain ne Ta relevée. Toutes les éditions publiées pendant la vie de l'auteur portent quel devins^ie.
' Var. Virent d'abord Phamace ao pied de tes remparts.
' Le pronom le, qui est deux fois dans ce vers, ne se rapporte absolument à rien, et ce n*est pas ici le cas d'une ellipse élégante ou passionnée : c'est une simple inadvertance du poète.
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Autant que mon amour respecta la puissance D'un père & qui je fus dévoué dès renfance , Autant ce même amour ^ oiaintenant révolté^ De ce nouveau rival brave rautorité.
Ou Monime^ à ma flamme dle-méme contraire Condamnera l'aveu que je prétends lui faire; Ou bien ^ quelque malheur qu'il en puisse avenir ' , Ce n'est que par ma mort qu'on la peut obtenir. Voilà tous les secrets, que je voulais t'apprendre. C'est à toi de choisir quel parti tu dois prendre; Qui des deux te parait plus digne de ta foi^ L'esclave des Romains^ ou le fils de ton roi. Fier de leur amitié ^ Phamace croit peut-être Commander dans Nymphée^ et me parler en maître. Mais ici mon pouvoir ne connaît point le sien : Le Pont est son partage^ et Golchos est le mien* ; et l'on sait que toujours la Colchide et ses princes Ont compté ce Bosphore au rang de leurs provinces ^.
' iévtftiir, par corruption pour aàtenir, est banni depuis longtemps àM discours soutenu. On dit femiiiêrement W otfeint ; mais d'OMfilr on a consenré, toujoundans le dkcouis familier, tonunif, «ftucnite, qui signifie plus qu'a^fréaMe. (L. ) — L'Académie admet le mot; elle dit seulement qu'il est familier.
' Quelques savants prétendent qu'il n'y a point dans la Colchide de ville qui s'appeUe Cokhos. Oolchos n*est pas non plus le nom d'anaré* gion , d'une provinoa» oommo Luaeau sa l'imagine. Cofcàot est un nom de peuple : c'est l'accusatif de Colchi, Colcborum. Il est vrai que Racine en parle toigours comme d'uns ville :
Je lo pois à Goldiw , et Je le pois kd.
BoBsneit, RoUin, l'abbé Gédoyn dans sa todaction de Psausftnias, appellent Gok^os uns ville. Qaaiid ils se senient tous tioiopés avec Rac^ ce serait, dans une tragédie, une ftiute bisn légère ; et ce ii*est pas ici le lieu de placer une diasertatioii grammatioale et géographique. ( G. )
' L'usage veut qu'cHi dise mettre «tu nmf et compter ou «ombre,; mais cet usage n'est une loi que pour la prose. Cette scène est écrite avec une élégance si naturelle, que La Motte-Houdart l'a choisie pour prouver