MONIME,XIPHARÈS
MONIME
Seigneur^ je viens à vous : car enfin ^ aujourd'hui ' , Si vous m'abandonnez ; quel sera mon appui? Sans parents^ sans amis^ désolée et craintive^ Reine longtemps de nom /mais en effet captive^ Et veuve maintenant sans avoir eu d'époux^ Seigneur^ de mes malheurs ce sont là les plus doux. Je tremble à vous nommer Teunemi qui m'opprime* : J'espère toutefois qu'un cœur si magnanime Ne sacrifiera point les pleurs des malheureux Aux intérêts du sang qui vous unit tous deux. Tous devez à ces mots reconnaître Pharnace : C'est lui y seigneur^ c'est lai dont la coupable audace Veut, la foroe à la main , m'attacher à {»on sort 'Par un hymen pour moi plus cruel que la mort. Sous quel astre ennemi faut-il que je sois née! Au joug d'un autre hymen sans amour destinée ,
mais dès qu*il paraîtra, il relèvera tout, et Racine «m fom^e jras foiigfempj. (L.)
' L'arrivée de la reine produit un grand effet, parce que le spectateur aime déjà sa vertu , et qu*il estîmpaiâent de savoir quels sont ses sentiments à Tégard des deux princes. On a demandé pourquoi Monime venait elle-même trouver Xipharès;'on a trouvé cette démarche peu convenable à son sexe : le péril de Monime et sa aittation présente répondent à cette observation. Corneille aurait pu tracer le portrait de Mithridate ; mais ce portrait de Monime n'appartenait qu'au pinceau de Racine; il n*a point de rival dans Tart de tracer ces figures angéliques , où rhéroïsme de la vertu relève la pudeur, la timidité, la délicatesse. La plupart de ces héroïnes ont la physionomie céleste des vierges de Raphaël ; leurs traits, leurs proportions, offrent toute la noblesse et toute la perfection du style grec. (G.)
' Je tremble à vous nommer; on dirait maintenant je tremble de.