‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 296 sur 326 · ACTE m, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE I

Et vous les verrez tous^ prévenant son ravage > Guider dans Fltalie et suivre mon passage.

C'est là qu'en arrivant , plus qu'en tout le chemin ^ > Vous trouverez partout l'horreur du nom romain. Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu'a rallumés sa liberté mourante. Non, princes, ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers : Et de près inspirant les haines les plus fortes. Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes. Ah ! s'ils ont pu choisir pour leur libérateur Spartacus ^ un esclave , un vil gladiateur ; S'ils suivent au combat des brigands qui les vengent^ De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d'un roi longtemps victorieux. Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux? Que dis-je? En quel état croyez-vous la surprendre? Vide de légions qui la puissent défendre. Tandis que tout s'occupe à me persécuter^ Leurs femmes^ leurs enfants^ pourront-ils m'arrèter? Marchons y et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers' ;

' Plu$ gu'en tout le chemin : hémistiche faible , qui disparaît , pour ainsi diie, sous Téclat des beaux vers qui renvironnent. Les vers suivants font allusion à la guerre appelée Sociale, guerre terrible, que les alliés de Rome entreprirent pour forcer les conquérants de Tltalie de partager avec euz les provinces de la république romaine, puisqu'ils avaient partagé avec eux les dangers et les travaux qu'il avait fallu essuyer pour rétablir. ( G. )

' Comme on ne prononce point IV dans foyers , la rime n'est que pour les yeux. Il était si aisé de mettre ces conquérants aliiers, qu'on en doit conclure plus que jamais qu'au siècle dernier on regardait comme ïk première règle de rimer pour les yeux. Ainsi vous verrez dans la même pièce à la fois et reconnois^ qui ne riment pas autrement » et quelques autres rimes du même genre. ( L. )

Qu'ils tremblent^ à leur tour^ pour leurs propres foyers. Annibal Ta prédit^ oroyons^n ce grand homme : Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons-la dans son sang justement répandu; Brûlons ce Capitole y où j'étais attendu ; Détruisons ses honneurs y et faisons disparaître La honte de cent rois y et la mienne peut-être ^ ; Et^ la flamme à la main^ effaçons tous ces noms Que Rome y consacrait à d'éternels affronts. Voilà l'ambition dont mon Àme est saisie. Ne croyez point pourtant qu'éloigné de l'Asie J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs : Je sais où je lui dois trouver des défenseurs ; Je veux que d'ennemis partout enveloppée , Rome rappelle en vain le secours de Pompée. Le Parthe y des Romains comme moi la terreur. Consent de succéder à ma juste fureur ; Prêt d'unir avec moi sa haine et sa famille , Il me demande un fils pour époux à sa fille. Cet honneur vous regarde, et j'ai fait choix de vous,. Phamace : allez, soyez ce bienheureux époux. Demain, sans différer, je prétends que l'aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore.

* & ta mienne peut-être : C8 dernier trait est profoad. U sort d*un cœui ulcéré, et produit tl'autant plus d^effet, qu'il est jeté ià comme en passant Hiihridate sent trop vivement sa honte pour s'y anéter : ce n'est qu'un mot qui lui échappe ; mais ce mot réveille une foule de sentiments et d'idées : il est sublime. Dans tout le reste , la magniûcence du style, la pompe des images, est égale à l'élévation des pensées. Racine sait se proportionner à tous ses sujets. Nous n'avons point encore vu sa diction s'^ver si haut, ni prendre ce caractère. Ce n'est ni le cfaaroie de Bérénice, ni la sévérité de Britannicus, ni le style impétueux et passionné d'Hermione et de Roxane. Racine est grand , parce qu'il fait parler un grand homme, méditant de grands desseins : il s'agit de Mithri* date et de Rome ; il est au niveau de tous les deux. ( L. )

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