‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 271 sur 326 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

A peine sui&-je libre et goûte quelque paix^ Qu'il faut que je me livre à tout ce que je hais. Peutrêtre je devrais^ plus humble en ma misère , Me souvenir du moins que je parle à son frère ^ : Mais ^ soit raison^ destin ^ soit que ma haine en lui Confonde les Romains ^ dont il cherche Tappui^ Jamais hymen formé sous le plus noir auspice* De rhymen que je crains n'égala le supplice. Et si Monime en pleurs ne vous peut émouvoir^ Si je n'ai plus pour moi que mon seul désespoir^ Au pied du même autel où je suis attendue ^ Seigneur^ vous me verrez, à moi-même rendue, Percer ce triste cœur qu'on veut tyranniser. Et dont jamais encor je n'ai pu disposer*.

XIPHARÉS.

Madame, assurez-vous de mon obéissance; Vous avez dans ces lieux une entière puissance : Phamace ira, s'il veut, se faire craindre ailleurs. Hais vous ne savez pas encor tous vos malheurs.

MOMME.

Hé ! quel nouveau malheur peut affliger Monime , Seigneur?

' Quelle grftce touchante , quel art et quel channe de style dans ce discours de Monime ! Avec combien d*adresse elle excuse sa haine contre Phamace! Gomme elle flatte, sans le savoir et sans palraltre s*en douter, tous les sentiments les plus chers au cœur de Xipharès ! Quelle situation délicate et intéressante ! Enfin que de naturel et de simplicité dans sa douleur! Quelle mesure dans le dessein qu'elle annonce de se donner la mort ! ce n^est point une menace fastueuse : c'est le désespoir d'un cœur noble et généreux. (G.)

' Quand ce mot est au figuré, comme sùus vos auspices» pour sou^ votre protection, il n'a point de singulier. lien a un quand il est, comme ici , au propre , pour augurium. ( L. R. )

' Ce vers est ici jeté adroitement; il prépare à une déclaration , à ui> aveu , puisque enfin il y a encore de tout cela dans cette pièce ; mais les gradations sont observées. (L. )

Si vous aiioer c'est foire un si grand crime % Pharnace n'en est pas seul coupable aijgourd'hui ; Et je suis mille fois plus crîmind que lui^

Vous!

XIFHARÈS.

Mettez ce malheur au rang des plus f udestes ; Attestez /sll le faut^ les puissances célestes* Contre un sang malheureux^ né pour vous tourmenter^ Père y. enfants ^ animés à vous p^sécuter ^; Mais^ avec quelque ennui que vous puissiez apprendre Cet amour criminel qui vient de vous surprendre^ Jamais tous vos malheurs ne sauraient approcher Des maux que j'ai soufiTerts en le voulant cacher. Ne croyez point pourtant que^ semblable à Pharnace y Je vous serve aujoiu*d'hui pour me mettre en sa place. Vous voulez être à vous^ j'en ai donné ma foi^ Et vous ne dépendrez ni de lui ni de moi^ Mais> quand je vous aurai pleinement satisiaite^ En quels lieux avezrvous choisi votre retraite? Sera-ce loiu^ madame^ ou près de mes États? Me sera-^t-il permis d'y conduire vos pas? Verrez-*vous d'un même œil le crime et rinuocenoe? En fuyant nvMi rival ^ Mrez-vous ma présence? Pour prix d*avoir si bien secondé vos souhaits^ Faudiu-t41 me résoudre à ne vous voir jamais?

* On a repris avec raison ces déclarations , qui tombent dans une galanterie romanesque,, et n*ont pas la dignité tragique, quoiqu'elles ne manquent ni d'éléganœ ni de grftce. ( G. )

' Même exagération de saitiments, même ton de pure galautane : ce n'est pas là de la tragédie. CL. )

^ Ellipse forcée, parce qu'elle supprime la liaison entre ce yeis et le précédent : la grammaire voudrait tonXrt un père et 4t& tnfmnâs. ( G. }

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