SCÈNE IV
MONIME, ARBATE, PHŒDIME.
MONIHE.
Ah ! trop cruel Arbate , à quoi m'exposez-vous l Est-ce qu'on croit encor mon supplice trop doux? Et le roi ^ m'enviant une mort si soudaine, Yeulril plus d'un trépas pour contenter sa haine ?
ARBATE. •
Vous Tallez voir paraître , et j'ose m'assurer' Que vousrmème avec moi vous allez le pleurer.
MONUIE.
Quoi! le roi...
de ce même Mitbridate, si avide de vengeance et si peu fait à pardonner. Comment? G*est ceqa*il est impossible au spectateur de deviner; et, quoique tout soit imprévu, Texplication rendra tout vraisemblable, et le spectateur sera satisfait sous tous: les rapports. C'est, depuis iitulrotnaqiitf, le plus beau dénoûment de Racine : il prend bien ici sa revanche de ceux de ^asuX et de firitonnict». ( L. )
' Monime vient de dire : {aiM«2mot. Cette répétition est une légère négligence. (L.B.)
'' Var. Vous Taltez voir madame ; et j'ose m'assorer...
RACINI. — T. II. 32
ARBATE.
Le roi touche à son heure dernière , Madame^ et ne voit plus qu'un reste de lumière. Je Tai laissé sanglant, porté par des soldats; EtXipharès en pleurs accompagne leurs pas.
'MONIME
Xipharès ! Ah, grands dieux! je doute si je veille, Et n'ose qu'en tremblant en croire mon oreille. Xipharès vit encor ! Xipharès que mes pleurs. . .
AHBATE.
Il vit chargé de gloire , accablé de douleurs*
De sa mort en ces lieux la nouvelle semée
Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée :
Les Romains, qui partout l'appuyaient par des cris.
Ont par ce bruit fatal glacé tous les esprits.
Le roi, trompé lui-même, en a versé des larmes.
Et, désormais certain du malheur de ses armes ,
Par un rebelle fils de toutes parts pressé ,
Sans espoir de secours tout prêt d'être forcé ,
Et voyant, pour surcroit de douleur et de haine
Parmi ses étendards porter l'aigle romaine ,
Il «n'a plus aspiré qu'à s^ouvrir des chemins
Pour éviter TafEront de tomber dans leurs mains.
D'abord il a tenté les atteintes mortelles
Des poisons que lui-même a crus les plus fidèles ^ ;
Il les a trouvés tous sans force et sans vertu.
c< Vain secours, a-t-il dit, que j'ai trop combattu!
' Des poisùHs fidèles ! il n*y a point d'épitbète plus neuve et plus hardie : elle est si bien placée qfu*elle ne le paraît pas» tant l'auteur et le sujet ont contribué à la rendre daird. Au reste, on est d'accord depuis longtemps sur la belle vor^catioa qui fait de ce sécit un de ceux qu'on admire le plus au théâtre et à la lecture. Nous observerons seulement que ce récit et la mort de fliitiiridate aaai les derniers traits qui achèvent la peinture de ce grand caractère, et qu'ils ajoutent au dénoûm^^nt le mérite de la dignité. ( L. )