‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 323 sur 326 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MONIME, ARBATE, PHŒDIME.

MONIHE.

Ah ! trop cruel Arbate , à quoi m'exposez-vous l Est-ce qu'on croit encor mon supplice trop doux? Et le roi ^ m'enviant une mort si soudaine, Yeulril plus d'un trépas pour contenter sa haine ?

ARBATE. •

Vous Tallez voir paraître , et j'ose m'assurer' Que vousrmème avec moi vous allez le pleurer.

MONUIE.

Quoi! le roi...

de ce même Mitbridate, si avide de vengeance et si peu fait à pardonner. Comment? G*est ceqa*il est impossible au spectateur de deviner; et, quoique tout soit imprévu, Texplication rendra tout vraisemblable, et le spectateur sera satisfait sous tous: les rapports. C'est, depuis iitulrotnaqiitf, le plus beau dénoûment de Racine : il prend bien ici sa revanche de ceux de ^asuX et de firitonnict». ( L. )

' Monime vient de dire : {aiM«2mot. Cette répétition est une légère négligence. (L.B.)

'' Var. Vous Taltez voir madame ; et j'ose m'assorer...

RACINI. — T. II. 32

ARBATE.

Le roi touche à son heure dernière , Madame^ et ne voit plus qu'un reste de lumière. Je Tai laissé sanglant, porté par des soldats; EtXipharès en pleurs accompagne leurs pas.

'MONIME

Xipharès ! Ah, grands dieux! je doute si je veille, Et n'ose qu'en tremblant en croire mon oreille. Xipharès vit encor ! Xipharès que mes pleurs. . .

AHBATE.

Il vit chargé de gloire , accablé de douleurs*

De sa mort en ces lieux la nouvelle semée

Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée :

Les Romains, qui partout l'appuyaient par des cris.

Ont par ce bruit fatal glacé tous les esprits.

Le roi, trompé lui-même, en a versé des larmes.

Et, désormais certain du malheur de ses armes ,

Par un rebelle fils de toutes parts pressé ,

Sans espoir de secours tout prêt d'être forcé ,

Et voyant, pour surcroit de douleur et de haine

Parmi ses étendards porter l'aigle romaine ,

Il «n'a plus aspiré qu'à s^ouvrir des chemins

Pour éviter TafEront de tomber dans leurs mains.

D'abord il a tenté les atteintes mortelles

Des poisons que lui-même a crus les plus fidèles ^ ;

Il les a trouvés tous sans force et sans vertu.

c< Vain secours, a-t-il dit, que j'ai trop combattu!

' Des poisùHs fidèles ! il n*y a point d'épitbète plus neuve et plus hardie : elle est si bien placée qfu*elle ne le paraît pas» tant l'auteur et le sujet ont contribué à la rendre daird. Au reste, on est d'accord depuis longtemps sur la belle vor^catioa qui fait de ce sécit un de ceux qu'on admire le plus au théâtre et à la lecture. Nous observerons seulement que ce récit et la mort de fliitiiridate aaai les derniers traits qui achèvent la peinture de ce grand caractère, et qu'ils ajoutent au dénoûm^^nt le mérite de la dignité. ( L. )

Page 1