ACTE V, SCÈNE I
D'abord^ vous le savez ^ un bruit injurieux Le rangeait du parti d'un camp séditieux; - Maintenant on vous dit que ces mêmes rebelles Ont tourné contre lui leurs armes criminelles. Jugez de Tun par l'autre , et daignez écouter. . .
MONIME
Xipharès ne vit plus , il n'en faut point douter * : L'événement n'a point démenti mon attente. Quand je n'en aurais pas la nouvelle sanglante ' , Il est mort; et j'en ai pour garants trop certains Son -courage et son nom trop suspects aux Romains. Ah! que d'un si beau sang dès longtemps altérée Rome tient maintenant sa victoire assurée ' ! Quel ennemi son bras leur allait opposer ! Mais sur qui^ malheureuse^ oses-tu t'excuser? Quoi ! tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes y Et dans tous ses malheurs reconnaître tes crimes ! De combien d'assassins Tavais-je enveloppé^! Comment à tant de coups seraii-il échappé? Il évitait en vain les Romains eî son frère : Ne le livrais^je pas aux fureurs de son père?
vers suivant , est unâ de ces eipressioûs dont il est inutile de faire sentir la beauté. Au reste , tout est bref, tout est rapide dans ces six vers , qui renferment cependant beaucoup de choses. La situation ne permettait pas de donner de plus longs développements à la pensée.
* Yar. Xipharès est sans vie , il n'en faut point douter.
' La nouvelle sanglante : expression hardie, et qui paraîtrait outrée, si le désordre des esprits de Monime ne la rendait naturelle. (G.) — Trop certains et trop suspects, dans les deux vers suivants, légère négligraioe , qu'il eût été fadle de faire disparaître.
' Vaa. Borne tient mainleiiaiit la victoire assurée.
* Les reproches que Monime se fait à elle-même sont fort exagérés aux yeux de la raison; mais la passion les inspire : et, quoique Monime dise des choses peu raisonnables , elle dit ce qu'elle doit dire dans la situa* tion où elle se trouve, et surtout elle le dit en très-beaux vers. ( G. )
494 MITHRIDATS.
C'est moi qui , les rendant Tua de l'autre jaioux ,
Viens allumer le feu qui les embrase tous :
tison de la discorde > et &tak furie ^
Que le démon de Borné a formée et nourrie.
Et je visl Et j'aitends que, de leur sang baigné,
Phamaee des Romains revienne accompagné ,
Qu'il étale à mes yeaz m. parrieide joie !
La mort au désespoir ouvre plus d'une voie ^ :
Oui , crudles, en vain vos injustes secours
Me ferment du tombeau les chemins les plus courts.
Je trouverai la auM jusque dans vos bras même.
Et toi , fatal tissu, malheureux diadème * , Instrument et témoin de toutes mes douleurs. Bandeau, que mille fois j'ai trempé de mes pleurs , Au moins, en terminant ma vie et mon supplice , Ne pouvais-tu me rendre un funeste service? A mes tristes regards , va, cesse de VoC&rir ; D'autres armes sans toi sauront me secourir : Et périsse le jour et la main meurtrière Qui jadis sur mon front t'attadia la première ^ !
FfiOBMME.
On vient, madame, on vient, et j'espère qu'Arcas, Pour bannir vos frayeurs, porte vers vous ses pas,
* lA mort ou désespoir ouvre plus d*une voie, c^est-à-dire ouvre plus d'une voie pour arriver jt^^u'à eUe, C'est une ellipse qui donne beaucoup de noblesse à la pensée. Racine le fils s'est donc trompé , en disant que Monime paraissait vouloir dire au contraire , le désespoir ouvre plus d*une voie à la mort ; ce qui ne serait qu^une pensée commune.
^ Combien n'y a-t-il pas d'art 6t de goût dans la manière dotrt Radne a su embellir et rendre digne du tliéfttre ce trait InstonqueâimliTeBient rapporté par >Iutarque, et cité dans la préface! Toute cette Épostrophe est extrêmement touchante : éà& eiit paxtîGiâiènmenl leoemnuméable par réiégmoe, It dooeevret leobarme du style. (G.)
* {^neseiapponle qn^ la mam : il y a une eUipse. PéUêe k jour okeebamdmafwtatUukéswrwm front, et la «Min «ni meVaiUu^ la première, {Q,)