‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 58 sur 326 · ACTE III, SCÈNE ÏV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE ÏV

CHIGANEAU.

Mais j'en appelle, moi.

LEANBRE y loi montrant an papier.

Voyez cette écriture.

Vous n'appellerez pas de votre signature?

CHIGANEAU.

Plalt-il?

DANDIN

C'est un contrat en fort bonne façon.

CHICANEAU

Je vois qu'on m'a surpris; mais j'en aurai raison : De plus de vingt procès ceci sera la source. On a la fille ^ soit l on n'aura pas la bourse.

LÉANDRE

Hé, monsieur! qui vous dit qu'on vous demande rien? Laissez-nous votre fille, et gardez vôtre bien.

CHIGANEAU. .

Àh!

LÉANDRE

Mon père, étes-vous content de l'audience?

DANDIN

Oui-dà. Que les procès viennent en abondance. Et je passe avec vous le reste de mes jours. Hais que les avocats soient désormais plus courts. Et notre criminel?

LÉANDRE

Ne parlons que de joie :

Grâce ! gr&ce! mon père.

DANDIN

Hé bien, qu'on le renvoie ;

Le dénoùment est plaisant , et produirait plus d'effet si Tamour de Léandre avait plus d'intérêt. On ne pouvait pas terminer d^une manière plus agréable et plus ingénieuse un acte consacré presque tout entier à la farce la plus extravagante. ( G. )

C'est en votre faveur, ma bru, ce que j'en fais. Allons nous délasser à voir d'autres procès *.

' L'idée de ravant-demièrd scèiie appiirtient à Aristophane , presque tous les détails appartiennent à Racine. Dans Racine , les mots grossiers disparaissent, et la farce prend la place de Tobscénité. On verra par le passage suivant qu'Aristophane mérite le reproche que lui a fait Fontenelle, de tirer ses plaisanteries de nos infirmités naturelles :

« L'accusateur. Gardez-vous bien de mettre en liberté Taccusé : je

« vous le donne pour le plus gourmand et le plus fripon de tous les

« chiens. Punissez-le donc ; car !a mémd cuisine ne peut pas nourrir deux

, « voleurs. Pour aboyer, il faut bien que je mange : si ce traître m'en-

c( lève tout, je n'aboierai plus pour la garde de la maison.

« Philocléon. 0 ciel, quel amas d'iniquités et de fourberies ! Qu'en « dis-tu, mon coq? Il me fait signe qu'il est de mon avis. Thesmothète î « Où est-il donc? Qu'on me donne le pot de chambre.

« Lb Thesmothètb. Prenez-le vous-même ; je vais appeler les témoins a à la charge de l'accusé. Alicuis, paraissez, témoins , plat, pilon, gril , (( marmite. Mais quoi, vous urinez encore ! Je crois que cet homme fera « bientôt quelque chose de pis en pleine audience.

« Bdélycléon. Quand serez-vous plus traitable envers les accusés ? « Pourquoi les déchirer à belles dents? Allons, Labès , montez, justifiez- « vous. D'où vient ce silence ? N'a ver- vous rien à dire ?

« Philocléon. Je crois qu'il lui arrive le même accident qu'à Thucy- « dide, qui resta muet quand il voulut plaider pour sa défense.

« Bdélycléon. Eh bien , retire-toi , je vais plaider ta cause. Je sais , « messieurs , qu'il est difficile de justifier l'accusé ; j'ose cependant l'en- (t treprendre : c'est un bon chien qui met les loups en fuite.

« Philocléon. Oui, un bon voleur, un bon conspirateur.

« Bdéltcléon. Vous ne lui rendez pas justice : il n'y a pas au monde « un meilleur chien ; il serait capable de commander à un troupeau d(> <c moutons.

« Philocléon. De quoi cela nous sert-il , s'il mange le fromage?

« Bdélycléon. Mais il vous défend , il garde votre porte , c'est un bon <( serviteur; et s'il a dérobé un fromage, il faut lui pardonner : il n'est « pas encore assez habile pour cacher ses rapines.

« Philocléon. Plût au ciel qu'il ne sût pas même lire! il n'eût pas « essayé de justifier un tel crime.

« Bdélycléon. 0 le plus équitable des juges , écoutez vif^ témoins ! « Parais^z, petit couteau» car vous étiez chargé de la distribution das u fromages. Répondez clairement : aves-vous distribué le."* fiH^magesdont a vous étiez chargé?... Il fait signe quMl les a difstribnés.

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