ACTE III, SCÈNE V
Cachaient mes cheveux blancs sous trente diadèmes. Mais ce temps-là n'est plus : je régnais; et je fuis. Mes ans se sont accrus; mes honneurs sont détruits; Et mon front y dépouillé d'un si noble avantage , Du temps qui l'a flétri laisse voir tout Feutrage . D'ailleurs mille desseins partagent mes esprits : D'un camp prêt à partir vous entendez les cris; Sortant de mes vaisseaux y il faut que j'y remonte. Quel temps pour un hymen qu'une fuite si prompte ^ Madame ! Et de quel front vous unir à mon sort y Quand je ne cherche plus que la guerre et la mort? Cessez pourtant^ cessez de prétendre à Pharnace : Quand je me fois justice^ il faut qu'on se la fasse. Je ne souffrirai point que ce fils odieux^ Que je viens pour jamais de bannir de mes yeux y Possédant tme amour qui me fut déniée ' , Vous fasse des Romains devenir l'alliée. Mon trône vous est dû : loin de m'en repentir y Je vous y place même avant que de partir y
pluriel, ce qui n^était peut-être pas une faute du temps de Racine; car on retrouve le même mot, employé comme adverbe, avec le pluriel, dans les épltres VIII et X de Boileau. Mais quelle magnifique image ! quel nombre! qudle harmonie! Remarquons que le rôle de Mithridate est écrit avec une pompe et une majesté qui relèvent encore la grandeur d*un roi qui portait trente diadèmes. Le style de ce r61e a un caractère si imposant, qu'il serait facile, en prenant des vers au hasard dans la pièce, de reconnaître si le poète fait parler Blithridate ou quelque autre personnage.
' IMnië pour ttfMt, Ce mot a peut-être vieilli, comme le disent quelques commentateurs; et cependant il n*en est pas moins bon. D'après la définition de TAcadémie, il ne signifie pas seulement rtfuser, mais refuser quelque chose que la justice ne veut pas qu'on refuse. C'est donc un mot dont notre langue ne peut se passer, et l'exemple des plus grands poètes doit en consacrer l'usage , puisqu'il est encore employé dans Iphiginie, act. I, se. i; dans Boileau, Art poétique; et dans Voltaire, Mort de César, Alliée rime mal avec déniée.
Pourvu que vous vouHez qu'une main qui m'est chère ^ Un fils f le digne objet de Tamour de son père^ Xipharès^ en un mot> devenant votre époux ^ Me venge de Phamaee et m'acquitte envctcsi vous.
IfOKUfE.
Xipharès I. lui ^ seigneur ?
Oui, lui-même > «Mtdame.
D'où peut nattre à ce nom le trouble de votre àme? Contre un si juste choix qui peixt vous révolter? Est-ce quelque mépris qu'on ne puisse dompter? Je le r^te encor : c'est un aulre nuH-^nteie , Un fils victorieux, qui me diérit, que j'aime. L'ennemi des Romains > l'héritier et l'appui D'un empire et d'un nom qui va renaître en lui; £t , quoi que votre ama«r ait osé se promettre. Ce n'est qu'entre ses mains que je puis vous rem^ettre.
MONIMJS.
Que dites-vous? 0 ciel 1 Pourrie:fr'Vous approuver...
Pourquoi, seigneur,^ pourquoi voulez-vous m'éprouver?
Cessez de tourmenter une âi.me infortunée :
Ifi sais que c'est à vous que je fus destiné»;
Je sais qu'ea ce moment, pour cenceud sot^inri,
La victime, seigneur ,^ nous attend à Fautel.
Venez.
IQVUiUDATB..
Je le v<HS bien : quelque effort que je fasse. Madame^ vous voulez vous garder à Pharoace. Je reconiuûs toiûours vos injustes m.épris; Its ont mtftme- passé sur mon malheureux fils.
MONIBffB.
Je le méprise !
miuiuiUTï:.
Hé bien , n'en parlons plus, madame.