‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 297 sur 326 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Vous que rien n'y retient^ partes dès ce moment. Et méritez mon choix par votre empressement : Achever cet hymen; et, repassant l'Euphrate , Faites voir à TAsie un autre llithrîdate. Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroi ; Et que le bruit à Rome en vienne jusqu'à moi.

PHABHACfi.

Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise. J'écoute avec transport cette grande entreprise ; Je Tadmire, et jamais un plus hardi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main . Surtout j'admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable. Mais, si j'ose parler avec sincérité.

En ètes-vous réduit à cette extrémité ? Pourquoi tenter si loin des courses inutiles , Quand vos États encor vous offrent tant d'asiles ; Et vouloir affronter des travaux infinis , Dignes plut6td'un chef de malheureux bannis, Que d'un roi qui naguère avec quelque apparence ^ De l'aurore au couchant portait son espérance. Fondait sur trente États son trône florissant*. Dont le débris est même un empire puissant? Vous seul, seigneur, vous seul, après quarante années, Pouvez encor lutter contre les destinées. Implacable ennemi de Rome et du repos.

Comptez-vous vos soldats pour autant de héros 7 Pensez^-vousque ces cœurs, tremblants de leur défiaite^ Fatigués d'une longue et pénible retraite ,

' Il faut sous-entendre fuclftie appareiut de roMon , de mcoès. Cm sortes d*ellip6es , choisies et mesurées fiar le goùi , donaent au style un air de liberté et de hardiesse, qui est une des gràœs de la poésie, et particulièrement de celle de Racine. (L.)

' Var. Fondait sur trente États aoa règne Soriannt.

Cherchent avidement sous un ciel étranger La mort^ et le travail pire que le danger? Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie , Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie ? Sera-t-il moins terrible^ et le vaincront-ils mieux Dans le sein de sa ville ^ à Taspect de ses dieux? Le Parthe vous recherche et vous demande un gendre. Mais ce Parthe^ seigneur^ ardent à nous défendre Lorsque toutTunivers semblait nous protéger^ D'un gendre sans appui voudra-i-il se charger? M'en irai-je moi seul y rebut de la fortune ^ Essuyer l'inconstance au Parthe si commune ; Et peut-être , poiu* fruit d'un téméraire amour^ Exposer votre nom au mépris de sa cour? Du moins ^ s'il faut céder^ si^ contre notre usage^ Il faut d'un suppliant emprunter le visage ^ Sans m'envoyer du Parthe embrasser les genoux^ Sans vous-même implorer des rois moindres que vous * , Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie? Jetons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joie * : Rome en notre faveur facile à s'apaiser*.. .

XIPHABÉS.

Rome 9 mon firére! 0 ciel! qu'osez-vous proposer?

' San$ twa-méme implorer, pour san$ implorer vous-même, est une inveision forcée, contraire à notre syntaxe, et qui gâterait le meilleoi' vers. ( L. )

' Var. Et courir dans des bras qu'on nous tend arec joie.

^ Cette proi>oaitiQn de Phamace montre combien, dans la crise ou est Mithridate, il se croit déjà fort contre lui ; c*est un acheminement au refus de lui obéir, qu'il va feire nettement et hardiment. G*est la suite du crédit qu'il a déjà sur les soldats mêmes de son père , et tout cela était contenu d'avance dans ce vers du premier acte : Et j'aorai des secoars que je n'explique pas.

Mithridate éclaterait sans doute au seul nom de Rome ; mais Xipharès le prévient impétueusement; et le vieux politique, accoutumé à se pos« séder, n'est pas fâché de voir ce que ses deux fils ont dans l'âme. ( L. )

Page 1